Critique

curse of the dead gods

BassKass
Publié le 13 mars 2021

Développeur

Passtech Games

Éditeur

Focus Home Interactive

Date de Sortie

23 février 2021

Prix de lancement

19 €

Testé sur

PC

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Le coup classique : le temps est éxécrable, les éclairs zèbrent le ciel, un homme cherche refuge. Pas de bosquet verdoyant, ni auberge accueillante aux lumières chaleureuses, mais de vieux piliers de pierre rongés par les lianes, indiquant l’entrée d’un temple certes doté d’un toit, mais surtout d’un bon paquet de choses peu recommandables tapies dans l’ombre depuis des siècles. La torche à la main, l’homme entre, se trouve agressé par une mystérieuse lumière violette qui lui étreint le bras, et le voilà maudit – en même temps, il aurait mieux fait de nous écouter. Sa seule échappatoire, alors qu’il semble compliqué d’appeler de quelconques secours en ces terres sans réseau téléphonique, reste de s’enfoncer plus profondément dans ces ténèbres aux accents précolombiens…

Ruines = problemes

Au détour d’un couloir mal éclairé, les pointes jaillissent du sol, les statues de jaguar crachent des flammes et les sinistres occupants du temple ont eu l’éternité pour affûter leurs réflexes et leurs griffes : Curse Of The Dead Gods – qui n’est pas le titre d’un morceau de métal dépressif écrit à l’adolescence – est un jeu où la mort survient vite et hante en permanence le joueur, terrifié à l’idée de devoir recommencer. Puisqu’il s’agit d’un rogue lite – comme Hadès ou Dead Cells, influences assez visibles dans le jeu des Lyonnais de Passtech Games – la mort renvoie le joueur au début et à ses chères études : le chemin choisi n’était pas bon, un nouvel ennemi inconnu a surgi, l’arme était encore trop peu maîtrisée. Les mécaniques du genre à la mode sont connues et appliquées. Or, cela ne suffit souvent pas à émerger parmi les tonnes de jeux du genre qui sortent chaque seconde – ce chiffre n’a pas été vérifié, mais sert à provoquer habilement l’intérêt du lecteur. Curse of the Dead Gods attire d’abord par sa gestion des ombres et des contrastes qui font très vite penser à Mike Mignola, le papa de Hellboy – le diable qui mourra plus vraisemblablement d’un cancer du poumon que de la main des nazis et des monstres mythologiques qu’il combat. Ajoutons à cela un univers et des architectures inspirés des mythologies précolombiennes, et on se prend à admirer le moindre couloir et la moindre grotte marqués du sceau du seigneur aigle, du roi jaguar ou du dieu serpent. Le noir découpe les ténèbres, fait irradier n’importe quelle lueur ténue ou yeux rouge terrifiants et dote le jeu d’une aura de mystère et d’ombres projetées par la torche du héros.

Torche inhumaine

Et de torche il est très vite question. C’est une arme – comme tout bon bout de bois un peu dur et enflammé – mais c’est surtout ce qui permet de déceler la moindre dalle suspecte. Gardez-là en main et vous pourrez anticiper les pièges et esquiver pieux, flèches murales ou la massue d’une statue blagueuse. Dégainez vos armes – les classiques de la castagne au corps à corps ou à distance – et vous combattrez dans le noir quasi total, à moins d’avoir préalablement allumé quelques torches dans l’arène. Si les ténèbres sont un régal pour les yeux, elles ne sont que plus dangereuses pour le combattant : les coups reçus font plus de dégâts, les mouvements des ennemis sont plus difficiles à apprécier et les pièges dorénavant invisibles. Enfin, la torche est dotée d’un intérêt tout particulier, celui de pouvoir enflammer les ennemis, déclencher des mécanismes explosifs ou embraser le sol tapissé de toiles d’araignées – pour le meilleur ou pour le pire.

Le pire, d’ailleurs, n’est jamais loin dans Curse of the Dead Gods et ce grâce à un système d’endurance dont les enjeux sont bien connus des joueurs de Dark Souls. Terminer un combo par un coup puissant, c’est perdre de l’endurance. Attaquer avec une arme de jet ou une arme à deux mains, c’est perdre de l’endurance. Faire une roulade et esquiver un coup adverse, c’est perdre de l’endurance. Les ennemis sont nombreux, leurs coups sont violents – le design sonore amplifie parfaitement la rudesse des combats –  et les premières escarmouches vont globalement se résumer à essayer de rouler dans le noir sans se rendre compte que notre précédent combo a épuisé toute notre endurance alors qu’un squelette nous course, qu’une sorcière nous maudit sur 10 générations et qu’un golem de jade nous tape régulièrement sur la tête.

Curse – appelons-le Curse, d’accord ? Juste Curse – est loin des gameplay à la fluidité céleste que nous offrent les derniers grands représentants du genre. Il se joue différemment et le joueur perçoit vite qu’il va falloir changer d’approche et oublier les esquives à répétition et préférer l’efficacité et la patience. Les ennemis ont une large portée, certes, mais il sont très lents et leurs attaques peu fréquentes. Les pièges vous font hurler ? Oui, mais déclenchez-les d’une roulade Indiana-Jonesque et ils briseront vos opposants. Les coups ne se portent pas à la légère, les esquives se comptent et l’approche “tactique” est très vite récompensée du fracas des os de vos ennemis. Il est très satisfaisant de cribler de flèches des bestioles bloquées par une barrière de flammes, ou de mettre fin au vol d’une harpie têtue en se jetant au sol pour activer le chalumeau qui trône au milieu de la pièce.

il y a La bonne et la mauvaise malediction

Comme si le sang et les flammes ne suffisaient pas… le jeu comprend une jauge de malédiction, qui se remplit à chaque nouvelle salle traversée ou à chaque coup reçu par certains ennemis et boss, et compte 5 paliers, comme autant de malus qui vont frapper le héros et influer sur chaque partie : des hallucinations surgissent à chaque coup reçu, des chauve-souris surgissent des cadavres et ajoutent de nouveaux adversaires, toute flamme disparaît, les mauvaises surprises ne manquent pas.

Loin d’être uniquement punitives, ces malédictions peuvent se doubler d’effets positifs : il fait noir mais vos dégâts sont plus importants dans les ténèbres, vos dégâts sont plus faibles mais vos esquives ne coûtent plus d’endurance, ou alors vous trouvez plus d’or… Ajoutant un halo violet du plus bel effet à la direction artistique, ces vilains sortilèges s’inscrivent aussi dans l’économie du jeu aux côtés des inévitables piécettes dorées, en proposant des améliorations et la principale manière de se soigner en échange du remplissage menaçant de la jauge violette, complétant ainsi un game design très équilibré où chaque mécanique du jeu vient nourrir les autres et inversement. Gare toutefois à l’ultime malédiction – la cinquième – qui elle fait fondre votre capital santé petit à petit jusqu’au chiffre un peu effrayant de UN. Attention donc à ne pas en abuser et à offrir son sang à la première arme un peu brillante ou compétence alléchante venues.

Pour le reste, on retrouve toute la panoplie du bon petit soldat Roguelite, avec nouvel armement ou compétences à chaque mort, déblocage de boutiques ou réduction du hasard. On regrettera juste que Curse ne propose ne serait-ce qu’une lignounette de scénario et d’accroche narrative du joueur, en compensant néanmoins avec un chouette bestiaire illustré qui se remplit au fur et à mesures des mauvaises rencontres.

Curse of the Dead Gods ne retourne pas les mécaniques semi aléatoires et la boucle de fond du rogue lite, et ne surprendra pas les habitué.e.s du genre. Mais le dernier Passtech Games excelle sur le terrain des idées malines – gestion à double tranchant de la torche et des malédictions en tête – et d’un système de combat exigeant qui fait la part belle à l’observation de l’environnement. Il envoûtera de sa patte pulp n’importe quel amoureux de la poussière centenaire, des piques et des portes que personne ne devrait jamais ouvrir.

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