Critique

Them's Fightin' Herds

DĂ©veloppeur : Mane6, Inc. – Éditeur : Humble Games – Date de Sortie : 1er mai 2020 – Prix : 14,99 €

L’histoire de Them’s Fightin’ Herds commence en 2011. Le dessin animĂ© My Little Pony: Friendship is Magic, conçu par sa crĂ©atrice Lauren Faust comme une sĂ©rie regardable “par les parents aussi bien que leurs enfants”, a provoquĂ© un phĂ©nomène social autour d’un public adulte et fortement masculin qui se presse autour d’un univers qui portait jusqu’alors une forte charge connotĂ©e de niaiserie “pour petites filles”. Parmi les multiples crĂ©ations de fans, figurait un projet de jeu de baston, “Fighting is Magic”, oĂą les principaux personnages de la sĂ©rie se mettaient gentiment sur le museau au milieu d’inoffensifs dĂ©cors pastel.

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Mon petit Poney (mais pas l'officiel)

L’idĂ©e suit gentiment son cours jusqu’en fĂ©vrier 2013 oĂą la foudre de Zeus, dieu des avocats amĂ©ricains, s’abat sur les crĂ©ateurs sous la forme d’un trop prĂ©visible “Cease & Desist”. Il ne reste alors plus, Ă  tous ceux qui rĂŞvaient de partager les joies de la castagne avec la petite de 6 ans sans fatalities, que leurs yeux pour pleurer et maudire le droit d’auteur amĂ©ricain vouĂ© Ă  protĂ©ger le capitalisme de rente. Quand soudain apparaĂ®t une bonne fĂ©e.

La crĂ©atrice du show – qui a quittĂ© la production entretemps – propose son aide en personne ! Larmes sĂ©chĂ©es et coeurs regonflĂ©s, on se remet au travail, et le groupe “Mane 6”, qui devient vrai studio, va reprendre l’idĂ©e de base et crĂ©er son univers bien Ă  lui, avec un roster designĂ© par Lauren Faust qui reprend les archĂ©types des personnages de My Little Pony. S’ensuivent deux campagnes Indiegogo, pour acheter la licence du moteur de Skullgirls et financer le jeu Ă  hauteur de plus de 500 000 €, et une longue phase de dĂ©veloppement et d’early access.

Le rĂ©sultat est effectivement le jeu de combat le plus cartoon qu’on ait jamais vu. Tant qu’Ă  faire, autant s’offrir un lore et un scĂ©nario : dans le monde de Foenum, les animaux ongulĂ©s vivaient sĂ©parĂ©s mais en paix, quand un jour, horreur, les PrĂ©dateurs sont de retour, et ils ont une apparence de magie noire dĂ©moniaque. Il va donc s’agir, pour les espèces mangeuses d’herbe, de dĂ©signer leurs champions pour vaincre le Mal, et pour une raison “x”, ils devront d’abord s’affronter entre eux. Ce seront Ă©videmment nos hĂ©roĂŻnes : Oleander la licorne, Arizona Cow la vache, Velvet Reindeer le renne, Pom Lamb l’agnelle, Paprika Paca l’alpaga et Tianhuo le longma.

Non, Ă©videmment tout ça n’est pas bien original, mais ça n’interdit pas de raconter des historiettes, surtout quand elles sont joliment illustrĂ©es par des artistes visiblement talentueux. Dommage que cette qualitĂ© soit mal servie par la technique du jeu qui limite la taille des assets, qui rendent assez laidement en plein Ă©cran. Dommage bis qu’il soit compliquĂ© de jongler entre les rĂ©solutions Ă  cause de bugs et de plantages rĂ©siduels.

L'avis d'un novice

Je vous dois un aveu : bien qu’ayant suivi le projet, je ne connais strictement rien au jeu de combat. Mes deux parties de Street Fighter II et de SoulCalibur disputĂ©es il y a 20 et 30 ans (avec Dhalsim et Sophitia) ont essentiellement consistĂ© Ă  appuyer sur des boutons au hasard pour voir si quelque chose se passait, et je n’ai aucune appĂ©tence pour les genres compĂ©titifs. J’espĂ©rais voir un jeu qui pourrait s’adresser aux enfants et, par-lĂ  mĂŞme, aux rĂ©fractaires du combo, aux incompĂ©tents du special et aux ignares du quart de cercle comme votre serviteur. Et après tout, pourquoi ne pas partir du point de vue du novice complet ? Tant pis si je n’ai aucun point de comparaison et que je serai en peine de vous dire que tel système est similaire Ă  Tekken ou Blazblue, ou que cette feature est dĂ©cidĂ©ment moins bien exĂ©cutĂ©e que par la concurrence.

Et de ce point de vue, Them’s Fightin’ Herds rate peut-ĂŞtre le premier objectif qu’il aurait dĂ» aller chercher : le jeu n’est clairement pas pour tout le monde. Il s’efforce au contraire d’ĂŞtre un jeu de baston “comme les autres”, comme s’il doutait de sa propre lĂ©gitimitĂ©. Le système de combat est complexe et exigeant, avec parades, contres, coups spĂ©ciaux, combos et j’en passe. Chaque perso dispose d’une vingtaine d’actions qu’il partage avec les autres et d’une autre vingtaine qui lui sont propres, ce qui a Ă©videmment la vertu de distinguer des styles très marquĂ©s entre chacun. Les dĂ©butants pourront cependant s’orienter vers un très, très long didacticiel de plusieurs heures dĂ©montrant chaque coup un par un, et permettant de s’y exercer; l’occasion de constater que les timings sont fort serrĂ©s, et j’appris ce jour le concept de “Ă  la frame près”. La motivation est indispensable pour poursuivre, l’apprentissage Ă©tant multipliĂ© par le nombre de combattantes.

Le jeu est d’autant moins tolĂ©rant que, vouĂ© Ă  rester dans une niche, il ne sera guère frĂ©quentĂ© que par ses fans qui seront forcĂ©ment tous bien plus forts que tout dĂ©butant (une bonne centaine de joueurs chaque soir sur le serveur Steam). Un matchmaking existe mais il n’est encore qu’embryonnaire et ne vous donnera pas de joueur du mĂŞme niveau. L’autre solution est bien Ă©videmment de jouer en local contre un ami bienveillant, sur Steam uniquement : les portages console dĂ©pendront du succès.
Il y a Ă©galement un mode Practice et surtout un mode Histoire dont seul le premier chapitre, consacrĂ© Ă  Arizona, est pour l’instant disponible. Ces chapitres racontent la pĂ©rĂ©grination de chacun des personnages et alternent entre les arènes de combat classiques et une vue de dessus en mode pixel art pour se balader dans le monde de Foerune. Avec deux-trois features style RPG pour meubler, ce mode pourrait constituer une alternative très intĂ©ressante s’il n’Ă©tait aussi mal Ă©quilibrĂ©. MalgrĂ© les cinq niveaux de difficultĂ© disponibles, mĂŞme le plus aisĂ© est extrĂŞmement coriace (pour moi) et passe par des phases d’apprentissage de sauts – très compliquĂ©s Ă  exĂ©cuter au pad – qu’il ne demande pas de restituer par la suite.

Cette vue de dessus est Ă©galement utilisĂ©e pour le lobby du jeu, une bonne idĂ©e qui permet aux joueurs de se rencontrer, discuter ou s’affronter, et recèle Ă©galement un mode Dungeon crawler bien apprĂ©ciable et sympathique. Ces combats permettent aussi d’accumuler des ressources pour s’offrir quelques cosmĂ©tiques de personnalisation de son petit avatar.

De l’avis des spĂ©cialistes du genre, le jeu est pourtant propre : effectivement, les combos s’enchaĂ®nent au poil, servis par de très chouettes animations, le netcode est fluide comme une truite dans son ruisseau. La musique est sympathique aussi avec ses thèmes d’environnement qui s’adaptent aux motifs des personnages. En fait, au-delĂ  de ne pas proposer une jouabilitĂ© en dehors des clous, le principal reproche du jeu serait son manque de contenu : six personnages, mĂŞme très diffĂ©rents, c’est un peu court. Les plans des dĂ©veloppeurs semblent toutefois en inclure au moins un septième.

Si vous aimez les jeux de combat pour ce qu'ils sont : des jeux de compétition et de lent apprentissage, alors Them's Fightin' Herds peut être un très bon bol d'air frais pour vous, loin des sempiternels univers musclés et/ou manga. En dépit de son look de dessin animé naïf, son gameplay est solide, la petite communauté est plutôt bienveillante, et s'il est parfaitement montrable à un enfant, il ne lui épargnera pas la difficulté du genre, à moins de jouer en local.

Catel

Catel

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