Critique

Telling Lies

Développeur : Sam Barlow, Furious Bee Limited – Éditeur : Annapurna Interactive – Date de Sortie : 23 août 2019 – Prix : 16,79 €

J’ai découvert Sam Barlow avec son précédent jeu, Her Story, un titre original où le but était de résoudre une affaire de meurtre en visionnant de nombreuses vidéos d’interrogatoire piochées dans une base de données via des mots-clé. La formule est similaire dans Telling Lies, sauf qu’il y a bien plus de personnages et qu’au départ nous ne savons pas vraiment ce que nous cherchons.

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Deux ans d'enregistrements

Après une courte introduction où nous voyons une femme entrer dans un appartement et s’installer face à un ordinateur, le jeu commence. Nous sommes sur le bureau, une note est là pour nous expliquer que le disque dur contient les enregistrements vidéos de certaines personnes surveillées pendant un peu plus d’un an. Une autre explique comment les consulter. La procédure est simple, vous entrez un mot-clé dans le champ de recherche et le logiciel liste les fichiers où une personne prononce ce mot.

Mais attention à ne pas proposer une requête trop large car seuls les cinq premiers enregistrements correspondant à la recherche peuvent être consultés. Pour afficher les autres vous devrez glaner peu à peu des informations au fil des discussions : ici le nom d’une personne, là le nom d’une société, d’une ville, d’un métier, etc.

Assez rapidement, quatre individus sortiront du lot, mais trouver les liens les unissant nécessitera de recouper de nombreuses informations. Les enregistrements sont de deux types : des plans larges avec plusieurs personnes discutant entre elles ou des conversations bien plus intimes en face à face. Ces derniers sont d’ailleurs assez “étranges” car vous n’aurez que l’image et le son de votre interlocuteur, il y aura donc de longs moments de vide, périodes où la personne écoute, profite simplement de notre présence, est triste que nous ne soyons pas à ses côtés, etc.

Le jeu est non seulement bien écrit mais également extrêmement bien joué. Les acteurs sont convaincants et il est grisant de comprendre peu à peu leurs intentions et motivations (certaines scènes vous marqueront d’ailleurs probablement par leur dureté et leur justesse).

En français dans le texte

L’ensemble est entièrement sous-titré en français et la traduction est excellente. J’avais un peu peur que le système de recherche par mot-clé fonctionne mal lors du passage anglais / français mais finalement non.

Nous avons beau nous dire que c’est du voyeurisme, que c’est a priori mal de visionner tous ces moments intimes, il est impossible de ne pas cliquer à chaque fois qu’une recherche fait apparaitre de nouvelles vidéos.

L’intrigue est d’ailleurs suffisamment bien pensée pour glisser ici ou là de fausses pistes et des évidences qui ne le sont finalement pas.

Pour rythmer la progression, quelques petites interactions viennent ponctuer les recherches. Un homme passe nous demander si nous en avons encore pour longtemps, l’écran se floute pendant un instant par manque de sommeil, un animal vient nous tenir compagnie, etc. L’horloge en haut à droite avance inexorablement et nous savons qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps pour visionner un maximum d’enregistrements et les mettre à disposition du monde entier avant de détruire le disque dur.

Il y a par contre un souci dont je n’ai pas parlé jusqu’à présent et qui est passé à deux doigts de me faire arrêter l’aventure au bout d’une heure : la gestion de la vidéo. Lorsque vous consultez une archive, celle-ci se lance au moment précis où la personne prononce le mot-clé recherché. Vous pouvez alors avancer ou reculer comme si vous vous serviez d’un magnétoscope.

Problème, même la vitesse maximale est relativement lente et il n’y a pas de bouton pour aller directement au début. Si la vidéo dure 8 minutes et qu’elle se lance à 7’20, vous avez tout à rembobiner. Non seulement c’est long, mais à moins de détourner les yeux de l’écran vous saurez d’avance ce que vous allez regarder, gâchant parfois des révélations fortes. Ça n’a aucun sens. Ni pour l’immersion, notre personnage consulte depuis un ordinateur, ni pour le gameplay, cette limitation n’apporte rien. J’espère sincèrement que ce sera modifié car tous les joueurs le demandent (à raison) sur les forums.

Après Her Story j'avais peur que l'auteur capitalise sur son idée de recherche de vidéo par mot-clé en faisant une suite spirituelle assez fade, mais ce n'est absolument pas le cas. L'intrigue de Telling Lies est brillante et les personnages sont incarnés avec une justesse folle par les acteurs. Je me suis laissé embarquer par l'histoire, imaginant différents dénouements et relations pour m'apercevoir qu'il me manquait encore de nombreux éléments pour comprendre le tout. C'est d'ailleurs assez perturbant au départ de ne pas savoir ce que nous cherchons. Si on met de côté le problème de contrôle vidéo (qui, bien que pénalisant pourrait être facilement patché) l'ensemble est tellement parfait que je lui attribue avec joie une sélection GSS. Ça faisait longtemps que je n'avais pas pris autant de notes sur une feuille pour être sûr de ne rien rater, vivement le prochain Barlow !

Bestio

Bestio

Fan de shmup, de hack'n slash et plus globalement de tout ce qui est typé arcade. Si je teste un jeu, il y a de fortes chances que ça explose de partout et que l'écran soit rempli de boulettes.

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