Critique

Football manager 2020

Développeur : Sports Interactive – Éditeur : Sega – Date de Sortie : 19 novembre 2019 – Prix : 54.99 €

Enfin, le nouveau cru de la saga Football Manager est là, prêt à happer votre volition durant des semaines, voire des mois entiers. À tel point que votre bureau sentira bientôt les effluves malsains d’un caleçon qui n’aura pas été changé durant plusieurs jours d’affilée ; et que votre appartement ne sera plus qu’hanté par vos coups de sang et explosions de joie selon les péripéties de votre équipe favorite. Votre teint fantomatique inquiétera sûrement votre entourage, et votre compagne se désespérera de vous voir déserter le lit conjugal. Et vous, chaque soir vous lui répondrez cette phrase devenue litanique : juste un match et j’arrive chérie, juste un match et j’arrive…

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Anger Management

Même si la saga Football Manager sévit depuis maintenant presque trente ans – le premier volet, Championship Manager, étant sorti en 1992 (ça ne nous rajeunit pas) – il est possible qu’elle soit passée sous les radars d’un certain nombre de joueurs, le jeu de Sports Interactive s’adressant essentiellement à un public de niche de par son aspect aussi austère qu’une grotte dordognaise. Pour les néophytes donc, dans Football Manager on enfile le survêt d’un manager du club de notre choix et on y gère tous les aspects sportifs liés à la gestion d’une équipe de football : création de programmes d’entraînements ; mise en place d’une tactique cohérente ; recrutement d’un staff compétent et de joueurs plus ou moins performants ; avant d’en arriver bien évidemment au jour de match durant lequel on éructera volontiers notre colère face aux erreurs de nos ouailles.

Car si Football Manager a su conquérir une base de fans aussi solide, c’est avant tout parce qu’il est un puissant vecteur d’émotions fortes ainsi qu’un formidable faiseur d’anecdotes. Qui en effet n’a pas ragé face aux ratés de sa dernière starlette achetée à prix d’or ? Qui n’a pas beuglé des “Mais il est pas réaliste ce jeu, j’ai dominé tout le match putain !” après une énième défaite face à une équipe de bas de tableau qui plante sur sa seule frappe cadrée ? Ou hurlé son bonheur après avoir retourné une situation mal engagée en finale de Ligue des Champions ? Tout ça, Football Manager est capable de l’offrir, pour peu qu’on adhère à son concept.

On peaufine, on polit

Chaque opus de Football Manager a su apporter son lot de nouveautés. Si les derniers titres se sont avant tout concentrés sur la refonte d’un système d’entraînement archaïque et la modernisation de dispositifs tactiques trop longtemps laissés sur le carreau, tout en ajoutant une composante d’ambiance de vestiaire  bienvenue ; cette mouture 2020 réussit quant à elle à complexifier les rapports entre entraîneur et dirigeants grâce à l’ajout d’objectifs à remplir à long terme, qui seront étroitement liés avec la philosophie que prônera l’équipe choisie. Le comité directeur d’un club comme la Roma vous demandera par exemple de vous appuyer sur votre centre de formation pour vous constituer une équipe compétitive, tout en mettant en place une tactique tournée vers l’offensive. Ainsi, vos compétences ne seront plus uniquement jugées à la lumière des résultats obtenus, mais aussi au travers de votre capacité à respecter l’identité de l’institution dont vous faite partie. Un plus indéniable qui favorise l’immersion, d’autant que vos dirigeants n’hésiteront pas à vous mettre des bâtons dans les pattes (en bloquant par exemple certains transferts qui ne correspondraient pas à leur philosophie) si jamais vous n’en faisiez qu’à votre tête.

L’autre changement conséquent de ce Football Manager 2020, c’est l’apparition d’un centre d’apprentissage regroupant les équipes de jeunes, et permettant en quelques clics de scruter les progrès réalisés par vos pépites les plus prometteuses. L’interface se montre plus claire, plus simple, et en même temps plus riche qu’auparavant, notamment grâce aux nombreux et intéressants rapports du Responsable de formation. Ajout plus mineur concernant cette fois-ci la vie de groupe, un code de conduite fait son apparition et permet d’établir un système de sanctions prédéterminées qui sera proposé par votre capitaine. Voilà qui rendra heureux ceux qui en avaient raz-le-bol de passer pour un père fouettard à la moindre incartade d’un joueur.

D’une manière générale, on ne pourra pas reprocher aux développeurs de Sports Interactive de s’évertuer, année après année, à policer progressivement leur joujou pour qu’il colle au plus près de la réalité. Toutefois, on déplore encore une fois un moteur 3D toujours autant à la traîne et graphiquement digne d’un jeu des années 2000. On sent pourtant que celui-ci a subi un léger lifting : les courses des joueurs semblent plus réalistes, les contrôles de balle moins farfelus, et on trouve une plus grande variété dans les situations de buts. Mais malgré ces avancées, il est difficile de s’empêcher de penser que la 3D met en exergue des défauts bien moins visibles lorsqu’on repasse le jeu en 2D, à l’ancienne. Autre élément qui stagne depuis son apparition, les conférences de presse se montrent toujours aussi inintéressantes et monotones, avec des questions et réponses qui se répètent inlassablement, sans réussir à impliquer émotionnellement le joueur. Ce reproche, on pourrait aussi le faire aux briefings tactiques très accessoires, ou aux causeries d’avant ou d’après match qui restent artificielles, puisqu’on y dit, peu ou prou, chaque fois la même chose.

Ce n’est pas ce Football Manager 2020 qui va révolutionner une saga qui préfère finalement peaufiner, opus après opus, de solides acquis. Malgré tout, l’apparition d’objectifs à long terme et la création d’un centre d’apprentissage bien foutu, permettent de pimenter toujours un peu plus des parties qui sauront vous offrir leur lot d’émotions fortes. Un opus solide et accessible, à défaut d’être très novateur.

Gattu

Gattu

Joueur biberonné à quelques vieilleries telles que Secret Of Mana, Half Life ou Day of the Tentacle ; aujourd'hui reconverti sur les jeux narratifs, principalement par manque de temps et... de temps.

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