God of War
PlayStation 4

Après avoir décimé la quasi-totalité du Panthéon grec, Kratos revient plus posé et à nouveau parent, dans le froid des forêts scandinaves. Le regard sévère, la stature droite, c’est par un deuil que tout commence, comme une récurrence fataliste pour notre spartiate préféré. God of War 4 se veut différent de ses prédécesseurs sans pour autant se départir complètement d’un passé qu’il ne renie pas. Au contraire, il l’utilise, et à bon escient, pour poser les bases d’une nouvelle saga divine.



“BOY !”

Certains fans apeurés à l’idée du changement, s’inquiétaient déjà que ce quatrième épisode ne soit pas un véritable God of War tel qu’ils les ont toujours connus. Il est vrai que si la précédente trilogie et épisodes spin-off compris ont toujours joué dans une espèce de bravade extravagante à la violence décomplexée, en comparaison, God of War 4 apparaît immédiatement plus réservé. Il faut pourtant se méfier de l’eau qui dort, puisque le gigantisme d’une action virevoltante n’est jamais bien loin dans ces contrées nordiques.

On se retrouve alors avec un public inquiet que sa série fétiche ne se conforme pas à ce qu’elle a toujours été, un public réclamant pourtant souvent un peu de renouveau dans le festival des suites sans originalité qui pullulent parfois dans le paysage vidéo-ludique. Après tout, ne dit-on pas qu’on ne change pas une formule qui gagne ? Il est donc intéressant que Sony et son studio de Santa Monica ait eu le courage d’aborder la suite de l’histoire de son anti-héros sous un angle radicalement différent.

Ce nouveau God of War aurait pourtant pu se contenter de capitaliser sur les mêmes recettes que ses prédécesseurs, mais sans Kratos. Son parcours personnel motivé par un désir de vengeance ayant pris fin après son affrontement avec Zeus, il aurait donc paru superficiel de poursuivre sur la même voie, à l’image d’Ascension qui s’était révélé décevant en étant de toute évidence l’épisode de trop. Son histoire personnelle avait besoin de mûrir et dans un sens, c’est cette chance qui lui est offerte maintenant.



Le voyage plus important que la destination

L’intelligence du scénario de God of War 4 est alors d’avoir accepté le passé de Kratos plutôt que de le rejeter. Les déboires des jeunes années de notre guerrier grec sont ainsi passés à la moulinette introspective amenant notre héros à porter réflexion sur ses vieux démons qu’il aura eu tendance à refouler. Cependant, cette mise au point ne va pas se faire aussi aisément qu’une séance chez le psy. Elle intervient indirectement au travers des interactions entre Kratos et le fils qu’il a eu avec Faye, une femme qu’il a rencontré dans ces contrées du grand froid.

Il ne semble alors pas anodin que ce nouvel épisode démarre sur un deuil comme ce fut le cas dans le tout premier. Il y a pourtant une différence de taille. Dans le premier God of War, ce deuil avait été forcé par le sang emmenant notre antique grec dans une quête vengeresse emplie de rancœur et de colère. Alors que cette fois-ci, la mort de Faye, amante de Kratos et mère de Atreus, leur fils, se passe calmement. Son décès n’est pas lié à un complot destiné à chambouler l’ordre divin dans la plus pure des traditions de la mythologie grecque. La disparition de Faye s’inscrit dans la logique d’une vie qui aurait poursuivi son cours naturellement.

Sa nouvelle aventure – où il sera alors accompagné par Atreus – ne sera pas une autre quête de vengeance, mais bel et bien un chemin du deuil pour répondre aux dernières volontés de cette femme qui a visiblement énormément compté dans la vie de ces deux hommes. Même si à terme on sera malgré tout amené à croiser le fer avec des interférences de nature divine, notre principal objectif reste et restera d’emmener les cendres de leur chère disparue sur le plus haut sommet des neuf royaumes que compte l’eschatologie nordique afin de les répandre.

Un objectif qui ne devrait normalement pas nous mener à la violence même si des combats, il y en aura quand même beaucoup. Sans doute encore à cause de ce passé qui hante les pas de notre héros. Ainsi, bien que la fin de God of War 4 fut touchante et reste ouverte à un futur rempli de possibilités, c’est le voyage effectué qui aura compté le plus. Un voyage dans lequel un père et son fils ont appris à se parler et à se comprendre. On saisit assez vite qu’il n’a pas toujours du être là du fait de longues absences et que pour son fils, il est presque un inconnu. Au début, la mine en général renfrognée, il ne témoigne de presque aucune chaleur envers la chair de sa chair alors que dans le fond, il s’agit plus d’une maladresse de communication que d’un désintérêt pour ce petit bonhomme curieux et affable.



Single Parenting of War

Il existe une force réelle dans ce scénario qui s’attarde autant à décrire les échanges directs ou indirects entre ces deux-là, entre un homme qui croit protéger son fils en se montrant dur avec lui, et un jeune garçon en train de devenir un homme qui se pose tant de question sur ses origines et sa véritable nature. Ce n’est finalement qu’en acceptant son passé, le bon comme le mauvais, que Kratos parviendra à aider son fils à grandir, et dans un juste retour des choses, l’évolution perpétuelle d’Atreus au cours de cette aventure forcera son père à s’ouvrir un peu plus s’il ne veut pas le perdre.

Leurs interactions par le biais des dialogues ou de gestes manqués – comme cette main que Kratos refuse à la dernière seconde de poser sur l’épaule de son fils, comme s’il avait peur de ce geste de tendresse – donnent une épaisseur à deux personnages qui prennent littéralement vie à l’écran. On ressent l’angoisse de Kratos à l’idée qu’il puisse perdre ce qui lui reste de sa famille, même si cela veut dire se cacher derrière la prétention d’en faire un survivant par la discipline et l’ordre, bien que cela veut dire aussi oublier de vivre et de s’émerveiller. Parallèlement, par volonté de s’opposer à la dureté apparente de son père, Atreus prend des décisions parfois stupides et fait preuve d’une naïveté du haut de sa jeunesse qui les met souvent en danger.

Ce tout s’imbrique dans une intrigue qui ne lésinera pas non plus dans la surenchère de rencontres avec des créatures pacifiques ou non aux proportions titanesques. Entre dragons, trolls et géants, même s’il faut attendre quelques heures avant d’en prendre vraiment plein les yeux, God of War 4 ne recule pas quand il s’agit de vouloir faire preuve de gigantisme. Tournant plutôt bien même sur la PS4 de base, il est un monument d’optimisation et de beauté plastique. Il affiche des décors au naturel époustouflant comme seul un monde fait main pourrait l’être. Il rejoint sans difficulté les plus beaux jeux de la console et même plus, témoignant de toute l’attention dont il a pu faire preuve de par la qualité de ses détails à chaque niveau. Musique, graphismes, jouabilité et j’en passe, il s’agit d’un jeu total dont le soin est à la hauteur de Jörmungand, le serpent-monde qui enveloppe le Bifröst au centre de l’Arbre du Monde, Yggdrasil.

Malgré ces louanges qui deviennent vite évidentes quand on a l’occasion d’y goûter, God of War 4 n’est à mon sens pas parfait. Tant que l’on reste dans le sillon de son histoire principale, c’est un délice de tous les instants. On se sent happé par son rythme entraînant et quand on ne se trouve pas manette en main, on n’a qu’une seule envie, c’est d’y retourner. Mais une fois que l’on sort du chemin, on retrouve quelques missions secondaires moins inspirées qui auront fort à faire pour nous impressionner avec leur modeste constitution. Heureusement, il ne s’agit pas d’un jeu souffrant des mêmes maux que la plupart des mondes ouverts avec leur surabondance d’activités véritablement inutiles, puisqu’il s’agirait plutôt dans son cas d’un jeu linéaire entrecoupé de quelques chemins alternatifs pour glaner moult trésors et parfois explorer de petites histoires qui serviront de leçons à Atreus ou de mise en parallèle au conflit interne qui anime les angoisses de Kratos dans son rôle de père ou rapport à ses fautes passées.



This is Scandinavia !

Dans sa globalité, rien ne semble à jeter et sert un but. Une bonne partie du contenu en sus de la quête principale reste cependant superflu si ce n’est de récupérer de quoi améliorer les compétences de Kratos et Atreus, ou simplement faire durer le plaisir. S’il ne renie pas entièrement son côté beat them all, les combats de God of War 4 s’inscrivent pourtant dans une tout autre dynamique. Il faut désormais prendre en compte les statistiques de notre héros, les compétences que l’on aura débloqué et son équipement, permettant de soit en faire un guerrier plus défensif ou au contraire plus offensif selon le style de jeu de chacun. Bien évidemment, cela veut dire que Kratos, dieu de la baston, peut très bien se faire rétamer par le moindre ennemi de base, et plus spécialement à cause d’une difficulté plutôt relevée dès que l’on dépasse le mode le plus simple.

D’un autre côté, cela veut aussi dire que le joueur obtient ainsi plus de contrôle dans la manière de jouer le spartiate plutôt que de se soumettre à un ensemble de coups pré-établis comme dans tout beat them all qui se respecte. Rien que la présence d’Atreus indique toute la nouvelle dimension tactique de cet épisode sachant que ce petit bout d’homme bien courageux, servira avec son arc et son couteau à surtout faire du crowd control très important pour éviter de se faire déborder par des ennemis souvent nombreux et féroces.

Kratos outre son bouclier et ses poings d’acier, ne se sépare cette fois-ci pas de sa hache magique héritée de sa femme. Il est possible de l’utiliser comme arme de jet rendant notre guerrier aussi efficace en distance que au corps à corps. Et d’une touche de la manette, il est possible de rappeler notre hache à notre main lui faisant traverser l’espace et le temps comme si de rien n’était, tant et si bien que rien ne semble l’empêcher de nous revenir malgré les endroits improbables où l’on se risquera à l’envoyer. Les combats ne souffrent pas vraiment d’un manque de variété, le système de progression étant intelligemment calé sur la métamorphose de Kratos au gré des événements du scénario.

Lui qui au départ donnait l’image d’un homme vieillissant et rouillé, presque affaibli et loin de la carrure du guerrier ayant parfois abattu des monstres de la taille du phare d’Alexandrie, finit par se réveiller peu à peu. Avec l’aide du destin et la force des choses, Kratos va petit à petit redevenir la machine à tuer qu’il a toujours été, la sagesse en plus peut-être. Cette évolution est parfaitement retranscrite aussi bien dans le scénario que le gameplay, nous faisant gagner juste ce qu’il faut de points d’expérience et d’argent pour ne jamais se sentir trop faiblement équipé et incompétent, tout en ne nous rendant pas excessivement surpuissant au point qu’aucune place ne soit offerte au joueur de grandir en même temps que son personnage.



Nous sommes tous un peu comme Atreus

Excitation et surprise. Tristesse et humour. God of War 4 est joliment équilibré. Sa quête principale ne s’arrête jamais de nous surprendre, que cela soit avec des décors ou des monstres plus épiques les uns que les autres qui vous feront dire que vous êtes bel et bien dans un God of War. La qualité de sa mise en scène ou de son doublage – Kratos étant par ailleurs doublé cette fois-ci par Christopher Judge – ménage des moments de pure poésie. Les personnages que l’on rencontre ne sont en fin de compte pas très nombreux. Quelques échappés du panthéon nordique viendront leur chercher des noises, une sorcière bien aimable et aux talents multiples viendra à leur aide plus d’une fois en jouant un rôle de figure maternelle de substitution pour Atreus, l’omniscient Mimir et sa langue bien pendue au grand dam de Kratos les guidera. Et puis surtout deux frères nains, Brok et Sindri, qui ne seront pas que là pour nous vendre des armes ou les améliorer, mais sauront nous faire rire ou se rendre vivant par leur présence remarquable. Notamment Sindri et sa peur irrépréhensible pour tout ce qui s’apparenterait à des germes.

Ces personnages ont tous des soucis dans leur vie qu’ils aimeraient bien résoudre, des secrets qu’ils ne veulent révéler les rendant vivants. Et au milieu de tout cela, il y a un ultime personnage qui ne parle pas mais flotte constamment au-dessus de Kratos et Atreus. Elle fut le point de départ de leur aventure, elle sera aussi la raison de leur réconciliation. Faye, mère, amante, combattante et encore plus. Kratos et Atreus ne vont pas seulement apprendre sur eux-mêmes par l’adversité, mais finiront également par mieux comprendre cette femme qui fut très importante à leurs yeux. A travers les conversations entre ces deux-là, on en apprend plus sur la Faye de Kratos et celle de Atreus.

Leurs échanges servent aussi à remplir les espaces vides du jeu, ces moments où il n’y a pas forcément d’action, notamment en barque entre deux points d’amarrage dans le lac entourant le Bifröst. Plutôt que d’uniquement remplir les blancs par un vide reposant, un dialogue va parfois s’installer entre un père et son fils. Kratos et son humour involontaire dans sa manière de raconter des contes fera sourire. A d’autres, ces passages purement inutiles en apparence vont donner une humanité à deux êtres faits de pixels.


God of War n’est en fin de compte que cela, un jeu d’aventure assez classique aux mécaniques conventionnelles, mais divertissant, qui se rapproche plus volontiers d’un Zelda que de ses ancêtres placés sous le soleil de Méditerranée. Mais tout est fait avec tant de soin, et, le niveau d’attention extrême porté aux détails font que l’on se retrouve souvent comme un gamin à résoudre une énième énigme pour ouvrir un coffre. Tandis que des dialogues et une intrigue menés avec brio en alternant avec des scènes d’action pleines d’adrénaline, vont donner tour à tour la part belle à un récit à taille humaine sur la difficulté d’être le parent seul d’un adolescent s’interrogeant sur sa place dans ce monde.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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