Running With Rifles

Il donne l’impression de tout prendre à la rigolade. Il s’amuse des conventions des jeux de guerre pour mieux les tourner en dérision. Il prend l’apparence d’un jeu d’arcade en vue du dessus. Il semble impossible de le prendre au sérieux. Pourtant, Running With Rifles, ou RWR pour les intimes, est sans doute la simulation militaire la plus honnête qui soit de ces dernières années dans l’esprit de monde ouvert.

Le soldat inconnu

Vue aérienne et viseur mobile en évidence, Running With Rifles se contrôle comme un top down shooter assez classique, au clavier et à la souris. Malgré la nature assez violente de ce type de jeu, il arrive à en désamorcer tout reproche éventuel en se moquant de lui-même. Il se distance ainsi du côté meurtrier de ce type de simulations guerrières pour n’en garder que l’essentiel, c’est-à-dire l’aspect tactique et le tir aux pigeons.

Les joueurs sont par conséquent invités à choisir une campagne militaire parmi trois, les mettant aux commandes des Greenbelts, Graycollars ou Brownpants, pendants parodiques de nos armées du monde réel. Si RWR cherche à se jouer des codes du genre, c’est pour mieux nous amuser sans s’alourdir d’un propos pro ou anti-guerre. Il n’y a d’ailleurs pas de propos tout court – si ce n’est le côté absurde des conflits armés – juste des blagues potaches et du gameplay à l’état pur.

Il ne peut en être autrement quand les cadavres de vos ennemis laissent derrière eux, au milieu des armes et du sang, tablette tactile à la mode, console de jeu portable ou bien encore des magazines de charme. Petit aparté pour les âmes sensibles, la quantité de globules rouges versée à l’écran est réglable dans les options. C’est donc quelque part entre la tension d’une rixe armée et  dans une ambiance décontractée que l’on dirige notre petit soldat tout fragile.

Little Big Soldier

Bien qu’une ou deux balles suffisent à le meurtrir pour l’éternité, notre petit bonhomme fait de voxels peut s’accroupir, ramper, grimper, tirer et recharger. Sa palette de mouvements reste simple mais terriblement efficace. Le système de tir lui-même n’est pas très compliqué à prendre en main, tout en s’inscrivant dans la complexité d’un terrain avec ce que cela implique de nivelés et hauteurs à prendre en compte.

En théorie, vous n’aurez donc qu’à viser et tirer. En pratique, la pertinence de vos attaques va dépendre grandement de votre prise en compte des qualités de votre arme, comme la portée de ses tirs et de leur puissance. Vous devrez également faire attention à la composition du terrain. RWR exige de ses joueurs de faire preuve de précision. Chaque obstacle se trouvant dans notre ligne de tir sera pris en compte. Car comme j’aime à le penser, ce jeu offre toutes les qualités d’un fps réaliste transposées dans une vue du dessus.

Il devient alors très vite apparent que foncer tête baissée reviendrait à signer son arrêt de mort sur le champ de bataille. Ce dernier point n’a d’ailleurs aucune conséquence immédiate mais beaucoup plus sur le long terme. RWR retient un semblant de progression du dit soldat, en vous faisant perdre des points d’expérience à chaque trépas. Heureusement, vous en gagnerez un peu plus en endeuillant les veuves de l’adversaire ou en remplissant les objectifs définis par votre supérieur.

Des points de réputation viennent compléter le tableau, mais la finalité reste la même. Il faut s’améliorer pour en grappiller le plus possible et débloquer ainsi de nouvelles armes. Ou avec les dits points de réputation, activer par radio des aides plus ou moins variées, pouvant aller jusqu’à l’intervention de blindés par exemple.

De l’importance de prendre du galon

Au début, gagner de l’expérience semblera superflu. On démarre souvent de la même façon, c’est-à-dire en jouant comme un bourrin de bas étage. Or, on l’apprend très vite à nos dépens, mais RWR requiert de la finesse et aussi pas mal de stratégie. Tout se passant en temps réel, les réflexes seront mis à rude épreuve, et, les prises de décisions sur le vif monnaie courante. À mesure que le chaland se réveillera à la nécessaire réflexion du haut gradé qu’il deviendra en accumulant du niveau, toute la couche stratégique sous-jacente de Courir avec les Flingues se révélera à lui.

Tous les milles points d’expérience accumulés, c’est un troufion de plus qui vous rejoindra. Il est ainsi possible en jouant bien d’évoluer au point d’avoir une petite escouade à soi, servant d’attaques satellites comme dans un shoot-them-up. Et ce avec la possibilité de modifier leur style d’attaque ou de défense, en les faisant passer d’un comportement destructeur à l’infiltration.

Les joueurs y découvriront alors avec émerveillement une à une les richesses d’un jeu capable de nous apprendre à le maîtriser sans nous donner de réelles indications, ni nous prendre par la main. Car si mourir est chose facile et rapide, il n’est pas vraiment punitif. Outre sa difficulté générale répartie en plusieurs niveaux, voire réglable à l’envi dans ses moindres détails, décéder sur le champ ne vous fera que changer de soldat. Tous ayant tout de même un nom différent pour la postérité.

Sir, yes Sir !

Heureusement pour nos nerfs, chaque mort est aussi instantanée que le processus de réapparition, qui ne prend guère plus que quelques courtes secondes. Il est ainsi possible d’expérimenter à nos dépens toutes les petites merveilles d’ingéniosité parsemées au travers de ces cartes gigantesques et entièrement ouvertes à l’exploration. Seul les points de réapparition seront parfois sujet à discussion quand arbitrairement ils vous feront revenir un peu trop loin de l’action en cours. On use pas mal de semelles à force de marcher.

Nous y sommes par conséquent invité après une première mission réussie à nous diriger par nos propres moyens vers diverses portes de sortie de niveau nous amenant à autant de différentes nouvelles cartes à conquérir dans le même élan. Bien qu’elles soient toutes différentes de par leur structure, une île étant par définition différente d’une région désertique, on y retrouve malgré tout un schéma récurrent dans leur fonctionnement. Il s’agit le plus souvent d’y vaincre le ou les adversaires s’y trouvant.

Étant donné que le jeu compte trois factions, il sera en effet courant de se retrouver face aux deux autres que vous n’auriez pas choisies. Sans qu’elles ne soient pour autant alliées entre elles. Ce qui d’ailleurs implique souvent un joyeux bordel quand les brownpants se retrouvent dans un feu nourri avec d’un côté les graycollars et les greenbelts de l’autre. C’est dans ces moments qu’un peu d’esprit tactique de notre part peut jouer en notre faveur.

Notre mission dans RWR est du genre directe. En majeure partie, vous devrez prendre possession de positions stratégiques l’une après l’autre, un peu comme dans un Battlefield. Auquel viendra s’ajouter l’inévitable corvée des objectifs secondaires mais généreux en points d’expérience récoltés. Comme il n’y a pas véritablement une arme meilleure que l’autre, mais seulement une utilité et un style différent pour chacune, ce n’est pas tellement l’objectif en lui-même qui importe, mais plutôt la façon de l’aborder avec la multitude d’outils mis à notre disposition.

Running With Rifles n’est pas un pamphlet existentialiste sur la guerre et ses conséquences. Non plus un monument à sa gloire. Il est le plus simplement du monde un jeu de tir réaliste autant qu’il puisse l’être en vue du dessus. Il n’est pas très compliqué à prendre en main, mais l’est beaucoup plus dans sa maîtrise. Il demande de l’investissement rendu au centuple de par le plaisir qu’il procure alors que les stratégies d’attaque commencent à fuser dans notre tête. Le côté aléatoire du sandbox fonctionne aussi bien dans Running With Rifles parce qu’il dispose de mécaniques de jeu huilées comme il faut. Derrière une apparence trompeuse de jeu d’action et d’arcade amusant la galerie se trouve une simulation de guerre moderne à faire rougir les derniers Battlefield sortis et autres ersatz de shooter prétendument plus sérieux. En se moquant joyeusement de lui-même, il met d’autant plus en exergue la qualité de son exigence. Il surclasse aisément les prétentions de bon nombre de FPS/TPS/etc, tout en étant plus accessible qu’un Arma. Un jeu d’une richesse étonnante qui mérite de figurer dans votre ludothèque.

 

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

2 pensées sur “Running With Rifles

  • 09/03/2016 à 13:01
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    Il donne bien envie ce jeu, me fait un peu penser à Cannon Fodder (1993 pour les plus anciens^^)

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