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Baldur's Gate 3

Howler
Publié le 2 avril 2024

Développeur

Larian Studio

Éditeur

Larian Studio

Date de Sortie

3 aout 2023

Prix de lancement

59,99€

Testé sur

PC

Ma première partie de JdR, c’était une fin d’été 2014. Le scénario était prêt, j’étais très fier de mon halfelin malicieux après les quelques heures nécessaires de mise en place et le périple pour retrouver l’amulette magique d’un vieux monsieur pouvait enfin débuter. Un cadre idéal pour s’adonner à une pratique aussi ludique et de laquelle j’espérais en retirer un max de fun tout en descendant des boissons houblonnées. Ça, c’était avant que les problèmes de calendrier arrivent et que les jours de campagne suivants s’espacent de plus en plus, pour finir dans le néant. On est loin de toutes ces fantastiques aventures décrites par des amis rôlistes, la faute à des MJ non adaptés au public (commencez avec des courtes campagnes, c’est important). Après l’annonce de Baldur’s Gate 3, développé par Larian Studios, je me suis dit que j’allais enfin goûter à cette aventure de D&D complète, avec un MJ toujours présent et sans avoir besoin de garder un bouquin de règles de 400 pages sous la main. Mon constat était sûrement encore très éloigné de la vérité.

L'aventure c'est pour les baldur

Si vous n’êtes pas habitué des jeux Larian, il est assez facile de résumer les mécaniques de Baldur’s Gate 3. Il se sert allégrement dans Divinity Original Sin plutôt que dans les premiers épisodes de Bioware, quitte à entendre râler les quatre grabataires du fond encore fans de tactique en temps réel (car soyons honnête deux minutes, ce n’était pas très bien). Ici, on alterne entre phases d’exploration accompagnées de beaucoup de dialogues (tous doublés en anglais et avec de la motion capture, s’il vous plaît) et des phases de combat tactique en tour par tour. Cet équilibre tient plutôt bien la route, car chacune de ces deux faces nous investit, soit par les choix de dialogues (qui ont tous un impact considérable sur l’histoire) soit par les combats. D’ailleurs, le jeu évite les multiplications des rencontres inintéressantes pour proposer très souvent des situations en infériorité numérique ou avec des patterns particuliers (genre faire couler de la lave pour affaiblir un ennemi et l’assommer avec un marteau géant). Tout ceci peut évidemment être parcouru aux commandes d’un des 7 personnages « Origines » créés spécialement pour l’histoire, ou alors partir de zéro et choisir qui vous voulez incarner parmi l’immensité des choix de création de personnage, dont chaque paramètre influera sur l’aventure. Une rejouabilité aussi colossale que le temps de jeux nécessaire à l’accomplissement de la quête principale, à peu près une nonantaine d’heures (c’est pour toi, publique belge).

Le vrai cœur de Baldur’s Gate 3, c’est la transposition des règles de Donjons & Dragons en jeu vidéo. Nombreux sont les titres qui s’en sont inspirés pour proposer tout ce qui fait l’essence d’une partie de jeu de rôles papier, tout en slalomant entre les différentes règles qu’impose un médium vidéoludique. Mon confrère Fougère de Factor News, explique parfaitement pourquoi appliquer les règles de DnD 5 est un enfer dans un jeu-vidéo, avec une raison simple : le MJ est encouragé à tricher. Comme évoqué dans mon dossier sur Larian, l’équipe planche dessus depuis longtemps maintenant, et alors que la majorité des RPG se focalisent sur l’illusion du choix, celui-ci est bien plus palpable et réel dans BG3. Il y a une quantité astronomique de dialogues et d’embranchements différents, même légers, qui sont saupoudrés d’une attention toute particulière du détail. Comme l’a fait Disco Elysium (et d’autres), on a l’impression que le jeu a tout prévu et retombera toujours sur ses pattes. Mark Darrah, l’une des têtes pensantes à qui l’on doit la série des Dragon Age entre autres, explique ce phénomène dans ce très bon article de Rock Paper Shotgun

« Cette magie vient d’une manière de faire, appelée « feux de camp dans l’obscurité », selon une philosophie de conception de Failbetter Games, où les feux de camp sont des parties explicites de l’histoire du jeu et le joueur navigue dans l’obscurité entre eux. […] L’histoire dans BG3 réagit principalement à l’endroit où vous êtes, et non à la manière dont vous y êtes arrivé »

Mark Darrah – RPG experts on why we love Baldur’s Gate 3, and the future of the genre.

Une philosophie à double tranchant, où les joueurs vont peut être passer à côté de la narration pensée à la base pour mettre à profit leur aventure personnelle et accentuer au maximum cette sensation de liberté, ainsi que leur implication.

Mimick Qui sue

Il est souvent rapporté que Baldur’s Gate 3 est un jeu indépendant, développé comme un AA avec le budget d’un AAA. Ce cadre est tout à fait exceptionnel, car il a permis aux équipes de faire un early access de trois ans, un temps plus que nécessaire pour que lesdits feux de camp soient suffisamment travaillés pour être visibles par le joueur sans être trop invasifs. Ce délai a même probablement été plus que nécessaire pour prévoir un maximum de choses que pourront faire les joueurs suite aux retours de la beta et éviter tout ce qui pourrait faire écrouler le château de cartes. Une grande question raisonne dans ma tête depuis le début de cette aventure : quel avenir pour le genre du C-RPG occidental classique, et habituellement considéré comme niche ? Il est clair que parmi les joueurs qui découvrent le genre avec BG3, certains vont rapidement redescendre dès la première heure de C-RPG où les textes affluent comme si on passait une licence en littérature, filmée en plans fixes isométriques. Mais là où des anciens comme Obsidian ou InXile, maintenant sous l’écurie Xbox, pourraient avoir les moyens nécessaires pour faire du RPG à forte mise en scène, il est impossible de demander à des mecs comme Owlcat, dont la formule est très proche de celle de Larian, d’injecter autant d’argent dans la présentation générale de leur jeu. Pathfinder : Wrath of the Righteous, un excellent titre au demeurant, s’est tout juste vendu au (très honorable) million d’exemplaires en 2023. Mais il est clair que voir leur nouveau titre Rogue Trader sorti en décembre 2023 recevoir un accueil aussi chaleureux qu’un bunker normand peut rebuter (après, c’est Warhammer 40K, ça va un peu avec le packaging).

Cette question, au final, elle peut être facilement répondue en prenant d’autres genres en exemple, qui ont été niches par le passé pour devenir populaires par la suite. L’un des plus marquants récemment étant le battle royal, tout d’abord issus d’un mod sur un jeu de Simulation Militaire (donc vraiment niche), la popularité auprès des joueurs l’a rapidement fait devenir un genre à part entière, avec une production de zinzin et une expérience joueur la plus accueillante possible, pour avoir un retour sur investissement à 100%. Ce sont les joueurs qui façonnent les standards avant tout. Donc, à moins que ce type de production se multiplie par un quelconque miracle, le genre ne bougera pas réellement. Parce qu’une fois la mise en scène écartée, ça reste souvent de bons RPG, avec leurs propres gimmicks de gameplay, leur univers tout autant fouillis et une écriture tout aussi soignée. Les personnes impressionnées par BG3 ne feront pas forcément vivre la scène C-RPG, et ce n’est pas grave ! Les jeux de niche sont fréquemment des jeux à la proposition singulière, et c’est quelque chose dont le paysage vidéoludique a besoin pour continuer d’évoluer et se construire.

Il n’en reste que BG3 est un tour de force. Pas pour l’industrie directement, mais pour les joueur·euses, surtout pour ceux qui découvrent un genre qui évite de trop lui tenir la main sans jamais vraiment le laisser seul. Il ravive une flamme que je n’avais pas vue depuis longtemps, celles des discussions qu’on avait dans la cour de recréation pour raconter les fantastiques histoires qui se sont passées la veille, avec son lot de « Attends, mais t’as eu ça toi ? Et lui du coup, il n’est pas mort ? Comment ça, tu l’as romancé ? ». La densité du jeu fait qu’on apprendra toujours de la partie d’un·e autre, car même après avoir fait le tour de mes contacts sur leur déroulement, aucun n’a ressemblé aux trois parties que j’ai faites (qui, elles-mêmes, ne se ressemblaient pas).

Je pourrais parler des heures durant sur Baldur’s Gate 3, et la fascination que j’ai pour son histoire riche, sa mise en scène, ses personnages, ses acteurs de doublage ou sa direction artistique. Mais il faut savoir s’arrêter, et il est juste temps pour moi de remercier Larian pour ça et de vous encourager à jouer à BG3 même si le genre ne vous a jamais attiré, car aucun texte de 8 000 signes ne sera assez suffisant pour lui rendre honneur. Ah et puis, sauvez Karlach. Je vous en conjure.

WHAT THE BAT?

Vivre avec des battes à la place des mains

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