BloodBowl 2

S’il y a bien un jeu que j’attendais cette année c’est BloodBowl 2. Ce jeu de football américain propre à l’univers Warhammer, aussi violent que jouissif, est la 4ème adaptation numérique de l’éponyme jeu de plateau des années 90 de GameWorkshop.

Un jeu plein de charme !

Bloodbowl est un jeu de plateau avec figurines dans le pur esprit GameWorkshop et de son univers Warhammer, qui voyait s’affronter différentes races autour d’une version fantastique et ultra-violente de football américain et de rugby mélangés.

Vos joueurs se frayent un chemin dans les lignes adverses à coups de poings, de crampons, voire de cornes et autres appendices étranges et chaotiques. Le jeu s’axe d’ailleurs tellement autour de la bonne vieille baston que les règles prévoient clairement de pouvoir gagner en jouant la balle – comme le dicte la raison – ou de gagner par manque d’effectif de l’équipe adverse pour cause de blessures/morts – comme le dicte le bon vieux sadisme qui régit ce jeu.

Un peu d’histoire ? Vous allez voir, c’est utile pour comprendre.

BloodBowl 2 est en fait la 4ème adaptation numérique de ce jeu de plateau. On va passer sur la version DOS de 95 que je n’ai jamais eu l’occasion de tester pour en arriver à présenter un studio que j’adore ( littéralement, je me prosterne presque devant leur logo à chaque démarrage d’un de leurs jeux) et qui a porté l’adaptation de ce jeu du début à la fin, j’ai nommé Cyanide Studios.

Ce studio créé en 2000 ne gère au départ qu’une seule licence de jeu : Cycling Manager (puis Pro Cycling Manager). Mais en 2004, Cyanide sort Chaos League, une adaptation de football américain fantastique ultra-violent qui, s’il n’a pas le titre de BloodBowl, en a au moins l’odeur.

Gros bémol, là où BloodBowl est un jeu de stratégie en tour par tour, avec un ensemble de règles tournant autour de cette base, Chaos League était en temps réel. Les rumeurs du net racontent alors qu’un problème de droits avec GameWorkshop à l’époque n’a pas permis au studio de porter une vraie adaptation de BloodBowl sur nos écrans et que le jeu a donc été remanié pour s’éloigner un peu de l’original. Vrai ou faux peu importe, Chaos League est un très bon jeu pour l’époque et j’avoue en garder d’excellents souvenirs. Un stand alone (Mort subite) est d’ailleurs sorti l’année suivante, preuve du succès du jeu.

Cyanide est un studio comme je les aime. On sent les devs passionnés par leur travail, et ça se ressent dans l’ambiance de leurs jeux. C’est immersif, jouissif, drôle et décalé, bref c’est très rare que je ne passe pas de bons moments sur les jeux estampillés Cyanide. Et vous allez voir, c’est très important pour la suite.

En 2006, Cyanide obtient enfin les droits d’adaptation de BloodBowl et le studio sort BloodBowl 1 en 2009. On peut alors jouer 11 races différentes de l’univers du jeu de plateau. La Legendary Edition porte ce nombre à 20 races et la Chaos Edition à 23, soit l’ensemble des races officielles du jeu de plateau. Seul bémol, si vous étiez fan de BB à l’époque, et bien vous êtes, comme moi, passés trois fois à la caisse pour avoir toutes les races. Et ça, je vous avouerais, ça ressemble moins à Cyanide ou Focus Home Entertainment (qui distribue le jeu) qu’à GameWorkshop. Et accrochez-vous, c’est que le début !

Bref, BloodBowl 1 suit scrupuleusement les règles du jeu de plateau originel, et revient donc au tour par tour, tout en offrant aux joueurs néophytes ou pas particulièrement attachés à la rigueur stratégique de BB un mode en temps réel avec pause active.

BloodBowl 2 est donc la seconde adaptation officielle par Cyanide. Du pur tour par tour cette fois, ou comme pourrait dire Bob, l’un des PNJ commentateurs, à son collègue : “du Bloodbowl, encore du Bloodbowl, et rien que du Bloodbowl, Jim“.

Et si je vous raconte tout ça sur l’histoire de Bloodbowl et de son portage, au risque de vous endormir, c’est parce que c’est là qu’arrive la première grosse question logique  : si on parle d’un jeu de stratégie sur plateau adapté en jeu vidéo et que les règles du jeu étaient déjà parfaitement suivies lors du premier opus, quel est l’intérêt d’en faire un second ?

Les serveurs de Bloodbowl 1 fonctionnent toujours, la communauté des puristes dont je fais partie a maintenant plus de 20 ans de jeu derrière elle, accrochée comme une moule à son rocher, toutes les races officielles sont introduites dans BB1… Bref, à première vue (et pas qu’à première vue au final) c’est une invitation à ressortir son portefeuille, dans la pure tradition de chez GameWorshop.

6126952015101000016À moins que Cyanide n’ait passé les trois dernières années à corriger les défauts du premier jeu et qu’ils nous offrent ici un pur chef d’œuvre, un régal comme ils en ont le secret ?

Car BB1 a ses lacunes : peu de choix de caméra, des graphismes assez moyens et surtout, surtout, l’obligation pour les joueurs d’organiser leurs matchs de ligue sur des sites extérieurs.

En effet, si BB1 permet très facilement de jouer un match online contre un inconnu ou contre un joueur dont vous connaissez le pseudo, les règles de BloodBowl gèrent la notion de ligue, avec de gros championnats et surtout avec des joueurs qui progressent au fil des matchs, gagnant des compétences et/ou des caractéristiques, des mutations, et des blessures, voire meurent.

Et c’est cette dimension de ligue qui permet au jeu de prendre toute sa dimension. Faire survivre son joueur star, tuer celui de son adversaire, obtenir un boost de caractéristique comme la force ou l’agilité ou bien une mutation telle que des griffes, tentacules, bras supplémentaires ou autres ignominies issues du Chaos primordial, c’est bien ça qui fait vibrer la grande majorité des joueurs de Bloodbowl, ceux qui font vivre ce jeu plus d’une décennie après la fin de sa vente boutique.

Et c’est un constat cruel qu’avaient fait les joueurs concernant BB1, le jeu ne gérait pas ces ligues et obligeait les joueurs à se rendre sur des sites communautaires pour planifier leurs matchs et leurs ligues avant de venir se bourrer le mou sur le jeu. Attention, dans le jeu, les joueurs et les équipes gagnaient bien leurs compétences et autres bonus (et heureusement sans quoi l’online serait très vite mort), mais impossible de se comparer le sifflet dans un environnement cadré de ligue, avec une ligne de départ commune pour toutes les équipes, des matchs avec des adversaires désignés, et la fierté de pouvoir se prétendre le meilleur une fois le championnat gagné. Cela, il fallait le faire sur des sites extérieurs, avant de revenir au jeu.

Alors concrètement, que nous apporte BB2 par rapport à son prédécesseur ?

9740162015101000001Plus immersif, plus drôle !

C’est le gros point fort de ce second opus ! Les devs ont clairement poussé plus avant l’ambiance du jeu, qui était un vrai atout charme du premier opus. Les célèbres commentateurs sportifs de CabalVision, la chaine officielle de tout bon fan de Bloodbowl, sont au taquet : Bob Bifford l’ogre et Jim Johnson le vampire ne m’ont jamais autant fait rire avec leur humour noir et cynique.

Plus que drôles, ils sont carrément déculpabilisants, plongeant le joueur dans un univers où la violence semble être le choix de l’évidence, ce qui l’encourage à quitter son éthique propre et à adopter celle de Bloodbowl, lui permettant ainsi d’user de toutes les règles du jeu. Entendre votre commentateur de match se marrer quand vous avez joyeusement piétiné la tête d’un adversaire sur une agression, ou se plaindre du fait que l’arbitre semble honnête, rien de mieux pour se désinhiber et se lancer à corps perdu vers la baston, la vraie.

Un vrai soin a été apporté à ce pan du jeu et c’est l’immersion garantie. Les commentaires sont toujours aussi cyniques et plaisants que dans BloodBowl 1, mais un soin tout particulier semble avoir été porté sur le synchronisme de ceux-ci avec votre jeu.

En effet, les commentaires s’adaptent parfaitement à la phase du jeu : si vous bloquez près du porteur de balle, les commentateurs en tiennent compte, si vous avez acheté un pot de vin pour que l’arbitre regarde ailleurs, le commentaire de début de match risque de l’aborder.

Bref, là où les commentaires de BB1 étaient déjà acides et drôles mais surtout tournés autour des blocks et très vite répétitifs, ceux de BB2 sont carrément liés à l’action du moment dans le match, ce qui dilue les répétitions et rend vos matchs vivants, y compris dans la durée.

D’ailleurs le mode Campagne du jeu, l’un des fers de lance mis en avant dans la promotion de BB2 va carrément dans ce sens. Vous évoluez dans un mode hélas plus didactique que vraie campagne, aux côtés de Bob et Jim qui vont tout commenter, hors stade et durant les matchs, poussant le joueur à plonger avec eux dans “l’esprit BB” à grand coups de corruption, de sponsors retors, d’assistants déloyaux ou autres éléments scénaristiques bien trouvés. L’ensemble est bien scénarisé, bourré de rebondissements, mais ne s’adresse hélas qu’aux débutants qui ne connaissent pas le jeu.

Un joueur confirmé s’ennuiera vite devant une IA qui semble volontairement limitée, des règles tronquées qui se dévoilent un peu plus à chaque match, et surtout, surtout (et WTF pourquoi donc ?) l’absence du délicieux outil que possédait pourtant BB1 : la possibilité d’accélérer la vitesse de jeu.

Les règles de BB définissent que chaque match comporte 2 mi-temps de 8 tours chacune, pour chaque coach, et que chaque tour dure 4 minutes (et ça aussi on y reviendra plus tard). On a donc un match qui dure au maximum 8 x 4 x 2 x 2 = 128 minutes. Oui, oui ça fait donc plus de deux heures pour un match si on laisse filer le chrono. Et concrètement, chaque match de la campagne dure plus d’une heure, même si vous êtes rapides.

Alors si je vous dis, à vous, joueurs confirmés, que pendant les 4 premiers matchs la règle du turnover n’existe pas, que l’IA est capable d’attendre avec la balle au fond de son camp sans bouger et qu’en gros pour gagner il suffit de marquer un TD, d’attendre 2 minutes que le tour IA se passe, puis de cliquer sur fin de tour et ce, 8 fois de suite, vous comprendrez mieux quand je dis que cette campagne est plus didactique qu’autre chose. Et d’un coup, les fameux spams des touches +/- pour accélérer/ralentir la vitesse de jeu comme le mode solo de BB1 le permettait manquent cruellement. Vraiment cruellement.

Mais d’un autre côté, si vous n’avez jamais joué à BB cette campagne est clairement conçue pour vous donner l’ambiance du jeu, vitale pour exploiter les règles dans leur ensemble, tout en vous dévoilant celles-ci au compte-goutte, AU BON RYTHME, et le tout dans une ambiance et un scénar qui vous tiendra en haleine jusqu’au bout. Bref, c’est vraiment bien conçu, et si vous débarquez dans l’univers BB je vous déconseille très fortement de passer au mode online avant d’avoir fini la campagne. Cela vous évitera de développer de mauvaises habitudes de jeu que vous garderez très longtemps. C’est vraiment un outil très bien conçu, pour un débutant. Pour un joueur confirmé, je vous redirige vers une ligue solo, on y reviendra plus tard.

6951682015101000011Plus beau, aussi !

Visuellement, les cinématiques sont très agréables, notamment celles des blocks qui rendent l’immersion totale !

Mais le must au niveau des améliorations de graphismes et d’ambiance, selon moi, c’est la gestion des reroll. Pour ceux qui découvrent le jeu de stratégie au travers de cet article, BB est un jeu de stratégie où les actions d’opposition avec l’adversaire sont gérées par des dés. Les compétences des différents joueurs et bien d’autres choses encore peuvent faire varier ou provoquer ces jets de dés, et c’est pourquoi chaque équipe à la possibilité d’acquérir des relances d’équipes qui permettent de relancer les dés d’une action que l’on vient de rater.

Et dans BB2, s’il vous reste au moins une relance au moment d’une action ratée, vous verrez une mini cinématique, genre de ralentissement temporel qui vous permet de décider si oui ou non vous activez votre relance. Et si vous l’activez, vous aurez également droit à un rewind de toute beauté pour voir votre action se dérouler une seconde fois, avec le second jet de dé appliqué. C’est franchement bien foutu, et ça maintient l’immersion en place, même lorsqu’on parle de relancer un dé. Alors qu’on s’attendrait à voir le jeu coupé par ce phénomène, on reste dans notre élan et en cas de réussite, on repart aussitôt dans notre action.

Tout ce qui tourne autour des interfaces et autres HUD  a également été dépoussiéré, amélioré, optimisé. C’est léché, détaillé, franchement assez intuitif pour une prise en main rapide du jeu.

Ajoutez à cela une team devs à l’écoute de la communauté, avec dans chaque patch des modifications demandées par les joueurs, et vous aurez un jeu qui va vous offrir de belles heures de fun, à grands coups de bourre-pifs et de carnage.

En conclusion :

BB2 réussit le pari qu’il semblait vouloir relever. Amener BloodBowl jusqu’aux pieds de la jeune génération, celle qui n’a jamais entendu parlé du jeu de plateau, et proposer un jeu dans lequel on s’amuse et on se défoule librement. Ce jeu est un antidépresseur numérique, un défouloir après une journée de boulot ou d’école trop rude, un exutoire virtuel pour décompresser et retrouver le sourire. On sent réellement la passion des devs pour l’univers du jeu, on imagine même que certains de l’équipe ont dû être des fans inconditionnels du jeu de plateau pour rendre une ambiance aussi…ben…BloodBowlesque dans ce jeu.

Et ce test aurait pu s’arrêter là, sur cette conclusion plutôt positive.

Mais… De l’autre côté du miroir :

June
June

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3 pensées sur “BloodBowl 2

  • Vasquaal
    23/10/2015 à 10:46
    Permalink

    Hahaha, tant de larmes de tristesse dans le Dark Side de ce test :D

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