Critique

Tchia

Nyam Hazz
Publié le 13 avril 2023

Développeur

Awaceb

Éditeur

Kepler Interactive

Date de Sortie

21 mars 2023

Prix de lancement

29,99 €

Testé sur

PC

Petit jeu indépendant en open world, Tchia est le produit d’une toute petite équipe de développement basée à Bordeaux mais répartie un peu partout dans le monde, notamment à Montréal, mais aussi en Espagne, aux États-Unis… Fondé en 2016 par Phil Crifo et Thierry Boura, tous deux originaires de Nouvelle-Calédonie, Awaceb (« tout va bien » ou « pas de soucis » en langue vernaculaire), est un studio à qui l’on doit déjà Fossil Echo. Édité par Kepler Interactive, leur nouveau titre vise à rendre hommage à leur terre natale via une aventure qui n’est pas sans rappeler The Legend of Zelda : Breath of the Wild. Largement inspirée par ce territoire français que l’on surnomme le Caillou, celle-ci nous entraîne donc à l’autre bout du monde, en plein cœur du Pacifique. Après avoir été reporté, Tchia est enfin disponible depuis le 21 mars 2023 sur PC (Epic Games Store), PS4 et PS5, ainsi que dans l’abonnement Playstation Plus Extra et Premium. Et c’est avec un plaisir non feint que votre serviteur s’est laissé embarquer dans cette formidable invitation au voyage.

La vie sous les tropiques

Tout commence avec l’arrivée du 79e pensionnaire au sein d’un refuge pour orphelins et enfants perdus. Lors de la veillée, une vielle dame installe tout ce beau monde autour du feu pour conter l’histoire de Tchia, une petite fille aux yeux vairons qui a toujours vécu seule avec son père sur le petit îlot Uma, ne recevant que la visite de Tre, un solitaire installé sur une plateforme au milieu de l’archipel. Alors qu’elle fête ses 12 ans avec tristesse et mélancolie, comme chaque année, son paternel, qui attache une grande importance aux traditions, lui offre un lance-pierres. Tre se joint également à la fête, mais il a été suivi et un hélicoptère très polluant débarque bien vite pour embarquer son daron, recherché depuis 12 ans par Meavora, le dictateur local qui impose sa loi depuis cette époque. Tchia tentera bien de lui venir en aide, découvrant alors en elle un pouvoir qu’elle ne soupçonnait pas, mais échouera. Recueillie et soignée par Tre, elle partira ensuite bien vite à la rencontre de Meavora, au sein de sa forteresse, pour libérer son géniteur en empruntant le bateau de leur ami.

Le récit que nous conte Tchia est clairement touchant et empreint de bons sentiments. Et malgré son allure toute mignonette qui semble le destiner aux enfants, il s’avère bien plus mûr que cela. On suit en tout cas les pérégrinations de la petite Néo-Calédonienne avec plaisir, à travers son voyage initiatique l’amenant à visiter les différents lieux emblématiques de son archipel et à aller à la rencontre de personnages tout aussi marquants. De belles cinématiques viennent appuyer tout cela, toujours dans un style cartoon très coloré du plus bel effet. La direction artistique avec ses graphismes cell-shadés rappelle bien évidemment le titre de Nintendo, surtout lorsque l’on rajoute à cela un planeur pour parcourir de longues distances ou pour amortir les chutes, ainsi que des phases d’escalade aux animations comparables à Breath of the Wild, le tout avec beaucoup d’exploration au cœur de la nature, sans parler du ukulélé en lieu et place de l’ocarina. Sans être du même acabit, Tchia ne se limite pas non plus à cela, c’est avant tout une incitation à la découverte de la Nouvelle-Calédonie.

Ayant eu l’immense honneur de fouler ces terres australes et étant clairement tombé sous le charme lors de mon séjour là-bas, je peux dire que j’ai retrouvé avec joie de très nombreuses références. Même les couleurs du lagon ou des couchers de soleil sont rendus avec justesse. Rappelons toutefois qu’il s’agit ici d’un archipel fictif, uniquement inspiré par la Nouvelle-Calédonie. Il n’empêche que l’on croise, sous d’autres noms, certains lieux incontournables comme la poule pondeuse de Hienghène ou le cœur de Voh. C’est avec beaucoup de respect que sont ainsi repris les paysages, mais aussi la faune locale, les mélanges de cultures qui font la richesse de l’île, les langues qui y sont pratiquées, le folklore et les traditions, y compris les croyances et les mythes. La mangrove et ses palétuviers sont bel et bien là, tout comme les cafards, les scolopendres ou encore le symbolique tricot rayé. Les danses folkloriques nous accompagnent également avec tendresse et les tenues tout aussi traditionnelles, comme la peinture faciale en argile blanche, ne sont pas laissées de côté.

Waipeipegu

Les musiques sont magnifiquement mises en valeur. Des artistes locaux ont été mis à contribution pour un résultat délectable, dont une excellente version de l’incontournable Waipeipegu de Gurujele. Les bruitages, avec les chants d’oiseaux tropicaux, sont tout aussi soignés. L’univers proposé par Tchia est indubitablement enchanteur et poétique. Plein de bonne humeur, il respire la joie de vivre. Même les comédiens locaux, en drehu sous-titré (la langue kanak la plus usitée) et en français (avec un bel accent caldoche), sont touchants, malgré l’amateurisme que l’on sent derrière. Tchia reste un petit jeu indépendant et n’est donc pas non plus exempt de défauts. Les textures, par exemple, manquent parfois de finesse, et les graphismes ne sont pas aussi convaincants en ville (maisons, voitures…) qu’en pleine nature. Des bugs peuvent aussi amener les animaux à se coincer dans le décor, les défis à ne pas vouloir se lancer, Tchia a pouvoir rester indéfiniment sous l’eau… Des problèmes de framerate ont également été rapportés sur consoles, patchés depuis sur PS5.

Le cycle jour-nuit est quant à lui bien marqué, tout comme la météo variable avec ses pluies tropicales soudaines et violentes laissant ensuite rapidement place à un soleil de plomb. Côté gameplay, à l’image du divertissement familial qui le caractérise, Tchia, dont l’exploration et la découverte de ce fantastique univers est le fer de lance, ne présente pas vraiment de difficulté. Quand bien même, au-delà des options d’accessibilité qu’il propose (police plus lisible, taille des sous-titres, vibration ou non de la caméra, aide à la visée…), il ne manque pas d’éclairer les points d’intérêt et d’indiquer précisément où ils se trouvent lorsque l’on s’en approche, et propose même un mode sans échec empêchant Tchia de perdre connaissance. La plupart de ses actions (glissades, escalade, planeur, navigation, combats…) affecte en effet une jauge d’endurance mais qui la fait s’évanouir et retourner au dernier feu de camp lorsqu’elle est épuisée. De plus, pour rester dans l’esprit familial, un mode ad hoc est proposé pour les affrontements.

Ce n’est pourtant pas un jeu d’action violent, bien au contraire, mais il demande quand même de se battre contre les Maano, les pantins faits de tissu et de bois de Meavora. Relativement stupides, ceux-ci propulsent des bandes de tissu qui peuvent immobiliser Tchia. Il faut alors se débattre pour s’en extirper et, en cas d’échec, notre héroïne se retrouve emprisonnée. Heureusement, elle dispose de son pouvoir de bond d’âme qui lui permet de se propulser à l’intérieur d’objets ou d’animaux. Les lampes à huile et autres éléments explosifs seront ainsi bien pratiques pour affronter ces adversaires sensibles au feu, et consumer les tas de tissu permettant de leur donner vie. Prendre possession d’animaux est également bien pratique, comme pour prendre de la hauteur avec les oiseaux, ou encore nager plus vite, plus profond et plus longtemps avec les animaux aquatiques. Tchia est en effet limitée par la quantité d’air dans ses poumons. Sa réserve d’âme s’épuise toutefois avec le temps et elle doit donc régulièrement réincorporer son corps.

Une fois n’est pas coutume

Cette option, peut-être insuffisamment exploitée, est sans doute l’élément le plus original du gameplay. Pour le reste, les missions nous demandent souvent d’aller chercher aux 4 coins de l’archipel différentes choses afin de faire coutume (des offrandes pour montrer son respect) et pouvoir s’entretenir avec un personnage afin de faire avancer l’histoire. Si vous tracez en ligne droite, cela devrait vous prendre un peu moins de 10 heures, mais ce serait dommage de ne pas profiter des balades pour aller visiter chaque lieu traversé, ce qui vous occupera alors bien plus longtemps. Le monde reste tout de même de taille réduite, avec surtout deux grandes îles : une très luxuriante et l’autre plus désertique et industrielle. Pour se repérer, on dispose d’une carte et d’une boussole. Saluons au passage la qualité du level design. En tout cas, faute de quêtes annexes, les activités ne manquent pas et s’avèrent très variées : camps de Maano à détruire, stands de tir, statues de Meavora à exploser, empilements de pierres, plongeons avec saltos, chasses au trésor, courses contre la montre (à pied, en bateau ou sous forme animale)…

On peut aussi citer la sculpture des totems nécessaires pour ouvrir les temples, ces royaumes mystiques où nous attendent des défis avec à la clé un fruit d’âme pour augmenter notre réserve maximale. Tout ceci peut être révélé sur la carte en rejoignant des points de vue situés en hauteur où l’on doit crier pour les faire apparaître. Il y a également de nombreux objets à collectionner : figurines tressées en feuilles de cocotier, perles de bénitier, fruits d’endurance pour augmenter la jauge, ou encore coffres contenant des objets cosmétiques que l’on récupère sans savoir toutefois ce dont il s’agit. Pour cela, il faut se rendre dans un des feux de camps. C’est en effet là que l’on peut dormir, manger des plats locaux pour refaire le plein d’énergie, jouer librement du ukulélé, mais aussi personnaliser les tenues de Tchia, comme son sac à dos, son planeur et son instrument. Des jeux de rythme avec de superbes séquences cinématiques de danses traditionnelles, sont régulièrement proposés, mais ces passages restent optionnels et on peut passer en mode automatique pour juste profiter de ces instants magiques.

Le ukulélé est, de surcroît, un objet magique que l’on peut sortir à tout moment pour jouer 4 notes permettant de changer le moment de la journée, ou d’invoquer un animal pour pouvoir en prendre possession. Parmi les activités auxquelles on peut s’adonner résident d’ailleurs la rencontre avec les 38 animaux que compte le bestiaire et que l’on peut tous caresser (il n’y a curieusement pas de raies par contre), comme avec les 22 représentants de la flore locale (cocotier, pins colonnaires, palétuviers, niaouli, aloe vera, hibiscus…). Tchia sait d’ailleurs grimper sur à peu près tout, façon Spider-Man, et peut se balancer en haut des arbres pour se catapulter. Et en débloquant les ports, cela permet d’y retrouver à tout moment son bateau et d’utiliser le voyage rapide. C’est aussi là que l’on peut personnaliser son embarcation. Enfin, un appareil photo argentique est à votre disposition avec différents réglages et pellicules à développer ensuite, mais aussi un trépied et un retardateur pour pouvoir figurer sur vos clichés. Vous pourrez alors profiter de l’occasion pour marquer votre humeur avec plusieurs options de comportements proposées.

 

Avec Tchia, Awaceb nous emmène à la découverte de la Nouvelle-Calédonie de la plus belle des façons, à travers une aventure touchante et contemplative. Que ce soit par sa direction artistique léchée, ses personnages attachants, ses nombreuses références aux traditions locales, son bestiaire et sa flore, ou encore la place importante accordée à la musique, avec une BO grisante, tout est là pour nous séduire. Alors, bien sûr, ce n’est que le produit d’une petite équipe indépendante et on ne manque pas de croiser quelques imperfections, mais qu’est-ce à côté de tout ce que propose ce titre enchanteur ? À moins que vous recherchiez du challenge, Tchia mérite vraiment le détour. Son histoire principale n’est peut-être pas très longue, mais les nombreuses activités variées qu’il propose rallongent nettement sa durée de vie, à condition toutefois de ne pas être réfractaire à la collectionite. Et le concept de bond d’âme, bien qu’insuffisamment exploité, est une réussite. Une incitation au voyage à laquelle il est bien difficile de résister.  

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