Critique

Stray

Howler
Publié le 30 août 2022

Développeur

Bluetwelve studio

Éditeur

Annapurna Interactive

Date de Sortie

18 juillet 2022

Prix de lancement

26,99€

Testé sur

PC

Toute l’année on demande des jeux originaux, qui doivent tenter de réinventer leurs genres dans une industrie qui tourne en rond. Et pourtant, il suffit d’un petit chat pour nous faire apprécier la plus simple et pure expérience vidéoludique. À l’heure où vous lirez ceci, vous avez surement entendu parler de Stray, le célèbre « jeu du poticha », créé (entre autres) par deux anciens d’Ubisoft sous la bannière BlueTwelve Studios. Après 7 ans de développement d’un projet commencé en école (et un beau pari de la part d’Annapurna), Stray est arrivé sur nos machines, bien décidé à faire céder les plus grincheux parmi vous.

Kitty-pop Chainsaw

Après un début mêlant mignonnerie et drame (promis, aucun chat ne meurt dans cette histoire), Stray met en place, petit à petit, son gameplay. Si vous espériez un RPG dans un monde ouvert, laissez moi vous arrêtez tout de suite : ici il n’est que question d’aventure, d’exploration et une petite dose de point’n click. Votre raminagrobis va simplement devoir trouver son chemin après s’être perdu dans une étrange ville rappelant la mystérieuse cité de Kowloon, probablement la plus grande inspiration cyberpunk des 40 dernières années. Je n’en dirai pas plus, l’aventure étant courte (comptez une demi-douzaine d’heures) je m’en voudrais de divulgâcher le plaisir de découverte.

En ma qualité de Daddy cat, je tiens avant tout à noter une chose importante avec l’arrivé de Stray : il fait partie de ces rares jeux qui nous font contrôler un animal qui ne tient pas sur ses pâtes arrières. Il en existe d’autres, évidemment, que ce soit Away, le tout récent Endling ou même l’étrange Tokyo Jungle, mais rares sont ceux qui nous placent dans les quatre patounes d’un petit chat des rues. Pourtant, il y a tout à gagner à utiliser un félin domestique dans son jeu vidéo. Déjà, son point de vue, à ras-du-sol, donne un effet de gigantesque à tout bâtiment que vous croiserez, rendant le terrain de jeu immense. De par sa nature agile, le chat est aussi un parfait personnage de jeu de plateforme. Vous pouvez grimper sur les meubles, les rambardes, les toits etc. de manière très instinctive bien que dirigiste (je vous conseille de virer les repères de touches à l’écran). De plus, cette verticalité dans le level design rajoute une complexité dans l’exploration plutôt bienvenue, renforcée par le côté très curieux de l’animal. Chaque coin de rue est une invitation à l’exploration. C’était devant nos yeux depuis le début et pourtant, on ne se rend compte que maintenant que les chats sont d’excellents protagonistes principaux de jeux vidéo (et ce n’est pas Dog’s Life qui prouvera le contraire).

Je me mets à la mod

Evidemment, il n’a pas fallu longtemps pour que les joueurs PC mod le jeu comme bon leur semble. Je vais passer sur les bizarreries memesques et plutôt parler de toute ces possibilités de remplacer le petit chat roux par n’importe quel autre chat à votre goût. Noir avec des yeux verts, tigré, grisé ou même un peu grassouillet, vous aurez même la possibilité de le remplacer par un mignon potichien. Certains souhaitent visiblement changer l’expérience avec un mode première personne et même un splitscreen !
Je suis ravis de voir la communauté de moddeurs aussi jouasse sur Stray.

Kowloon Johnson

Votre chat présente aussi tout un panel de mécaniques comme dormir, boire de l’eau, faire tomber des trucs, jouer avec des objets roulants, marcher sur les claviers, miauler frénétiquement pour rien en pressant le bouton prévu à cet effet, faire ses griffes sur le tapis, gratter à la porte pour entrer puis faire la même pour sortir etc. Vous l’aurez vite compris, on sent que les gens de BlueTwelve sont partis à fond dans le concept, et que pour forcer le joueur à s’identifier au chat, il faut le faire agir comme lui. Les options citées plus haut ne servent que très rarement dans le gameplay, mais elles sont là, et font partie de votre aventure et de votre immersion. Quel autre plaisir que de trouver un petit coin douillet proche d’une lumière tamisée pour piquer un petit somme et profiter d’un ASMR ronronnement dans les oreilles ? J’envisage déjà de faire des enregistrements de 10h et de me les passer en rentrant du boulot.

J’ai parlé plus haut de point’n click, le mot est un poil fort, mais il y a quelques vapeurs par-ci, par-là, il faudra souvent trouver des objets à donner aux bonnes personnes pour avancer dans le récit. C’est probablement les moments où vous réfléchirez le plus pendant votre session, mais ne vous méprenez pas, il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard. Je ne trouve pas que ce soit un mauvaise chose, j’ai beau être un fan des vieilles productions Lucas Arts, des énigmes trop complexes auraient brisés le rythme très fluide du jeu. En attendant, ça reste un fantastique moyen de plus pour nous forcer à chercher, fouiller et parler aux PNJ, de quoi profiter au maxium de la direction artistique et du petit tour de force technique que propose Stray (merci l’Unreal engine d’être un moteur si accessible et puissant).

Alors, je vous vois arriver avec vos grands sabots : oui le jeu va vous tenir (au mieux) deux bonnes soirées, mais n’est-ce pas ce qu’il nous faut en ce moment ? Un petit jeu d’aventure envoutant entre deux gros AAAA gigantesques, qui nous permet de souffler, prendre plus le temps d’apprécier la proposition sans garder un œil sur une boussole, une mini-map ou un suivi de quête. À une époque où le jeu vidéo devient de plus en plus un travail à temps plein pour être fini, je ne peux m’empêcher d’apprécier un jeu bien fini et qui sait se taire quand il n’a plus rien à dire. Évidemment, dans le jeu indépendant, il en existe pleins des comme ça (genre The Gunk pour en citer un récent que j’ai fait), mais très peu de cette qualité.

L’humilité de Stray force le respect, il n’a pas la prétention ni l’ambition de révolutionner le genre ou de garder ses joueurs en otage. BlueTwelve Studios réalise un hommage d’une époque maintenant révolue, celle du jeu vidéo pur et simple. C’est mignon, c’est ludique, ça ne tourne pas autour du pot et c’est techniquement réussi. Seule une aversion pour les chats ne vous ferait pas craquer pour cette sucrerie (mais vous n’êtes pas si cruel, si ?).

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