Resident Evil 2
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Capcom se traîne une réputation d’expert en recyclage, mais autant être honnête, quand ils le font bien, ils le font même très bien. On se souviendra avec plaisir du remake très réussi du premier Resident Evil sur Gamecube, depuis ressorti une fois n’est pas coutume dans une version remasterisée sur diverses consoles et PC. Le second volet de cette saga de l’horreur, devenue depuis culte, bénéficie ainsi du même traitement de faveur. Il suffit de jeter un coup d’œil même furtif à ce remake pour se rendre compte du gouffre technique qui le sépare de l’original qu’il vient émuler de la plus belle des façons. Reprenant les bases fondatrices de cet épisode, c’est à un total ravalement de façade auquel on a droit et pas des moindres.



Bienvenue à Raccoon City

Ce remake de Resident Evil 2 reprend les outils développés pour le septième épisode sorti il y a déjà deux ans, pour animer son éblouissante 3D contrastant violemment avec la réalisation d’un autre temps de son ancêtre. Ce dernier devait faire avec les limitations d’une console aux performances assez pauvres, et comme tel, les équipes de Capcom avaient pris parti de poursuivre sur un jeu de caméras fixes et de monstres aux designs repoussants pour effrayer leur public. Sur cette nouvelle génération de consoles et d’ordinateurs, le remake de Resident Evil 2 n’a plus vraiment à se soucier de limitations techniques aussi prononcées et peut ainsi se laisser aller à sublimer son matériel d’origine.

Ses deux protagonistes principaux que sont Léon et Claire, ainsi que la totalité des personnages secondaires dont ils feront la connaissance, ont tous bénéficié de l’excellent travail de la capture de mouvements (motion capture) et de textures photo-réalistes. Le résultat est sans appel, d’autant plus quand on retrouve des décors familiers cette fois-ci en trois dimensions avec un niveau de détail plus poussé que jamais et un jeu de lumière complexe donnant à cette version une atmosphère unique qui à mon sens se trouve être bien supérieure à celle de l’original. Ce remake est magnifique autant qu’un jeu mettant en scène des morts-vivants aux corps décharnés avec du sang et des tripes étalés un peu partout puisse l’être. En la matière, il ne rougit pas pour nous les offrir en abondance sans rien nous censurer.

Les animations très convaincantes ne sont pas en reste mais c’est surtout le caractère destructible de ces corps ambulants qui impressionne le plus. Disant adieu aux caméras fixes pour une seule par dessus l’épaule dans une vue à la troisième personne, il ne faut désormais plus seulement vaguement viser dans la direction d’un ennemi pour le toucher ; comme dans Resident Evil 4 qui avait par ailleurs comme tête d’affiche notre ami Léon, il va falloir viser avec précision. Tirs et coups de couteau se soldent ainsi par le démembrement et l’arrachage de morceaux de viande dans une déferlante gore. Jouissif ou écœurant, chacun s’accordera au moins à dire que ce remake est entré dans la cour des grands.

Son évolution technique l’accompagne également d’un remaniement de tous ses aspects narratifs. Forcément à l’étroit sur son simple cd-rom de l’époque, Resident Evil 2 n’était également guère aidé avec une mise en scène simpliste mais aussi et surtout un doublage qui de nos jours paraîtrait trop ringard. Le côté série B passait bien en ces temps-là, mais en 2019, on en attend mieux. Du coup, les dialogues ont été réécris, doublés de manière bien plus compétente, et sa narration a été remaniée. Certains des personnages secondaires ont ainsi été retravaillés pour leur donner une profondeur supplémentaire, voire carrément un visage plus humain porté par un discours plus émotionnel.

Au même titre, des personnages plus significatifs ont été revu telle Ada que Léon rencontrera durant son histoire. D’une jeune femme mystérieuse prétendument à la recherche de son fiancé travaillant pour Umbrella, nous avons désormais une jeune femme tout aussi mystérieuse mais se prétendant agent gouvernemental pour le FBI. Cette nouvelle identité affichée est plus cohérente avec sa présence dans Raccoon City que celle du jeu original. Il en est de même pour la jeune Sherry que Claire rencontrera de son côté, celle-ci bénéficiant également d’un traitement un peu plus élaboré. Ce remake est donc tout sauf fainéant mais un véritable travail de fond qui ne s’est pas simplement contenté d’une mise à jour technique et artistique.



Pensez à vous vacciner

Capcom en a également profité pour remanier certaines mécaniques de jeu, abandon des caméras fixes oblige. Cette signature des premiers Resident Evil reste pourtant aux yeux de certains puristes un élément important du sentiment de peur qu’ils étaient capables de procurer. L’idée d’une menace hors champ a bien évidemment toujours prouvé son efficacité. Au même titre qu’un Steven Spielberg qui a du se résoudre à faire en sorte de montrer moins souvent que prévu son requin mécanique dans Jaws (Les Dents de la Mer) car il fonctionnait mal et apparaissait trop factice, les caméras fixes étaient une solution élégante pour créer un sentiment de malaise sur une machine aux limitations techniques ne permettant pas ou prou de faire mieux.

Cela n’empêcha pourtant pas Silent Hill d’être un des jeux les plus flippant de sa génération malgré sa 3D et une vue à la troisième personne cependant. De mon point de vue, le remake de Resident Evil 2 est beaucoup plus malaisant que son prédécesseur dans ce qu’il arrive à respecter cette philosophie de faire perdre le contrôle aux joueurs en faisant pression sur eux à l’aide d’une atmosphère oppressante, tout en allant au-delà de son postulat de départ. Le fait de devoir désormais viser et tirer par nous-même ajoute très clairement une dose de stress supplémentaire. Les viseurs de la plupart des armes de nos héros se singularisent par le fait qu’ils requièrent un certain temps avant d’être entièrement recentrés sur notre cible en joue. Il est toujours possible de faire feu rapidement mais au risque de tirer à côté et de gaspiller ainsi de précieuses munitions qui sont encore plus rares ici que dans le jeu d’origine.

Mais attendre de son viseur qu’il se focalise implique également un danger supplémentaire dans le sens où cela laisse le temps aux zombies et autres monstres de se rapprocher au plus près de notre personne. Ainsi, au lieu de ne viser que la tête, il est désormais possible de démembrer les morts-vivants en visant bras et jambes pour les incapaciter. Ces derniers étant particulièrement résistants, les abattre consommera énormément de munitions, alors que les handicaper obligera seulement à les contourner par la suite. Chose inédite sur console, il est possible d’augmenter le champ de vision ce que je ne saurai que vous recommander tant les couloirs étroits du commissariat de police de Raccoon City ne vous laisseront finalement que peu de visibilité, la majeure partie de cet établissement étant plongé dans un noir quasi absolu que seules les torches électriques de Léon et Claire sauront illuminer pour espérer ne voir ne serait-ce qu’un peu.

Ceux qui criaient haut et fort que les caméras fixes étaient plus intéressantes n’ont sans doute pas fait l’expérience d’un couloir plongé dans le noir sans possibilité de voir ce qui peut se passer dans notre dos, tandis qu’un bruit de vitre brisée laisse entendre qu’un zombie a décidé de s’y inviter. S’il est possible de sceller les dites fenêtres à l’aide de planches, le danger viendra aussi du plafond avec le retour tant craint des Lickers, créatures aussi infâmes que rapides et surtout mortelles. Heureusement, elles sont aveugles ayant un cerveau à la place des yeux et seront surtout sensibles au bruit. Le bruit qui attirera également Monsieur X. Le soldat mutant de la société Umbrella est toujours présent mais revigoré.

Devenu indestructible – il est seulement possible de le stopper pour quelques secondes donc ne gaspillez pas vos munitions sur lui – il vous pourchassera durant une période donnée entre deux événements importants du scénario et ce sans jamais s’arrêter. Tout bruit que vous produirez et votre stagnation le feront venir à vous, ses pas lourds et bruyants rappelant qu’il est tout près tel le xénomorphe d’Alien Isolation. Autant se l’avouer, c’est un Resident Evil qui ne ménagera personne même pas pour une seule seconde. Le sentiment de danger est omniprésent et même quand rien ne se passe, il est quasiment impossible de pousser un souffle de soulagement.

Certains remarqueront par ailleurs que l’excellente bande-sonore de l’original est pour sa quasi totalité aux abonnés absents. Le remake de Resident Evil 2 est en effet pour une grande partie silencieux, n’ayant pour musique que quelques mélodies intervenant en général lors de moments se voulant le plus dramatique possible. La plupart du temps, tandis qu’on explorera ces lieux de mort, il n’y aura cette fois-ci aucune réelle musique pour installer une ambiance. Le design sonore de ce jeu passera pour autant par quelque chose d’au final bien plus inquiétant et d’une subtilité nécessaire. Le râle agonisant des zombies, le sifflement des lickers ou bien encore les pas lourds de Monsieur X forment une symphonie de l’horreur que les rares moments de calme ne sauraient tempérer, puisque même sans aucune présence vivante ou morte, les bruits sont nombreux et marqués tels le bois qui craque, la tuyauterie qui résonne et tout un tas de sons naturels qui dans ce contexte déjà très angoissant de base, prennent alors des proportions démesurées dans notre esprit plein d’imagination.

Je dirai pour finir qu’il n’est pas parfait, mais la raison du pourquoi est simple et se trouve dans le fait qu’en voulant respecter le jeu de base, il se retrouve avec ces imperfections de gameplay d’un autre temps. Cela se traduit par un inventaire limité qui impliquera des allers-retours réguliers vers le coffre de stockage et une série de puzzles venus d’une autre époque. Cela étant dit, son expérience globale a été fluidifiée. A mesure que l’on progresse, les lieux visités s’ouvriront peu à peu, à l’aide de clés ou de loquets ouverts. Il deviendra alors plus simple de se déplacer d’un endroit à l’autre ou pour fuir le fameux Monsieur X. Ce remake se pare même d’un système de sauvegarde automatique fort moderne, qui casse un peu la pression de devoir venir sauvegarder soi-même pour se retirer le risque de perdre toute progression accomplie depuis la dernière fois qu’on l’aura fait. En bref, bon gré, mal gré, cette nouvelle version de Resident Evil 2 est une véritable réussite sur tous les plans nonobstant quelques légères imperfections qu’on lui pardonnera très volontiers.


Ce remake de Resident Evil 2 est de loin l’un des plus aboutis qui n’ait jamais été réalisé. C’est tout bonnement une leçon de Maître sur la façon de faire. Il incarne parfaitement les fondations qui ont fait de l’original ce jeu d’horreur surprenant et passionnant en son temps, tout en lui donnant un aspect technique allant bien au-delà de nos rêves les plus fous. Et ce tout en peaufinant ou remaniant les éléments qui ne fonctionneraient plus vraiment de nos jours en terme de gameplay, de sorte à ce qu’il puisse être aussi amusant que ce que l’on serait en droit d’attendre d’un jeu en 2019. Il place la barre tellement haut que nos attentes pour un éventuel retour vers Resident Evil 3: Nemesis sont désormais élevées. Ainsi bien qu’il garde certains côtés old school qui ne renieront en rien son héritage, c’est aussi une belle expérience qui saura vivre aux côtés de son illustre aîné sans pour autant l’éclipser, et que tout fan d’horreur digne de ce nom se devra d’explorer.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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