IndieCade Europe 2017 : le jeu convivial

C’est la deuxième fois que ce salon indépendant vient poser son contenu en France, à Paris plus précisément, pour tenter de percer en Europe. Jeux, conférences, rencontres, le lieu est propice à de véritables bons moments de partage, d’écoute et d’apprentissage. Même et surtout quand on vient de la presse spécialisée…

Bonjour c’est @FibreTigre !

À titre personnel

Ils se font rares, les articles à la première personne. Mais cette fois, je vais bien être obligé de m’y coller. Si l’IndieCade peut être un salon indépendant « de plus » pour beaucoup, il est sans aucun doute une grosse bouffée d’air frais pour la rédaction de Game Side Story et de mon côté, j’y trouve une bonne occasion de découvrir le monde indépendant autrement que derrière ma boite mail, mes sites d’information et les réseaux sociaux. Voir des gens, en vrai, discuter avec eux de leurs projets déjà sortis ou à venir, tout en discutant autour de sujets d’actualité touchant notre passion commune, c’est non seulement bénéfique mais aussi nécessaire à la bonne évolution de son projet, ici du site.

J’avais déjà eu cet effet « rencontres » au Screenshake 2016, davantage pour mes nombreuses discussions avec de passionnants développeurs. Cette fois, ce sont tous les métiers du milieu qui ont été des rencontres souvent précieuses : journalistes (indépendants, bénévoles, ou non), développeurs, étudiants, organisateurs… C’était un moment précieux ou y rencontrer enfin ces avatars avec lesquels on discute sur la toile. Plutôt que d’en croiser un ou deux dans un salon un peu plus obscur, ou en plein milieu d’une Gamescom bien trop bruyante, à l’IndieCade on peut prendre le temps. Oui, vous aussi vous trouvez cela de plus en plus rare ?

En six jours restés à Paris, quatre événements principaux ont rythmé mes journées. IndieCade Europe, les Ping Awards, la Game Connection et la Paris Games Week. Nous reviendrons sur ces autres évènements dans d’autres articles, mais seul l’IndieCade Europe m’a paru vraiment « humain », sans fioritures ni petits fours. Et c’est un peu le jeu vidéo comme j’aime le voir se proposer au gens. Commençons donc cet article en remerciant tous ceux qui ont fait de ce moment passé à Paris un point dans le temps passionnant et fort en débats et discussions motivantes pour la suite.



Les conférences

C’est sans aucun doute la principale originalité de l’IndieCade et cette année, les conférences étaient plutôt réussies. Ian Livingstone a partagé son public en inauguration : certains étaient ravis de le voir revenir sur ses créations, d’autres ont trouvé cela très décevant de le voir finir sur du jeu mobile. Les temps changent !

Pierre Corbinais (Oujevipo) est venu parler de l’écriture du jeu « Enterre-moi, mon amour » et en est sorti avec les honneurs puisque l’ayant raté, tout le monde est venu me maudire et m’affirmer que j’avais raté quelque chose. Si ce que vous lisez là n’est pas du journalisme de qualité, je ne sais pas ce que c’est.

La conférence qui m’était impossible de rater par contre, c’était celle de Cliff Harris que je vous conseille d’ores et déjà de suivre sur Twitter. Cet anglais ayant travaillé chez Lionhead est à la tête de Positech, le studio derrière Gratuitous Space Battles et la série des Democracy entre autres jeux. Cynique et hilarant sur Twitter, Cliff Harris est venu proposer une conférence sur la faillite d’un studio et comment survivre en tant qu’indépendant. Il distille quelques conseils personnels sous forme de mise en garde : une dizaine de listes de toutes les choses qui vont vous tomber dessus lors de la création et sortie de votre premier jeu. Les premières minutes sont absolument déprimantes tant elles sont réalistes, mais Cliff parvient à retourner ça à son avantage avec humour pour parvenir à donner de réels conseils. J’ai trouvé cette conférence absolument précieuse pour quiconque se lance dans tout projet indépendant.

Brie Code, les Accidental Queens, la rencontre entre Joann Sfar (le chat du Rabbin) et Fabien Delpiano (Pastagames)… Il y en avait pour tous les goûts et si on ne voulait rien rater, en toute honnêteté, il fallait passer sa vie dans les amphithéâtres ouverts pour l’occasion. Promis, l’année prochaine on se les fait tous ! (on s’est dit la même chose l’année passée)



Les jeux

En tant que journaliste principalement orienté vers les titres indépendants, on ne trouve pas totalement notre bonheur dans un salon comme l’IndieCade. Forcément, on les suit déjà tous la plupart du temps et on en revient presque à conseiller des titres aux autres journalistes plus « grand public ». J’ai par exemple passé mes deux jours à crier à qui voulait l’entendre qu’il « fallait jouer au jeu des chèvres ! » (Where the Goats are, mon coup de cœur du salon), l’ayant déjà repéré depuis sa sortie sur Itch. Néanmoins, quelques surprises étaient au rendez-vous. Cette petite sélection ci-dessous recoupe d’ailleurs plusieurs avis récoltés tout au long des deux jours du salon, quelquefois après des débats plus ou moins houleux entre gens polis et respectueux. La plupart du temps.

Ce jeu VR disponible gratuitement a tellement séduit ses joueurs qu’il est reparti avec le Prix du Public. Alors vous me direz qu’être un des seuls jeux VR du salon aide beaucoup à amuser les gens. C’est vrai. Mais ce jeu que nous avions déjà aperçu aux Hits Playtime et qui a remporté la dernière session de ce concours étudiant en a vraiment dans le coffre. Il est malin, beau, très réussi en termes de sensations et promeut au mieux la VR comme véritable périphérique à part entière. C’est tellement rare !

Ce « livre dont vous êtes le héros » jouable en coopération ne m’a absolument pas convaincu au premier abord. Suivi par notre rédaction depuis quelques années maintenant, il semble prendre un temps fou à se terminer alors qu’il amenuise peu à peu ses chances de convaincre au vu de la dure concurrence qui arrive dans le domaine du narratif. Néanmoins, nombreux sont ceux qui ne connaissaient pas le jeu à s’y plonger avec amour et à en parler ensuite de façon passionnante via cette démo présentée à IndieCade Europe. Antioch c’est un jeu coopératif en ligne, à deux joueurs, proposant une enquête de détective jouant sur les choix de chacun des joueurs. Les interactions sont intelligentes, les choix changent réellement la suite de l’aventure et concrètement, disponible au bon moment, Antioch peut être une petite révolution de la narration sur plateformes mobiles. Maintenant, il faut qu’il sorte !

Déjà gagnant de l’Indie Game Contest lors du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, cette simulation de voyeurisme est venue à Paris avec une version légèrement améliorée, plus accessible, qui a fait mouche auprès de tous. Personne ne parlait de la galerie de jeux présentés sans revenir sur ce « jeu bizarre avec les caméras de surveillance ». Clairement, nous avons là un titre qui sort de l’ordinaire et se faire remarquer pour son intelligence et son originalité. Déjà responsables de Dead Synchronicity, le studio Fictiorama est au cœur de toutes les attentes désormais.

Racontant cette histoire vraie d’une personne découvrant que ses parents étaient dans les renseignements danois pendant la guerre froide, ce titre pas comme les autres se propose en plusieurs styles graphiques très étranges et percutants. Jeu autobiographique, Cosmic Top Secret ne se prêtait pas forcement à être totalement joué en salon mais saura sans aucun doute convaincre une fois chez soi, au chaud. On y reviendra sans aucun doute !

Véritable fourre-tout d’idées autour du pouvoir et de la lutte, ce titre assez psychédélique enchaîne les mini-jeux complètement débiles pour au final parvenir à donner du sens à ce tas d’idées. Créé par une seule personne, Nathalie Lawhead, voici une curiosité dont il est difficile de parler longuement mais qu’on vous conseille vraiment de lancer au moins une fois.

Véritable Escape Room sur tablette, ce titre de Tanja Tankred, Mira Dorthé et Troels Nygaard sort complètement du lot et reste l’une des meilleures surprises du salon. Il demande à deux joueurs de posséder chacun leur tablette et d’interagir pour résoudre des puzzles. Chaque tablette n’affiche évidemment pas la même chose et les énigmes se servent de cela pour proposer une expérience particulière. Beau, musicalement réussi et très malin dans son concept, Tick Tock surprend et change des jeux plus conventionnels. Ce fut une belle expérience.


Conclusion

Proposant des jeux massivement narratifs, ou l’on joue très peu finalement, ce second IndieCade Europe manquait encore de s’ouvrir davantage au grand public. Aussi, il ne mettait pas bien en avant son lieu « Show & Tell » ou une centaine de développeurs.euses qui n’avaient pas de stands sont venus avec leurs ordinateurs et leurs tablettes sous le bras pour présenter leurs projets. C’est pourtant là que j’y ai trouvé mes meilleures perles à suivre dans les mois à venir. Bref, le salon est encore jeune et doit apprendre de ses erreurs… Mais à côté de cela, il apporte à tous les joueurs une bouffée d’air frais évidente et la possibilité de rencontrer des créateurs passionnants.

Je dirais que sans être un rendez-vous de professionnel, IndieCade Europe est surtout un rendez-vous de passionnés : un mot qui revient beaucoup dans cet article finalement à en croire mon compteur de répétitions. Mais je n’ai pas le choix : c’est bien le mot qu’il faut employer lorsque l’on parle de ce salon et on espère de tout cœur qu’une troisième session aura lieu en 2018 avec les quelques défauts corrigés et toujours autant de bons jeux et de discussions passionnantes. Si vous hésitiez à vous y rendre, malgré Paris et sa pollution, son bruit, ses klaxons et son métro hors de prix, j’espère que cet article vous aura motivé à faire le déplacement. À l’année prochaine ?


Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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