Blackwood Crossing

Blackwood Crossing

Blackwood Crossing est un jeu d’aventure à forte densité narrative nous plongeant dans un moment de la vie d’une adolescente se prénommant Scarlett, laquelle se verra confrontée à l’univers fantastique sorti tout droit l’imagination débordante de son jeune frère Finn. Disponible également sur Xbox One et PC, c’est à la version PS4 que je me suis essayé pour ce bref voyage au cœur de ce drame doux-amer.



Boys will be boys

C’est au travers des yeux de Scarlett que l’histoire prend pied. Son reflet dans la vitre d’un train en marche, suivi d’un rapide coup d’œil autour d’elle suffisent à me rendre compte que nous sommes seuls. Dans l’air, il y a comme une étrange sensation, celle de l’isolement. Comme il n’y a pas vraiment d’autre choix que d’avancer, c’est ce que je fais. Je fais très vite la rencontre du facétieux Finn. Il semble malin comme un singe et incapable de tenir en place. Il a une bonne bouille et porte une cape rouge comme s’il se prenait pour un super héros. Tout le long de cette aventure, jamais il ne voudra se confronter directement aux questions qui fâchent, alors que régulièrement dans ce monde sans doute issu de son imaginaire, les figures de leur famille et connaissances s’afficheront dans des corps statiques en noir et blanc, arborant des masques d’animaux semblant avoir été fait par les mains d’un enfant. Chacun de ces corps se parleront entre eux. Il faudra alors trouver qui parle à qui.

A la manière d’un The Vanishing of Ethan Carter, il faudra recréer les connections logiques entre les personnages pour en débloquer peu à peu les souvenirs y étant rattachés, et peu à peu comprendre ce qui se cache derrière ce rêve fantastique. Finn sera dès lors notre interlocuteur quasi unique, à l’exception d’un autre enfant au masque de lapin, rappelant sans équivoque Donnie Darko dont Blackwood Crossing semble tirer une partie de son inspiration. Comme ce dernier, les éléments fantastiques sont avant tout un moyen de parler de choses plus terre à terre. Comme ce dernier, il n’y a aucune explications sur les raisons de ces événements surnaturels. Il faut savoir que Scarlett et Finn ont perdu leurs parents alors qu’ils étaient tout petits. Mais pour le jeune garçon, la tragédie fut plus grande encore. Alors que sa sœur était suffisamment âgée pour garder en elle le souvenir vivace de leurs père et mère, pour son frère beaucoup trop jeune à cette époque, il ne reste plus que des fragments incomplets.

Blackwood Crossing est donc un jeu d’aventure à la narration très prononcée où les énigmes sont très simples et presque secondaires. Ces dernières ne sont pas gratuites et évitent l’écueil de nous faire sortir de l’histoire en étant intelligemment imbriquées dans celle-ci. Tout cela permet de se focaliser sur le plus important, et il s’agit dans son cas d’un dialogue exclusif entre une jeune fille en train de devenir une adulte, et de son trop jeune frère pour comprendre l’évolution de sa sœur. Il se sent délaissé et oublié, et quelque part lui en veut. Il est aussi jaloux d’elle pour avoir connu leurs parents bien plus longtemps que lui. Cette histoire est par conséquent avant tout un discours sur le travail de deuil et de la nécessité de faire la paix avec soi-même en laissant partir nos disparus, de façon à pouvoir ensuite cicatriser et se remettre enfin à vivre.



Catharsis

Bien que Blackwood Crossing soit correctement réalisé et plutôt joli dans sa forme, le résultat à l’écran souffre de quelques imperfections. La netteté de l’image n’est pas toujours optimale avec ce fond sujet à un flou qui n’est pas toujours des plus agréables, venant obscurcir le tableau d’un jeu à la direction artistique pourtant soignée. Mais le blâme se portera avant tout sur les performances. Sur PS4, le framerate toussotait par moment, semblant descendre bien en dessous des trente images par seconde. Pour un jeu avec un rythme aussi posé que le sien, ce n’est pas non plus rédhibitoire, mais tout simplement incompréhensible en raison de ses environnements fermés et de taille modeste. Certains se demanderont comment un jeu littéralement sur rails comme celui-ci n’a pas réussi à faire autrement qu’avec un framerate aussi amorphe. Même s’il y a de quoi être déçu, cela ne nous empêchera pas forcément d’apprécier les trois heures environ d’aventure qu’il offre. C’est assez court, c’est vrai. D’un autre côté, en faisant plus long, il risquait de faire plus de mal que de bien. Ce genre d’histoire qui s’attache plus volontiers à parler de problèmes très personnels, se risquerait à diluer son propos en s’essayant à faire plus long. Je comprends les réticences des joueurs à payer pour peu, mais la qualité d’une expérience peut justifier à elle-seule une durée de vie plus éphémère. Ce qui doit compter avant tout, et c’est mon opinion, c’est la qualité de celle-ci. Dans ce cas, Il devient logique de se demander si Blackwood Crossing parvient fournir ce type d’expérience. D’un côté oui, de l’autre pas tout à fait.

Le résultat est trop personnel pour vraiment donner une décision définitive. Il y a en lui les traces de quelque chose qui résonne de façon familière. C’est merveilleux de voire un arbre pousser subitement dans le wagon d’un train, un arbre nous amenant à son tour dans la cabane de Finn, où avec un peu de magie, on donnera vie à des papillons de papier. Il y a une forme de résonance cachée derrière tout ces effets avec la volonté de nous toucher émotionnellement. Blackwood Crossing est comme un poème. Tout repose dans son cas sur le non-dit, le sous-texte, les sensations qui amènent aux émotions. Pour résumer, c’est de manière imagée – d’où cet univers onirique – qu’il va nous amener peu à peu à comprendre et accepter sa conclusion. Ce final lourd de par ses conséquences pour nos deux héros, est en fin de compte assez léger. On en vient à se dire que peut-être, toute cette histoire n’était que cela, les différents stades de l’acceptation du deuil.


Blackwood Crossing est un jeu d’aventure très simple. Trop simple peut-être. Son optimisation sur le plan technique est malheureusement plutôt moyenne ce qui en freinera peut-être certains. Mais delà de ça, sans faire preuve d’une extraordinaire originalité, c’est un réçit touchant entre une sœur et son plus jeune frère, une histoire universelle à laquelle beaucoup devraient pouvoir s’identifier. Sa principale qualité est qu’il évite de trop en faire, en sonnant en général d’un ton juste, en écartant tout pathos trop prononcé. Une jolie petite histoire fantastique que voilà qui plaira aux plus sensibles.

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