Rapide Critique

Help Will Come Tomorrow

Développeur : Arclight Creations – Éditeur : Klabater
Date de Sortie : 21 avril 2020 – Prix : 19.99 €

Bien loin de notre chez-nous occidental à la météo douillette, s’étend un désert blanc et inhospitalier où règne un hiver presque éternel… la Sibérie. Pourtant rarement dépeinte dans le monde vidéoludique, les développeurs polonais de Arclight Créations se sont appropriés cette région de l’Est Russe et en ont fait leur théâtre de jeu, dans Help Will Come Tomorrow. En résulte un titre qui met l’accent sur la survie en milieu hostile, assaisonnée d’une petite touche de narration, dans un genre à mi-chemin entre Dead in Vinland et This War of Mine.

Proche du lac Baïkal, la locomotive du transsibérien crache sa fumée noirâtre, fonçant au travers de paysages à la fois monotones et fabuleux, recouverts d’une neige immaculée. Nous sommes à l’automne 1917, alors que la révolution bolchevique passionne les foules, dans une Russie appauvrie et en proie à de terribles inégalités sociales. Rattrapés par le destin du pays tout entier, plusieurs wagons du fameux train explosent, victimes d’un attentat perpétré par des renégats dont l’allégeance demeure inconnue. Help Will Come Tomorrow place l’avenir de quatre survivants du désastre entre les mains du joueur — parmi neuf disponibles, histoire de maximiser la rejouabilité — dont les affinités politiques différentes risquent de perturber l’harmonie fragile du groupe qu’ils vont constituer. Certains sont animés par un esprit révolutionnaire, d’autres au contraire défendent les valeurs de l’aristocratie, quelques-uns enfin préfèrent ne pas prendre parti dans ce conflit bouillonnant. Faire cohabiter tout ce beau monde se révélera être un beau défi, car, on s’en doute, un bolchevique aura bien du mal à faire équipe avec un aristo.

Il est alors important de se montrer attentif aux jauges relationnelles de chaque membre du groupe (confiance, amitié, crédit), qui s’élèvent lorsque nos gaillards accomplissent avec succès certaines actions, ou tout simplement quand ils conversent autour du feu de camp. En effet, c’est à la faveur de l’obscurité que les langues se délient, chaque protagoniste ayant sa propre histoire — desservie par une écriture hélas trop générique — et des traits de caractère particuliers. Par exemple, il émane du vétéran de guerre une autorité naturelle ; l’érudit fera preuve d’imprécision pour exécuter des tâches manuelles ; et l’ancien alcoolique pourra enquiller de nombreuses bouteilles de vodka avant de sombrer dans un coma éthylique. Nous devons donc être vigilant aux forces et faiblesses de nos héros, afin de distribuer au mieux les corvées nécessaires à la survie du groupe.

Très vite, on s’attelle à monter notre bivouac, en construisant feu de camp — attention à sa luminosité qui risque d’attirer les curieux malintentionnés — lit, atelier de bricolage, barricades, etc. Chaque personnage dispose de trois points d’action par jour, qu’il peut utiliser en confectionnant des objets, en préparant à manger, ou en tentant des sorties en dehors de notre cantonnement. Ces expéditions apparaissent particulièrement importantes pour poser la main sur des matières premières ou de la nourriture, mais ne s’accomplissent pas en claquant des doigts. Effectivement, des événements aléatoires — qui se présentent sous la forme de textes illustrés — viennent pimenter l’aventure en mettant nos ouailles en mauvaise posture (rencontre d’un rebelle, catastrophe naturelle, etc.), dommage toutefois que les mêmes mésaventures se répètent trop souvent. Car rapidement, une routine s’installe, et on se rend compte qu’il n’y a pas tant de constructions à réaliser ou d’objets à découvrir. Contrairement à l’excellent This War of Mine, le soft polonais manque cruellement de profondeur, qu’il tente maladroitement de masquer avec une difficulté plus que punitive, et ce même dans son mode le plus facile.

Malgré son dessin léché et son contexte historique intéressant, Help Will Come Tomorrow pâtit d’une boucle de gameplay répétitive, que l’on décèle seulement quelques heures après avoir lancé le jeu. Le titre de Arclight Creations n’est pas pour autant un mauvais jeu, et pourrait même satisfaire les mordus du genre. A réserver donc à un public averti.

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Gattu

Gattu

Joueur biberonné à quelques vieilleries telles que Secret Of Mana, Half Life ou Day of the Tentacle ; aujourd'hui reconverti sur les jeux narratifs, principalement par manque de temps et... de temps.

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