Mad Father

Les logiciels de création de RPG ne produisent paradoxalement pas que des RPG. Derrière ses graphismes pourtant typiques du genre, Mad Father cache un jeu bien différent des clichés habituels : adieu aux niveaux, couleurs chatoyantes et mièvreries diverses, bonjour aux petites énigmes, à la peur et au glauque. Tout cela gratuitement.

I love father

Mad Father est développé à partir de l’éditeur Wolf RPG, un concurrent japonais de RPG Maker (qu’on se rassure, le jeu est entièrement traduit en anglais). Comme son nom le laisse supposer, le jeu se propose d’aborder une relation paternelle quelque peu spéciale… Aya est une enfant plutôt heureuse, toujours prompte à prendre les choses du bon côté, principalement grâce à l’amour que lui porte son père. Néanmoins, il lui arrive d’avoir parfois quelques troubles du sommeil. Peut-être parce que l’anniversaire de la mort de maman approche. Peut-être à cause des hurlements qui viennent de l’atelier où travaille quotidiennement papa. Peut-être parce que Maria, l’assistante de papa, a pris la place de maman et l’a éloignée de l’amour de papa… Bien sûr, Aya n’est pas tout à fait dupe et sait qu’il se passe des choses inavouables dans le laboratoire sous la maison. Mais… comment ne pas aimer son père, l’être qui la protège et l’aime depuis toujours, avec lequel elle a tant d’heureux souvenirs ? Il doit bien y avoir une explication, une raison.

La nuit de l’anniversaire de la mort de maman, les choses ont changé. Une terrible malédiction s’est brusquement abattue sur la maison, qui s’est vue envahie par des cadavres animés, des monstres humanoïdes, des créatures assoiffées de sang… Un homme mystérieux a fait son apparition, arpentant les couloirs… Il prétend que les morts cherchent à se venger de papa, qu’ils lui veulent du mal. Aya va devoir affronter sa propre peur pour sauver son père, et plonger au cœur des secrets qui hantent la maison.

Horror RPG

Mad Father est un jeu d’ambiance. La narration y tient une place importante, afin d’installer le background et l’atmosphère sombre qui baigne le titre. Les séquences de dialogues sont donc nombreuses, ponctuées par des cris et des bruitages horrifiques (à défaut de doublage) qui immergent le joueur dans l’histoire. Les honnêtes artworks viennent également appuyer l’ambiance, que ce soit en indiquant l’expression des personnages ou même en décrivant certaines créatures abjectes, comme ce petit garçon à la moitié du visage rongée par un mal inconnu…

Les efforts narratifs sont couronnés par une atmosphère très réussie. La glauque originalité de l’histoire, les dialogues convaincants, la mise en scène globale (à l’échelle de ce qu’il est possible de faire avec du RPG maker-like), tout concourt à faire de Mad Father un jeu horrifique prenant. On explore alors la maison, fuyant les créatures inamicales qui s’y trouvent, frémissant lorsque des traces de sang apparaissent soudainement sur les murs, happés par le stress lors de certaines rencontres…

Le jeu évite assez brillamment l’écueil des combats, qui auraient pu briser la dynamique d’atmosphère en proposant un tour par tour non adapté ou même de l’action-RPG susceptible de sortir le joueur de l’ambiance générale. Mad Father ne propose tout simplement pas de combat. A la place, certaines situations requerront d’appuyer frénétiquement sur le bouton action pour se libérer d’une emprise, ou parvenir à ouvrir une porte récalcitrante tandis qu’un zombie s’approche irrémédiablement, par exemple. Une frénésie en parfaite cohérence avec ce qu’entend proposer le jeu, la mécanique du jeu rejoignant les efforts d’Aya et son état de stress. Ces rencontres sont toutefois distillées avec parcimonie, et le gros du gameplay repose plutôt sur une exploration de la maison, la recherche de clés ou d’objets permettant d’atteindre de nouvelles pièces. En définitive, Mad Father tient plus du point’n click allégé que du RPG. Le jeu est assez court (quelques heures), empêchant la lassitude de s’installer avant la fin de l’aventure, qui propose par ailleurs plusieurs fins différentes en fonction de quelques choix proposés au joueur (très peu nombreux cependant).

Il serait dommage de passer à côté de cette expérience rafraîchissante, particulièrement pour tous les amateurs d’ambiance glauque et de jeux narratifs. Mad Father peut certes s’avérer très bavard, mais l’écriture est globalement de bonne facture et parvient à immerger le joueur dans la quête d’Aya pour sauver son père. Et, peut-être, elle-même.

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

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