Critique

198X

Développeur / Éditeur : Hi-Bit Studios – Date de Sortie : 20 juin 2019 – Prix : 9,99 €

Nous sommes dans un métro quelque part dans les années 80. La rame s’arrête, et nous commençons à jouer. C’est un beat them all comme il faisait fureur à l’époque, dans la plus pure tradition de Final Fight ou de Street of Rage. Face à nous de nombreux punks qui viennent pour en découdre. Il y a quelques designs différents, des archétypes facilement identifiables : l’ennemis de base, le balaise plus grand et plus résistant, et celle avec un peu plus d’allonge. Il y a aussi ces ennemis en swap color : un peu plus fort, un peu plus résistants et un peu plus rapide que leurs modèles mais qu’il va falloir quand même dérouiller pour réussir à faire son chemin dans cette longue rue. De temps en temps il y a un objet pour nous aider comme une batte de base-ball ou un petit hamburger caché dans un tonneau.

Et puis on arrive au boss. Il est sur un muret, mystérieux. Et alors qu’il fonce dans la bataille, la caméra se déplace lentement. De plus en plus haut. Nous ne voyons même plus notre personnages ni les ennemis, on entend seulement les bruits des coups de pieds, des coups de poings qui nous font certainement nous étaler de tout notre long.

Mais notre regard est ailleurs. Notre personnage est hors champ. Ce n’est plus le jeu qui nous intéresse. C’est cette ville. Une ville pleine de mystères. Une ville comme un appel. Une ville aux mille lumière qui se détache dans la nuit noire. Et pendant que notre regard se perd dans la finesse du pixel art, nous entendons notre personnage perdre sa dernière vie…

Et pourtant ce n’est pas un game over.

Puisque sous ses airs de compilation de jeu d’arcade, 198X est aussi un jeu narratif. Les moment de gameplay sont entrecoupés de scènes narratives tout en pixel art qui vont s’alterner tout au long du jeu.

On suit Kid, un adolescent ou une adolescente qui observe cette ville au loin, depuis la fenêtre de sa chambre, prisonnier, prisonnière, de sa banlieue et surtout de son adolescence. Prisonnier de ce moment de la vie où nous rêvons d’indépendance sans en avoir pourtant les moyens d’y goûter, et c’est à ce moment charnière que Kid découvre, un peu par hasard, les jeux vidéo dans une salle d’arcade. Et nous allons plonger avec lui, avec elle, dans ce tourbillon de découvertes.

Lorsque Kid découvre un jeu, nous allons les jouer et les découvrir nous aussi. Ou plutôt les redécouvrir puisque chaque jeu est construit comme un hommage au genre qu’il aborde en reprenant autant l’esthétique que le gameplay ou les musiques. Inévitablement chaque nouvelle découverte de Kid, chaque nouveau jeu que nous découvrons nous ramènent des souvenirs des salles d’arcade et de nos propres découvertes de ces jeux.

Et sans nous en rendre compte, nous replongeons dans nos propres souvenirs, dans nos propres découvertes, dans ces instants que nous pensions oubliés. Dans ces moment où nous avions découvert pour la première fois ces jeux dans les salles d’arcades et où nous avions goûté pour la première fois à leurs richesses.

Et alors que Kid est maintenant silencieux et que nous jouons, ce sont nos souvenirs qui remplacent la narration du jeu. Deux moments distants dans le temps qui pourtant se jouent en même temps et se répondent. Les souvenirs reviennent, ceux de toutes ces parties jouées pour enfin réussir à passer le boss, toutes ces après-midi avec les copains à s’affronter sur ces jeux, toutes ces pièces que nous avons insérés petit à petit dans les machines, toutes ces stratégies que nous avons imaginés pour battre les boss alors que nous étions en cours et de tous ces jeux, tous ces niveaux qui nous ont marqués et que nous n’avons jamais oubliés.

Jusqu’à ce que le jeu s’arrête. Jusqu’à ce que nous finissions les premiers niveaux, que nous battions le premier boss et que Kid reprenne le cours de sa vie.

Puisque dans 198X chaque phase de gameplay nous fait découvrir les premiers niveaux d’un nouveau jeu : jusqu’au boss. Une fois vaincu, le jeu s’arrête. Ou plutôt 198X continue puisque c’est à ce moment, hors de l’excitation de l’arcade que l’histoire progresse et qu’on découvre un nouveau moment de la vie de Kid. C’est dans ces moments qu’on découvre ses doutes, ses espoirs, ses rêves et ses premiers amours. Mais à la frustration de ne pas pouvoir continuer à découvrir les prochains niveaux, se mêle l’excitation de découvrir le prochain jeu et d’en savoir un peu plus sur la vie de Kid, sa découverte des jeux vidéo et nos redécouvertes de nos propres adolescences.

198X c’est un jeu qui parle d’échappatoires, des jeux vidéo qui nous permettent d’être quelqu’un d’autre et de découvrir d’autres lieux, d’autres mondes l’espace d’un instant. Le temps d’une pièce, et l’espace d’une vie. C’est un jeu profondément nostalgique, qui nous projette dans nos propres souvenirs, dans nos propres expériences, dans nos découvertes des jeux vidéo et dans nos adolescences. Mais surtout, 198X c’est une lettre d’amour à ces jeux qui ont croisés nos vies et qui n’en sont plus jamais sortis.

NB : 198X est prévu pour être un jeu épisodique et au moment où j’écris il n’y a que le premier épisode qui est sortis et le studio n’a fait encore aucune annonce quand à la date de sortie du prochain épisode. Pas mal d’incertitudes, mais il y a une chose dont je suis certain : c’est que je remettrais une autre pièce dans la machine, pour continuer à découvrir l’histoire de Kid et replonger en 198X.

un bot dans la RAM

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D'habitude je parle des jeux vidéo comme objets culturels sur Youtube
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