Critique

E.Y.E: Divine Cybermancy

DĂ©veloppeur / Éditeur : Streum On Studio – Date de Sortie : 29 juillet 2011 – Prix : 9,99 €

Comment reconnait-on un jeu original lorsqu’on en voit un ? C’est souvent quand les critiques sont totalement variĂ©es et que les joueurs s’y retrouvent malgrĂ© tout. E.Y.E est trĂšs original, c’est le moins que l’on puisse dire.

Partager sur facebook
Partager sur twitter

Tentons de poser l’ambiance


Vous faites partie de la Secreta Secretorum, une organisation chargĂ©e de mettre Ă  mal la force metastreumonique. Celle-ci est une sorte de condensĂ© de peurs apparaissant comme des chimĂšres aux gens “simples”. Dans une ambiance de clans rivaux façon Yakuza, vous verrez d’ailleurs qu’une certaine inspiration orientale est omniprĂ©sente dans le jeu, vous Ă©voluez donc de mission en mission pour tenter de calmer la situation et de redonner quelque peu vie Ă  ce grand champ de bataille qui vous entoure. Ce n’est pas gagnĂ©.

E.Y.E commence assez sĂšchement avec une longue demi-heure de jeu peu amusante et dĂ©stabilisante. On y dĂ©couvre les tutoriaux, les mouvements, les actions, tout au long d’heures de marche/course interminables et d’objectifs nous faisant aller d’un point A Ă  un point B sans aucune autre raison que de poser le scĂ©nario du titre. Un mal pour un bien, puisqu’une fois les bases posĂ©es on peut se lancer directement dans l’action. Entre temps, le gameplay a eu le temps d’ĂȘtre compris, Ă  dĂ©faut d’avoir rĂ©ellement Ă©tĂ© assimilĂ©. Pour cela, il faudra encore de longues heures de jeu.

BasĂ© sur le moteur Source de Valve (Half-Life 2), E.Y.E propose une vue Ă  la premiĂšre personne trĂšs banale. Le balancement du personnage nous rappelle quelques bons et mauvais souvenirs d’une Ă©poque de FPS rĂ©volue. L’impression de jouer Ă  un Deus Ex amĂ©liorĂ© est omniprĂ©sente lors que l’on dĂ©couvre pour la premiĂšre fois cette interface complexe, aux multiples menus. Le personnage principal peut en effet augmenter de niveau au fur et Ă  mesure des actions effectuĂ©es lors de la partie. Des points de compĂ©tences sont Ă  repartir dans plusieurs domaines, allant de la Force Ă  l’Endurance en passant par quelques pouvoirs, une meilleure rĂ©sistance et autres joyeusetĂ©s. L’aspect “jeu de rĂŽle” est plus profond qu’il n’y parait et fait tout le sel du jeu.

À l’aide d’un menu circulaire, de prĂ©fĂ©rence apposĂ©e Ă  la molette de votre souris, plusieurs raccourcis sont disponibles. Bien entendu ils sont entiĂšrement paramĂ©trables et peuvent concerner des pouvoirs, des actions (pirater par exemple) et mĂȘme un changement de type de munitions ou l’ouverture d’un menu spĂ©cifique. En clair : on gĂšre son cercle de raccourcis comme on l’entend, en fonction des possibilitĂ©s dont on se sert le plus souvent. Il faut avouer qu’en jeu, ce n’est pas totalement facile Ă  prendre en main et que tenter de tourner sur le bon raccourci en plein combat demande un peu d’adresse (et une bonne souris bien configurĂ©e).

Un gameplay exigeant

C’est indĂ©niable, la prise en main est pataude et demande de longues heures d’entrainement. DĂ©jĂ  parce qu’il y a Ă©normĂ©ment de possibilitĂ©s de jeu, mais aussi Ă  cause d’une interface un peu vieillotte, pas toujours pratique Ă  utiliser. Il n’y a cependant pas de gros problĂšme, de grossiĂšre erreur de gameplay dĂ©stabilisant le joueur, mais difficile de crier au gĂ©nie de ce point de vue. Toutes ces difficultĂ©s font nĂ©anmoins tout l’intĂ©rĂȘt d’E.Y.E qui se destine alors Ă  des joueurs pointilleux, qui en ont peut-ĂȘtre assez d’un marchĂ© du jeu vidĂ©o qui prend clairement ses clients par la main et finalement ne leur donne plus aucun dĂ©fi. E.Y.E a 10 ans de retard. C’est un compliment.

Quand vous mourrez, vous avez une au dĂ©but une dizaine de “resurecteurs” vous permettant de vous relever. Vous apparaissez alors directement lĂ  oĂč vous vous ĂȘtes â€œĂ©chouĂ©â€. Un conseil : attendez que les ennemis tracent leur route. Une fois rĂ©veillĂ©, vous n’avez rien perdu de votre inventaire ni de votre niveau. Vous aurez juste de mauvaises statistiques en fin de mission. Mais alors, le jeu est simple ? Pas du tout ! Les morts dĂ©filent vite, surtout dans de mauvaises configurations de jeu. BloquĂ© dans un endroit “chaud”, un peu perdu, ou tout simplement mal Ă©quipĂ©, vous ne ferez pas long feu. Comble de malheur, il n’y a absolument aucun moyen de sauvegarder sa partie : le jeu le fait tout seul, comme un grand, mais souvent en dĂ©but ou fin de mission. Ceci a cependant un but scĂ©naristique trĂšs intĂ©ressant.

En effet, lors des nombreux dialogues que vous aurez avec les nombreux (mais peu charismatiques et souvent ressemblants) PNJ du jeu, vous aurez des choix de discussions particuliers. Vous gagnerez alors en point d’expĂ©rience lorsque vous parviendrez Ă  leur faire cracher une information, Ă  les mener lĂ  oĂč vous voulez qu’ils aillent ou mĂȘme lorsque vous faites preuve de compassion. Une certaine “vie sociale” est prĂ©sente, Ă  petite dose. Du coup, toutes ces dĂ©cisions sont impossible Ă  contourner, Ă  tricher, avec ce systĂšme de sauvegarde totalement gĂ©rĂ© au bon vouloir des dĂ©veloppeurs. Un grand mal pour un bien.

Le problĂšme est que l’univers, aussi bien conçu soit-il avec ses doublages en une langue totalement inventĂ©e pour l’occasion, est beaucoup trop sombre et mal amenĂ© pour ĂȘtre rĂ©ellement passionnant Ă  dĂ©couvrir. Le jeu manque de finesse dans son Ă©criture et surtout, d’une vraie mise en scĂšne. En l’état on a souvent l’impression que l’histoire n’est lĂ  que pour donner un sens Ă  la succession de missions, avant que certains Ă©lĂ©ments de jeu (la bibliothĂšque, le QG
) nous rappellent le contraire. Certes il y a un univers, mais il est trĂšs mal prĂ©sentĂ© et jamais vraiment exploitĂ© autrement que dans le style graphique.

Chronique d’une simple mission

Prenons un exemple pour bien expliquer le concept. Vous devez aller Ă  l’autre bout de la carte pour y retrouver votre Ă©quipe. Vous ĂȘtes seul, passez Ă  l’armurerie, tentez de caser tout ce que vous voulez dans vos peu nombreuses cases d’inventaire, puis passez Ă  l’action. SincĂšrement, au dĂ©but, il faudra frĂŽler les murs. Guetter chaque recoin. Un ennemi vous a repĂ©rĂ© ? Vous allez vite le sentir passer avec votre petit niveau et votre faible barre de vie. Visez-le, tuez-le, mais fuyez, sinon il en viendra dix autres. Puis encore dix. Le mieux est donc de tenter d’éviter tout affrontement le plus longtemps possible, ou d’utiliser de stratagĂšmes bien manigancĂ©s. Le piratage est par exemple l’arme idĂ©ale de la personne qui ne veut pas se faire repĂ©rer et tenter de, par exemple, retourner une tourelle contre son adversaire. Au fil des points d’expĂ©rience, vous vous amĂ©liorerez, vous et votre personnage, puis pourrez combattre avec un peu plus de facilitĂ©.

Le piratage est complexe : il n’y a pas une Ă©norme indication sur votre HUD lorsqu’il est possible de pirater une machine, une porte ou quoi que ce soit. C’est Ă  vous de vous dĂ©brouiller, de cibler un objet, disons un distributeur d’argent, et de voir si elle vous est accessible ou non. Si oui, vous ferez un petit combat Ă  base d’action en temps rĂ©el contre la machine. Si elle vous hacke avant, vous subirez des dĂ©gĂąts. Attention, vous pouvez mĂȘme mourir ! Tout cela pour quelques Brouzoufs, la monnaie officielle du jeu. MĂȘme lĂ  on est donc trĂšs loin des habituels QTE simples et rĂ©pĂ©titifs des grands titres du moment.

Un sabre, un pistolet, les deux Ă  la fois, un shotgun, un fusil sniper, des grenades
 L’arsenal est variĂ©, les tĂȘtes volent, le jeu est gore et trĂšs violent. Les impacts sont trĂšs graphiques et vous ne vous demanderez jamais rĂ©ellement si vous avez vraiment touchĂ© votre cible puisque gĂ©nĂ©ralement, cela se verra. Aussi, les munitions sont rares : attention au gaspillage. Vous devrez souvent en ramasser sur le corps de vos ennemis. Enfin il y a les pouvoirs : se dissimuler, crĂ©er des copies de vous-mĂȘme pour faire diversion, sauter trĂšs haut, courir trĂšs vite
 Et la folie, surprenant alĂ©atoirement le joueur en pĂ©ril et le forçant Ă  jouer avec un Ă©cran flou ou mĂȘme sans possibilitĂ© d’utiliser les armes. Vous l’aurez compris, il faut prendre le temps de dĂ©couvrir le jeu afin de profiter de chaque possibilitĂ© offerte.

Visuellement Ă©tonnant

Inutile de passer par quatre chemins : l’ambiance visuelle est fabuleuse. Sorte de mĂ©lange entre le Japon fĂ©odal, Blade Runner, Deus Ex et un trip Ă©sotĂ©rique particuliĂšrement bien dessinĂ©, E.Y.E se faufile dans une brĂšche trĂšs peu exploitĂ©e par les dĂ©veloppeurs. Et pour cause, elle est peu vendeuse : le monde est triste, les Ă©clairages sont peu nombreux, il ne s’y passe presque jamais rien d’autre que des tueries entre bandes, mais beaucoup accrocheront totalement Ă  l’ambiance.. Mais cette volontĂ© de joue la carte de la belle austĂ©ritĂ© Ă  un prix : pas de hĂ©ros, pas de moments de gloire, pas de grande mise en scĂšne pĂ©taradante. C’est le plus gros dĂ©faut de ce titre, qui n’a pas su reproduire le bel Ă©quilibre rĂ©aliste/cinĂ©matographique d’un Deus Ex dans sa façon d’amener le scĂ©nario au joueur.

E.Y.E est original, c’est indĂ©niable. Mais il souffre aussi d’un manque total de charisme, le rendant assez repoussant dans son concept. MĂȘme les vieux de la vieille n’auront pas forcĂ©ment envie de se plonger dans une expĂ©rience aussi fouillis, compliquĂ©e, aussi passionnante soit-elle au bout d’un moment. Seule “l’élite”, les Hardcore Gamers qui, il faut l’avouer n’ont vraiment plus rien Ă  se mettre sous la dent depuis de longues annĂ©es, seront totalement Ă©bahis par le travail effectuĂ© par les dĂ©veloppeurs. C’est une autre façon de voir le jeu vidĂ©o, une optique beaucoup moins gentille, beaucoup plus “rentre dedans” et demandant au joueur quelques concessions et beaucoup d’apprentissage. AprĂšs cela, les richesses du jeu et sa durĂ©e de vie sont infinies que ce soit en solo ou en multijoueur


Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

0 réflexion au sujet de « E.Y.E : Divine Cybermancy »

  1. C’est ce que j’aime sur ce site. Des tests intelligents qui soulĂšvent autant les points forts que les points faibles et montrent qu’on peut aimer un jeu imparfait, qu’il peut plaire Ă  telle ou telle catĂ©gorie de joueurs. Et non du “dĂ©zingage” gratuit sans justification rĂ©elle comme souvent ailleurs, malheureusement c’est la mode de “dĂ©truire” sur le net. A croire que si t’es pas un hater, t’as ratĂ© ta vie 😀 Bref, merci pour ce test en tout cas! 🙂

    RĂ©pondre
  2. Je me souviens que j’avais interviewĂ© les dĂ©veloppeurs Ă  l’Ă©poque oĂč ils finalisaient le jeu. J’avais Ă©tĂ© trĂšs emballĂ© par le cĂŽtĂ© cyberpunk, l’originalitĂ© et la profondeur de gameplay (les multiples possibilitĂ©s de jeu). Dommage que les dĂ©fauts soient encore prĂ©sents, mais je pense que le jeu mĂ©rite qu’on lui donne sa chance.

    RĂ©pondre

Laisser un commentaire