Critique

Flat Eye

CactusSinger
Publié le 3 janvier 2023

Développeur

Monkey Moon

Éditeur

Raw Fury

Date de Sortie

14 novembre 2022

Prix de lancement

18,99€

Testé sur

PC

Au milieu de la froideur Islandaise, la société Flat Eye vous intronisera manager d’une station-service se voulant technologiquement hautement avancée. A vous de diriger votre employé et d’améliorer votre station High-Tech dans ce jeu de gestion à fort accent narratif, où vous rechercherez puis proposerez de nouvelles technologies futuristes à l’éthique contestable.

La gestion pour les nuls

Si le nouveau jeu des Français de Monkey Moon, auteurs précédemment de Night Call un jeu narratif où l’on incarnait un chauffeur de taxi Parisien, se présente sous la forme d’un jeu de gestion Tycoon, prévenons tout de suite qu’il s’axe surtout sur le côté narratif. Il est donc peu probable que ceux cherchant un vrai challenge, ou une liberté de construction avec de nombreuses possibilités d’approches différentes, trouveront leur compte ici. Flat Eye ambitionne plutôt de nous raconter les histoires d’individus croisant votre route dans votre station-service High-Tech, et à travers leur prisme, nous faire cogiter sur le bien-fondé des nouvelles technologies que vous leur proposerez. On se posera la question de leurs utilisations et de leur éthique, pour finalement se poser la question de quel avenir pour l’humanité dans son ensemble. Il porte également un regarde sur l’ultra capitalisme des entreprises géantes que l’on pourra observer au premier rang via la communication interne à l’entreprise qui nous emploie et autres documents et transcrits de conversations.

Au niveau du gameplay en lui-même, vous devrez donc installer des modules (comme des machines, ou simplement des étals de marchandises) dans votre station pour attirer la clientèle et récolter suffisamment d’argent. Chaque module requiert plusieurs éléments pour fonctionner (de l’énergie, des données, de l’ADN…) et à l’inverse peut générer lui-même des ressources. Un générateur va générer de l’électricité, une « smart-toilette » (oui oui…) va elle générer des données (bien entendu des données personnelles sur la santé des clients à l’insu de leur plein gré) etc. Ces ressources générées vont ainsi permettre d’alimenter de nouveaux modules et ainsi de suite. Au fur et à mesure de votre progression dans l’entreprise grâce à vos résultats, l’IA qui vous dirige, car oui tout est orchestré par une IA consciente, vous proposera l’accès à de nouvelles technologies que vous pourrez débloquer grâce aux récompenses obtenues en montant votre rang de manager. Au niveau de l’interface on notera la réactivité des développeurs qui ont amélioré quelques points de frustration. Il est par exemple maintenant possible de donner des ordres directement depuis la fenêtre d’Overview plutôt que d’avoir recours à plusieurs clics pour chaque action, ce qui était assez laborieux. Il est également possible de déplacer très facilement et sans aucune pénalité financière ni de temps les modules déjà installés pour réorganiser à la volée sa station-service. On regrettera cependant d’être un peu trop limité dans les possibilités, notamment au niveau de la taille de notre station, ce qui fait qu’avec le nombre de clients augmentant, il faut rapidement empiler ses modules un peu n’importe où sans aucune logique d’espace, ce qui n’est pas très feng shui.

"C'est avant tout des rencontres"

Alors que la partie gestion devient assez vite routinière, la narration vient justement régulièrement couper ce rythme. Elle est faite de deux façons principales. Entre les missions, le « lore » du jeu s’étoffe petit à petit via de nouveaux documents débloqués, ou des discussions sur un chat interne entreprise avec collègues et supérieurs. Vous discuterez entre autres de méthodes de management, que les assassinats dans les stations n’arrivent pas « si » souvent que ça, ou toute autre conversation « normale » de bureau… Tout est fait pour vous livrer une histoire au compte-goutte entre chaque session de management. L’autre méthode de narration se fait via la rencontre de clients dit Premium. Occasionnellement, au milieu de la gestion de votre station, vous aurez la visite de personnages variés avec qui vous pourrez lancer une discussion, et dont l’histoire se dévoilera tout au long de votre partie. En tant que manager, vous aurez la possibilité de demander à votre employé de leur répondre d’une certaine manière, ou bien choisir de le laisser gérer la situation comme il l’entend. Leurs histoires, leurs dialogues et interactions permettent souvent de mettre en avant des nouvelles technologies spécifiques et de présenter diverses situations pouvant amener à une réflexion plus poussée sur ces dites technologies, comme par exemple ce personnage revenant plusieurs fois utiliser une machine permettant d’effacer ses souvenirs récents.

On est en terrain connu pour la plupart des technologies, et on y retrouve beaucoup de classiques de la SF, que ça soit l’IA, la modification génétique ou l’altération de la mémoire, les interrogations éthiques sur l’allongement de la durée de vie, ou au contraire, l’élimination systématique des personnes passé un certain âge et la fin de vie assistée. Mais plus intéressant, on trouve également de l’inspiration dans notre présent, avec des avancées technologiques existantes ou du moins en cours de développement. On peut d’ailleurs trouver la bibliographie ayant servi d’inspiration au jeu dans le menu principal, une très bonne chose qui devrait être plus courant. Toutes les histoires ne vous toucheront pas forcément de la même façon, et elles peuvent être assez inégales, mais on y retrouve pas mal de bonnes trouvailles et c’est dans l’ensemble plutôt intéressant à découvrir, même si nous avons noté quelques bugs ci et là lors les dialogues.

ad nauseam

Si la partie gameplay de gestion reste en retrait, elle reste accessible et agréable dans les premières heures… Cependant, les tâches deviennent vite répétitives, et même avec l’automatisation de celles-ci, comme les caisses automatiques, les distributeurs ou les robots d’entretien, une routine s’installe assez vite… pour ne pas dire de l’ennui. On finit par faire passer les jours le plus vite possible pour progresser dans la narration du jeu. Ça devient assez vite laborieux et tel notre employé, nous allons inlassablement répéter les mêmes tâches encore et encore. Chaque jour on tire au sort des objectifs secondaires à atteindre, mais il s’agit souvent des mêmes et on a vite fait d’arrêter d’y prêter attention tant les pénalités pour ne pas les atteindre sont minimes. Du moins dans un premier temps, vu que sur la fin le nombre de directives augmente ce qui a pour effet de ralentir encore plus votre tentative de voir la fin de l’aventure et le résultat de vos choix. Frustrant. 

Et c’est bien le plus gros reproche que l’on peut faire à Flat Eye. Monkey Moon tente de faire exister son très bon propos à travers son gameplay, et le réussit peut être un peu trop pour son propre bien. C’est plutôt bien vu au départ, avec une interface qui nous met dans la peau du manager au point de nous faire « jouer le jeu » de l’entreprise, et où l’on nous fait ressentir la vacuité des tâches routinières de l’employé qui ne verra son salut, et le nôtre, que dans les améliorations technologiques permettant d’automatiser les tâches… Seulement pour au final nous en donner de nouvelles encore moins enviables. Si l’idée est louable, et résonne que trop fortement avec le monde qui nous entoure, en nous faisant constamment micro-manager absolument tout, Flat Eye veut nous pousser dans la direction de l’évolution technologique à tout prix, pour mieux nous faire vivre ses potentielles conséquences. Le gros problème avec cette approche cependant, c’est qu’il en oublie qu’il est, au départ, un objet ludique. Au final, comme expliqué plus haut, le micro-management à outrance et la répétition incessante des tâches donne des boucles de gameplay qui paraissent n’en plus finir, aura raison de la patience de plus d’un joueur, qui passeront malheureusement à côté de belles qualités du jeu.

Flat Eye est à première vue un jeu de gestion presque reposant, aidé par une belle OST. Il s’agit en fait d’un jeu à fort accent narratif, mettant en scène des thèmes forts avec en première ligne l’avenir de l’humanité face au développement et l’utilisation de nouvelles technologies tout droit sorties des classiques de SF, mais dont certaines pointent dès à présent le bout de leur nez. Très intéressant dans le fond et bien documenté, il se montre au départ intéressant et intriguant dans l’intégration de son propos à son gameplay. Malheureusement, le soufflé retombe vite et le jeu de Monkey Moon s’enlise dans sa propre proposition, et en oublie presque son médium en nous livrant finalement une expérience plus proche de la corvée que du jeu-vidéo. 

DREDGE
DREDGE

La drague en haute mer

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