Avadon 3

Avadon 3

Que doit encore prouver Spiderweb Software ? Créé par Jeff Vogel en 1994, le petit studio ultra spécialisé a toujours tenu une ligne droite et claire : concevoir des RPG moches mais excessivement intéressants. Concentré sur la confection de scénarios profonds, les jeux Spiderweb exploitent la fantasy médiéval exposants des problématiques tangibles : science, pouvoir, politique… La trilogie Avadon, lancée en 2011, entremêle querelles de pouvoir, ambitions impérialistes et unité étatique.

Au centre de ce beau bazar nous retrouvons la forteresse noire, structure policière toute puissante, censée régir l’ordre au sein du pacte, alliance de cinq nations, encadrées par divers puissances étrangères et -parfois, sans doute, peut être- menaçante. A la tête de cette entité trône Barberousse, gardien inflexible et tyrannique.


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La touche Spiderweb

Au fil de la série, la forteresse perd de sa superbe, affaiblie par ses adversaires, internes comme externes. Arrivé au troisième épisode, c’est la catastrophe totale, Barberousse s’est vu éjecté de son précieux domicile par le grand conseil du Pacte, remplacé par son ancien bras droit, et les forces extérieures bravent les frontières de l’alliance. Dans ce climat chaotique, le joueur du premier Avadon s’égare joyeusement, lassé qu’il était de la médiocrité du second épisode. Nous retrouvons la difficulté inventive des meilleurs Spiderweb, le jeu pose lentement ses bases, la narration appuie des thèmes déjà bien entamés dans les deux précédents épisodes.

Cet épisode final trace une carte plus claire des belligérants. Enfin -semble il- nous pouvons choisir notre camp sans être obstrués par quelques zones d’ombre. Nous croisons la route des complotistes, tout s’élucide et les différentes lignes politiques paraissent plus explicitement marquées. Nous continuons tranquillement notre bonhomme de chemin dans cette nouvelle incarnation du RPG made in Spiderweb. Nous retrouvons avec plaisir les applications habiles des obsessions de Jeff Vogel. Comme dans les plus grands Geneforge (1 et 4 en tête), vous servez plus puissant que vous, cherchant à peser dans ce jeu de conquête, penchant pour l’un ou pour l’autre camps. Ici, Barberousse qui domine. Toutefois, le maitre peine à maitriser le petit monde qui s’agite autour de lui. Vous avez le choix, soit le soutenir, soit l’achever en prenant parti pour l’un de ses deux adversaires.



Un studio fatigué ?

Bien vite, ces embranchements montrent leurs limites. Tous les chemins mènent à Barberousse et vous resterez collé à son derrière tout du long. Difficile dès lors d’expérimenter les points de vue externes. Quelques dialogues bien sentis amorcent un discours sur l’altérité, la guerre, l’impérialisme déguisé mais rien n’est véritablement achevé. Pourtant, tout est là, des combats d’une difficulté jouissive, des personnages bien campés, une aventure intéressante… Mais ça ne suffit plus. Je pouvais excuser la rigidité narrative du premier épisode, saisis que j’étais par la perspective d’incarner le bras droit d’un grand méchant, mais, pour ce troisième opus, j’en voulais plus.


Difficile de connaître, d’appréhender les différents points de vue. Le narrative design préfère se reposer sur un couloir, prenant le joueur par la main, sans lui laisser arpenter le monde et ses étrange(rs) ogres, orques et titans. Bref, un petit encas en attendant le prochain Spiderweb.

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