Crudelis

Oui, oui voilà encore un nouveau RPG Maker qui sort sur Steam. Serait-ce là une solution de facilité ? Une création sans âme ni personnalité ? A force on peut être tenté de les voir comme des jeux tout droit sortis d’une usine qui fabrique, à l’aide de quelques assets, des titres indépendants sans originalité. Il semblerait cependant que Crudelis soit différent, ça mérite d’y jeter un petit coup d’œil non ?

Le chrono est lancé

Les dernières minutes de votre vie s'égrainent comme les aigrettes d'un pissenlit dans le vent.
Les dernières minutes de votre vie s’égrainent comme les aigrettes d’un pissenlit dans le vent.

Quand on vous dit “un RPG de 60 minutes” dans la description Steam du jeu, il est sous-entendu par là que Crudelis dure véritablement 60 minutes en temps réel. En effet, vous incarnez Henry Shackelton, un scientifique menant d’obscures expériences dans la cave de sa demeure. Alors que du bruit se fait entendre au rez-de-chaussée, Henry laisse ses notes et ses calculs de côté pour aller jeter un œil et lever le voile sur ce qui provoque ce vacarme. Sa curiosité interrompt ainsi les cambrioleurs qui, étonnés de sa présence, décident dans la panique de le supprimer. Mortellement blessé, Henry se traine jusqu’à l’étrange machine située dans sa cave. Le programme qu’il avait réglé sur 60 minutes se met alors en route. Au bout de longues secondes, l”inventeur s’extirpe des entrailles de l’engin, le corps intact, la blessure semblant avoir disparu. S’engage alors une course contre la montre pour retrouver ses assaillants et empêcher sa mort qui surviendra fatalement 1h plus tard.

Vous vous dites sûrement : “5.99€ pour 1h de jeu?! Ils sont sérieux?”. Alors je dois dès à présent lever le doute : oui, le jeu dure 60 minutes (voire 1h20-30 car il y a cette introduction avant l’agression d’Henry et que lors des dialogues le chrono est en pause) mais il possède aussi 12 fins alternatives, chacune d’entre-elles ne menant pas aux réponses tant recherchées. Il faudra recommencer encore et encore, tester différentes actions, parler à différents PNJ, faire d’autres quêtes et surtout faire les bons choix. La rejouabilité et la non-linéarité de l’intrigue font donc partie des atouts majeurs de ce jeu.

Tout est affaire d’intuition, de choix et de conséquences

Un journal qui n'est pas toujours d'une grande aide !
Un journal qui n’est pas toujours d’une grande aide !

Lorsque vous débutez l’aventure vous aurez besoin d’argent afin d’obtenir des renseignements ou les services d’un détective par exemple. Crudelis ne tient pas le joueur par la main, c’est à vous de trouver comment vous en procurer. Vous pourrez voler des objets dans l’un des 27 lieux de la petite ville d’Abarian Creek et les revendre ou décider de vous rendre à la banque pour retirer vos économies…etc. Il en va de même pour d’autres aspects du jeu, tout est affaire de choix et de conséquences.

Il est impossible de suivre bêtement le journal des quêtes car les informations qu’il contient sont souvent floues ou carrément pas à jour. Il faudra donc compter sur votre mémoire, votre sens de déduction et votre intuition pour trouver le PNJ ou le lieu qui vous intéresse.

Le problème est aussi que le temps est compté, il n’y a pas une minute à perdre à tourner en rond et parfois on aimerait bien avoir de petits indices pour savoir quoi faire. Tout n’est pas toujours très logique dans le jeu, ainsi on se verra dans l’obligation de remplir des quêtes pour un groupe de personnes enfermées dans un camp afin que celles-ci nous aident à nous échapper alors même que l’on est déjà libre, on pourra poireauter durant de longues minutes parce qu’un PNJ nous demande d’attendre patiemment qu’une conférence débute sans que celle-ci ne survienne ou encore on pourra aller voir les péripatéticiennes du coin pour une heure d’amour alors même que l’on a pas ce temps là !

Artistiquement bon, techniquement dérangeant

 L'ambiance steampunk se base sur des évènements historiques afin d'être convaincante.
L’ambiance steampunk se base sur des évènements historiques afin d’être convaincante.

Artistiquement parlant, Crudelis est un RPG Maker basique mais qui a bénéficié d’un travail remarquable pour rendre un aspect Steampunk post-révolution industrielle convaincant et fourni en détails (livres de l’époque, grèves dans les usines…). C’est agréable à explorer même si on a rapidement fait le tour de la ville et qu’au bout du troisième run on commence à s’en lasser. La musique est jolie quant à elle mais beaucoup trop discrète voire absente pendant une bonne partie du jeu, dommage !

C’est avant tout sur le plan technique et sur celui de la jouabilité que le jeu va nous embêter. D’une part ouvrir l’overlay Steam fait crasher le jeu (un système d’auto-save concluant rattrape cependant ces déboires), ensuite pour un jeu à différents embranchement le fait qu’il ne possède qu’un seul emplacement de sauvegarde reste tout de même très dérangeant. On aimerait être libre de revenir en arrière sur une partie sans pour autant tout recommencer d’autant plus qu’on ne peut pas passer cette introduction avant la mise en route du chronomètre ! Honnêtement, dans ces conditions il faut vraiment être un chasseur de succès pour avoir la volonté d’aboutir aux 12 fins du jeu.

Au final, Crudelis est un petit jeu indépendant sans prétention qui propose une aventure originale avec son idée d’un compte à rebours où s’égrènent irréversiblement les dernières minutes de la vie de votre personnage. Le jeu propose des choix, de la rejouabilité, une intrigue non-linéaire et c’est tout à son honneur. Toutefois certains aspects techniques restent rédhibitoires et mal pensés pour un jeu de ce type. A vous de décider si vous avez assez de patience pour lui pardonner ces faux pas.

Kitsune-Musume

Ancienne amasseuse compulsive de jeux boite, j'aime à me perdre désormais sur les terres fertiles de l'indépendant. Gameuse à tendance no-skill/casu/basheuse de la touche X, testeuse de résistance mentale aux low-framerates avec ma vieille (mais fidèle) brouette connectée, j'aime les armes lourdes et badass, les univers immersifs et les scénarios bien ficelés. A l'inverse, j'ai horreur des jumpscares (flipette de catégorie 3), je fuis les collectes poussives de piécettes et je recule devant mes devoirs de rédaction d'une biographie.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.