Ghost of a Tale
Windows

Nous sommes le 2 avril 2013. Via une campagne de financement participatif Ulule, une vidéo de la nouvelle Alpha du jeu de Lionel « Seith » Gallat tombe sur Youtube. On y découvre le travail d’un ancien superviseur d’animation chez Dreamworks et Universal. Le trailer présenté est à peine croyable, on cherche ou est la supercherie tant les animations sont réussies et l’ambiance, parfaite. Après de long mois d’Early Access et plus de 5 ans de développement, Ghost of a Tale est disponible.



Souris, t’es enfin sorti !

Tilo est une petite Souris ménestrel qui n’a qu’un but : retrouver sa femme. Emprisonné à Fort Deruine, notre héros va donc devoir s’échapper des égouts et tenter de ruser pour se faufiler dans les différents environnements de cette île pleine de quêtes à accomplir. Qui sait : peut-être que la vingtaine de personnages à rencontrer sera à même de nous aider à comprendre ce qui se passe dans ce monde triste ? Ghost of a Tale est avant tout un jeu de personnages.

Reposant sur une mécanique d’infiltration sans aucune arme ou presque (tout juste pouvez-vous lancer des bouteilles et des bâtons sur vos ennemis pour les assommer quelques secondes), le jeu se sert d’un Level Design de qualité pour fluidifier sa progression. Petit monde libre aux morceaux tous connectés entre eux au fil de la partie, le Fort Deruine est le théâtre de bien des épopées et discussions pouvant amener à de nouvelles capacités, de nouveaux objets à utiliser. Surtout, il met en avant toutes les spécificités de notre Souris : elle peut se mettre à quatre pattes et foncer se cacher, elle se faufile un peu partout dans les moindres recoins et les niveaux sont conçus pour ne jamais vous faire oublier votre petitesse.



Jeu à screenshots

Avant de continuer à vous parler du gameplay, mettons-nous d’accord : Ghost of a Tale est sans aucun doute l’un des plus beaux jeux jamais sortis jusqu’à présent. Développé sous Unity, le jeu de SeithCG mettra tout le monde d’accord : nous sommes vraiment devant un produit digne d’un film d’animation, avec l’interactivité totale en sus. C’est d’une beauté incroyable et surtout, l’ambiance et l’univers donnent toute la puissance aux images tant on se sent bien dans ce monde réaliste, fidèle à tout ce que l’on pouvait attendre d’un jeu grand public. Ghost of a Tale est crédible tout du long, même dans les raccourcis pris dans son univers.

La souris peut se cacher (et il n’y a que là qu’elle peut sauvegarder). Sa tête dépasse de ce tas de foin ? Le garde ne le verra pas et cela ne dérangera en rien le joueur : comme dans un dessin animé, les approximations servent l’ambiance, l’humour, l’univers. C’est en cela que Ghost of a Tale parvient à captiver.

D’autant plus qu’il fait tout pour être adorable : au cœur de ses nombreuses quêtes aux personnages bien écrits (au final, on peut même dire que c’est notre héros qui semble être un peu en retrait scénaristiquement parlant), on trouve des costumes. Tout au long de votre progression vous pourrez trouver des chapeaux, des accessoires, des hauts, des bas, des chaussures et donc de quoi vous habiller et passer pour quelqu’un d’autre : un pirate, un voleur, un roi et quelques autres. Mais surtout, vous trouverez votre armure de garde. Vous êtes toute petite, sans doute la seule souris garde du Fort mais ce n’est pas grave : les autres vous prennent pour un des leurs et d’un coup d’un seul, toute une nouvelle partie du jeu s’offre à vous puisque vous pourrez discuter avec ces gardes, qui en deviendront bien plus « humains » et viendront ainsi étoffer l’univers du jeu, tout en faisant se complexifier la frontière entre méchants et gentils. Au début du jeu, on rêverait de vouloir se débarrasser définitivement des gardes : vers la fin, certains gardes nous sont tellement sympathiques qu’on évite même de les endormir à coup de bouteilles sur le museau.



La foire aux bugs va bientôt fermer ?

Le gros souci de Ghost of a Tale, c’est d’abord sa semaine de lancement. Blindé de bugs, de sauvegardes corrompues, de quêtes impossibles à terminer, le jeu fut mis à jour de très nombreuses fois. C’est d’ailleurs pour cela que cette critique à pris du retard et on peut souligner que le développeur, Lionel Gallat, est extrêmement attentif à tout cela et propose même de corriger sa propre sauvegarde en lui envoyant. Je n’ai pas eu à faire cela, les patchs à répétition ont rapidement corrigé les différents tirs, mais ce n’est pas pour autant que je n’ai pas eu de soucis.

La solution ? Sauvegardez souvent, tout le temps, à des emplacements différents. C’est vraiment dommage que ce souci vienne ternir le jeu mais je peux vous assurer qu’il n’empêche en rien de s’amuser pleinement et de le terminer : aucun bug n’est réellement définitivement bloquant si vous pensez à bien sauvegarder. Surtout, le support continue d’être optimal et le jeu devrait être en très bon état peut-être même lors de la parution de ce test.

Reste le dernier acte du jeu : précipité, pas du tout à la hauteur du reste, il excelle dans sa proposition scénaristique mais rate quelque peu sa mise en scène. Surtout, la fin est faite d’un écran noir, puis d’un retour au menu. Frustrant, mais voilà qui fait digérer l’aventure vécue qui fut délicieuse, digne d’un grand dessin-animé des vacances, d’une belle histoire qu’on raconte avant d’aller se coucher. Tout cela livré avec une seconde lecture adulte, intelligente et souvent poignante.


Ghost of a Tale n’est pas seulement magnifique visuellement, il est au moins aussi beau dans ce qu’il raconte, son écriture et ses personnages (Gusto et Fatale volent clairement la vedette de notre héros). Encore handicapé par des bugs, le jeu souffre de ses ambitions et de sa très petite équipe de développement. Mais on ne peut qu’être subjugué et avoir un profond respect pour le travail de Lionel Gallat, tant ce jeu est une expérience plaisante à beaucoup de niveaux. Un conseil : jouez-y absolument avec vos enfants. Maintenant, on attend qu’une seule chose : qu’un éditeur vienne donner de l’argent et du temps au monsieur pour voir se prolonger les aventures de Milo !


Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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