Bokida : Heartfelt Reunion

Bokida : Heartfelt Reunion

Intriguant depuis sa première ébauche pour le concours Nova Play que nous avions couvert à l’époque, Bokida a toujours été l’un de ces titres que je surveillais avec une certaine envie de m’y plonger et d’en dénicher tous les mystères. Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’il serait totalement différent de ce à quoi je m’attendais…



L’art de la poésie

Bokida nous raconte une histoire d’astres séparés qui veulent se retrouver. Mais pour cela, le joueur va devoir jouer de la souris et du clavier pour découvrir et explorer un très vaste monde monochrome. Celui-ci est constitué de piliers à réveiller pour avoir le fin mot de l’histoire, narrée aussi à l’aide de stèles disséminés çà et là. Vous pouvez donc très facilement passé à côté de toutes ses subtilités, surtout que son écriture n’est pas très accessible. Très pointue (certains diront que c’est « péteux » pour être franc), l’histoire ne plaira pas à tout le monde c’est le moins que l’on puisse dire. Pas envahissante, elle aurait néanmoins mérité davantage d’impliquer le joueur dans ses intéressantes divagations.

A la place, vous serez donc à la première personne dans un grand monde blanc et noir, où vous seul mettrez un peu de couleurs. Avec des blocs tout d’abord, que vous allez pouvoir invoquer où bon vous semble. Vous pouvez ainsi grimper dessus, créer des murs pour vous hisser, mais aussi pointer un de vos blocs pour prendre de la vitesse lors de vos sauts puis voler dans sa direction. Le gameplay est intelligent de bout en bout, passionnant à découvrir et ouvre à tout un tas d’expérimentations malignes.

Au fil des réussites, lorsque l’on parvient à comprendre une énigme et à la résoudre (les premières sont très faciles), on obtient alors de nouveaux pouvoirs. Il sera donc possible de découper dans le sens que l’on désire les blocs au préalable créés. Les blocs coupés qui ne sont pas greffés au sol changeront de couleur pour un orangé indiquant la perte de toutes « racines ». Avec le pouvoir de pousser ces blocs, vous pourrez en faire des projectiles (mais vous en servirez davantage pour tailler des « miroirs » à lasers par exemple). Enfin, le pouvoir d’effacer les blocs via une gigantesque orbe du plus bel effet vous permettra de faire le ménage sur une toute petite ou une énorme zone. Faire table rase du mieux possible, en somme.



L’art de se perdre

Bokida est-il un titre d’expérimentation ? On peut dire cela, puisqu’on passera plus de la moitié du temps à tenter de résoudre des puzzles et à essayer des choses : jusqu’où peut-on grimper, quelles sont les limites du moteur (spoiler : vous allez vite voir le framerate suffoquer si vous vous amuser à créer des blocs sans jamais rien effacer) toutes ces choses que l’on aime faire dans les jeux du genre. Bokida a une telle esthétique forçant à la coloration de ce monde monochrome que expérimentation proposée est tentante. Malheureusement, elle est rapidement répétitive et les récompenses sont peu nombreuses. On tente quelque chose, finalement on se retrouve devant un framerate qui crache se poumons numériques et des murs invisibles et autres joyeusetés.

Alors on tente de jouer le jeu, de suivre un ersatz d’histoire à la narration alambiquée. Cela marche plutôt bien pendant une heure ou deux, puis viens ce moment terrible où l’on se perd. Une indication ratée, un level-design peut-être mal pensé, met le joueur dans l’embarras quand il revient sur ses pas et ne sait plus où aller. Alors il cherche, encore et encore, n’ayant plus rien à experimenter ni même à faire concrètement en termes d’exploration et de puzzle. Il fouille pour trouver les quelques orbes cachés qui semblent être, finalement, une objectif très secondaire… Puis trouve enfin péniblement la sortie, la suite de l’aventure. Jusqu’à se perdre une nouvelle fois, plus longtemps encore, faute de réel fil d’Ariane même en filigrane. Et puis viendra le temps du constat, de l’abandon. Le moment de tristesse où l’on se dit que Bokida manque peut-être d’humilité et croit sans doute mieux que quiconque comment il doit être abordé, ce que le joueur doit faire et dans quel ordre. Sauf que voilà : le joueur ne le suit pas, le joueur tente des choses, se perd et attend du jeu qu’on le récupère. Rapidement, il jure sur l’incompréhension globale, sur ce sentiment que les développeurs ont créé un titre qui ne leur sied qu’à eux.



C’est rare de voir un jeu réussir à perdre ses joueurs au sens propre comme au figuré. Bokida a ses fulgurances, mais il sert son monde monochrome plein de promesses avec un scénario indigeste, des ambitions poétiques difficilement compréhensibles et un amusement de courte durée. Reste alors l’ambition derrière le projet, les musiques qui sonnent toujours juste et cet univers triste et malheureusement voué à rester inconnu pour nombre de joueurs pourtant avides d’en découvrir la moindre parcelle. C’est injuste, certes, mais le parti pris assez prétentieux de Bokida est aussi difficilement défendable.

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