Lamplight City
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A Golden Wake était ma première expérience avec le travail de Francisco Gonzales, le visage derrière Grundislav Games. Malgré certaines réserves à son sujet, ce jeu d’aventure avait su être original avec son contexte des Années Folles, relativement peu ou pas abordé dans le milieu du jeu vidéo. Avec Lamplight City, il réitère son exploration de mondes originaux en ayant grandement amélioré ce qui pouvait lui faire défaut pour notre plus grand plaisir.



New Bretagne Confidential

Lamplight City prend place dans une version steampunk de l’Amérique du XIXème siècle, et plus exactement dans la ville imaginaire de New Bretagne. Les machines fonctionnant à la vapeur y représentent le summum de la technologie tout en instiguant la peur dans le cœur de leurs réfractaires les plus violents. Au milieu de tout cela, beaucoup tentent également de survivre dans un monde où la lutte des classes n’est pas qu’un vain concept mais une réalité. Tandis que nous sera conté l’histoire d’un homme bercé d’incertitudes, qui va devoir se battre contre ses démons s’il ne veut perdre la raison et tout ce qui lui reste encore de cher.

Miles Fordham était pourtant un enquêteur de la police parmi les plus compétents. Si ce n’était pas pour la mort de son coéquipier – intervenant durant le prologue – rien n’aurait changé. Après ce moment funeste, nous retrouvons un nouveau Miles ayant pris pour habitude de se gaver de somnifères pour trouver le sommeil. Car depuis le fameux incident, son coéquipier Bill, la victime, est demeuré locataire de sa tête occupant la moindre de ses pensées. C’est ainsi que l’on passera la totalité de cette aventure à entendre ce dernier commenter sur tout et rien. Quand on clique sur un objet, c’est Bill qui le décrira non sans souvent faire preuve d’un esprit très critique voire narquois. Nos deux comparses ne pouvant être plus différent l’un de l’autre question personnalité, on se retrouve avec un personnage jouable à deux facettes, celle taciturne et sérieuse de Miles face au côté sans filtre et plus léger de son collègue. Ce dernier permet aussi de contrebalancer le côté sombre de Lamplight City en apportant un brin de légereté.

Rien ne sera jamais réellement expliqué quant au pourquoi de cette situation relevant de l’étrange. Il est possible après tout que cela ne soit que la manifestation du sentiment de culpabilité d’un Miles se croyant responsable de la mort de son ami de longue date. Heureusement, le jeu évite de nous donner une réponse claire et définitive sur le sujet, l’ambiguïté de la question ne faisant que renforcer ce mystère parmi tant d’autres. Quoiqu’il en soit, avant que Bill ne puisse quitter la tête de Miles, il va falloir résoudre son meurtre en en retrouvant le véritable coupable.



Miles Fordham, P.I.

A cause des circonstances mystérieuses entourant la mort de son coéquipier, Miles a commencé à perdre pied avec la réalité et s’est retrouvé sans emploi avec une situation de couple précaire pour ne rien gâcher. C’est un total de cinq affaires qu’il faudra résoudre ou peut-être pas, puisque Lamplight City permet l’échec. Il est alors fort possible de désigner dans chaque cas le mauvais suspect ce qui à terme aura une influence négative sur la conclusion de cette histoire. Une approche inédite dans un jeu d’aventure qui a décidé de mettre de côté les poncifs du genre pour se concentrer sur l’investigation plutôt que la résolution d’énigmes tortueuses.

C’est ainsi que le traditionnel inventaire est oublié au profit d’un carnet dans lequel Miles notera tous les indices que nous trouverons soit en fouinant, soit en interrogeant témoins et suspects potentiels. Les dialogues eux-mêmes seront à aborder avec la plus grande attention. Certaines des questions de notre détective auront pour effet de braquer nos interlocuteurs. Il arrivera même qu’en choisissant mal notre réponse, la personne interrogée se refuse soudainement à nous aider catégoriquement, nous bloquant ainsi l’accès à un potentiel indice qui aurait pu se révéler crucial. Miles n’étant plus de la police, faire preuve de tact et de psychologie pourrait dès lors s’avérer salvateur dans son cas. Il est toujours possible de recharger une ancienne sauvegarde, mais cela serait à mon sens manquer de respect pour le but de ce jeu. Lamplight City aurait sans doute profité d’un système de sauvegarde automatique arbitraire comme celui de The Council, seulement pour renforcer cette idée que nos décisions ont des conséquences réelles sur lesquelles on ne peut revenir.

Les affaires à résoudre sont pour leur part variées, entre une tentative de meurtre, l’enlèvement d’un nouveau-né de bonne famille, le meurtre d’un jeune homme le lendemain d’élections houleuses – à laquelle vous pourrez même voter – ou encore le meurtre d’une dame du monde. Tous les milieux sociaux sont explorés au même titre que ces affaires nous feront découvrir petit à petit toutes les dynamiques sociales inhérentes à la ville de New Bretagne. Des dynamiques de lutte des sexes, de classes et de races qui permettent à Lamplight City de donner une épaisseur encrée dans une réalité qui est la sienne. Le dénouement final montre par ailleurs que les problèmes propres à cette société ont été les véritables responsables de chacune des tragédies sur lesquelles nous avions à enquêter. Des tragédies voulues par un manque de discernement, de tolérance et des inégalités latentes qui viennent corrompre le cœur des hommes et des femmes.

C’est pour cela que le dialogue est la mécanique la plus importante du jeu. Accompagnés de portraits sur fond noir, qui ne sont pas sans nous rappeler Gabriel Knight: Sins of the Fathers, discuter est de première importance. Un nouvel indice trouvé et ce sont de possibles nouvelles lignes de dialogues qui s’ouvriront. Il y a en fin de compte très peu de puzzles à résoudre, le sens de l’observation et la capacité de réflexion étant surtout utiles pour comprendre quel sera le suspect à incriminer auprès de la police. Une certaine forme de libre arbitre nous est donc alloué et ça change tout.



La stratégie de l’échec

Il est fort possible de finir le jeu sans obtenir le mot de la fin sur la mort de Bill. Je me suis même fait arrêté à un moment donné sans possibilité de m’en sortir, alors que les crédits de fin étaient en train de se dérouler. La véritable conclusion révélera quant à elle le pot aux roses sur son meutrier, mais pour cela, il m’aura fallu réunir les conditions nécessaires en ayant résolu parfaitement chaque affaire, sans fauter, et, tout en prenant soin de ménager la relation de couple entre Miles et sa femme.

Cette dernière joue par ailleurs un rôle essentiel et pas seulement du point de vue de l’histoire. Outre le fait qu’elle permet d’ancrer Miles dans un quotidien et l’idée du temps qui passe, jour après jour, affaire après affaire, il s’est avéré qu’elle pouvait jouer un rôle plus important encore. C’est à dire qu’elle joue effectivement un rôle dans le sens où Miles pourra demander son aide dans certains cas bien précis. Rien dans Lamplight City n’est laissé au hasard. Il faut savoir cependant agir au bon moment, puisqu’en faisant trop tôt appel à Adelaide, ou Addy pour les intimes, une autre possibilité de dialogue me fut fermé.

Il s’agit comme toujours d’observer avec minutie chaque détail. Le jeu reste tout de même assez direct, mais ce n’est qu’au bon moment et dans les bonnes circonstances que peu à peu il est possible de retirer couche après couche au mystère entourant chaque affaire. Un indice de plus, c’est une nouvelle piste à explorer et quand on persévère, on se rend compte assez vite qu’il y a toujours plus que ce que les apparences trompeuses essayent de nous faire avaler en nous présentant souvent un suspect idéal. Le souci du détail de Lamplight City se retrouve également dans le scénario principal, alors que j’enchaînais les enquêtes me demandant quand est-ce que le meurtre de Bill serait de nouveau abordé par le jeu. Et ce sans me rendre compte que les indices m’étaient donné au compte goutte de manière particulièrement discrète, sous la forme d’informations d’apparence anodines dans le grand contexte de la vie publique de New Bretagne.


Lamplight City est un bijou à bien des égards. Je pourrai tergiverser sur certains dialogues parfois perfectibles et peu subtils, notamment quand il s’agit de parler de problèmes sociaux. Mais dans son ensemble, il parvient à créer un monde original et crédible, le tout étant parfaitement soutenu par un système de jeu mettant en avant le travail de détective de manière très réussie dans un point and click. Entièrement doublé en anglais et joliment réalisé en pixel art, c’est aussi et surtout la possibilité de rater une enquête et de voir l’intrigue principale s’y adapter qui le rendent réellement unique.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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