Critique

Children of Morta

Développeur : Dead Mage – Éditeur : 11 bit studio – Date de Sortie : 3 septembre 2019 – Prix : 21,99 €

Children of Morta

« Alors que cette histoire touche à sa conclusion, souviens-toi de ceci… Lorsque tu repenseras à ce que tu as accompli sur cette terre et que tu narreras tes exploits, tes victoires et tes défaites, n’oublie jamais que ceci n’a jamais été une question de lutte du bien contre le mal, un combat des héros contre les méchants. C’était avant tout l’histoire d’une famille et, surtout, de l’amour unissant ses membres. » Sur ces mots, se termina Children of Morta après une grosse quinzaine d’heures. Deux jours plus tard, en revoyant les images pour copier allégrement ce passage, j’en avais encore des frissons.

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Chinois of Morta

Lorsqu’on m’a proposé la clé, ma réaction fut mitigée car je savais à quoi m’attendre : une aventure basée sur la défaite et le recommencement, le tout enrobé d’une grosse dose d’action. Pour rien ne vous cacher, je ne suis pas du tout client des titres genre rogue-lite / rogue-like, car je déteste faire et refaire dans le simple but d’engranger de l’expérience et de débloquer des choses et des bidules. Farmer comme un Chinois n’est pas mon délire de joueur. Cependant, l’atmosphère, le propos et le visuel ont joué dans la balance, je me suis laissé tenter. Alors que je chouinais suite à mes nombreuses déconvenues, ce n’est qu’après 5 ou 6 heures que le déclic a eu lieu. Je n’avais qu’une envie après ma longue journée de travail : retourner dans les terres sombres de Morta. Voici mon histoire, dong dong !

Un système un peu lent au démarrage, comme le Diesel

Voici la famille Bergson, une famille pas comme les autres, car elle a à sa charge la protection du monde. La maison est presque entièrement composée de combattants : le père John est un guerrier classique, sa fille Linda est une archère hors-paire, la plus petite est habile avec le feu et les deux fils sont doués au corps-à-corps. D’autres membres sont aussi présents, mais sont pour la plupart non jouables bien que très importants dans l’histoire.

Le récit débute avec la sage doyenne de la famille qui détecte un gisement de corruption aux alentours. Vous allez donc partir en reconnaissance puis revenir avec une simple conclusion : c’est la merde. Si vous ne faites pas quelque chose rapidement, la corruption aura submergé le monde et tous les êtres vivants le peuplant. Vos champions vont devoir alors s’enfoncer dans les tréfonds de donjons générés procéduralement afin de libérer trois gardiens qui vous donneront le pouvoir de battre l’abomination.

Je suis persuadé que les personnes du studio Dead Mage sont de grands fans de Fast & Furious car Vin Diesel le répète continuellement, la famille est un pouvoir unique et puissant. C’est donc pour cela que la grande force de Children of Morta réside dans cette famille unie jusque dans la douleur et la mort. En effet, à force de plonger dans les ténèbres, vos héros vont devoir se reposer sous peine d’acquérir de lourds malus liés à la fatigue.

Une famille en or

Je disais plus tôt qu’un déclic m’avait enfin fait apprécier le titre. Je ne jouais quasiment qu’avec John et Linda, c’est-à-dire deux personnages aux classes très basiques que l’on croise dans n’importe quel univers d’heroic fantasy. Les autres étaient pour moi du menu-fretin juste bon au remplacement de mon équipe type en cas de fatigue (qui baisse en utilisant les autres héros.) Sauf qu’à force de tirer sur les réserves, il devient difficile de ne pas compter sur l’équipe B, d’autant plus que le game design a été imaginé pour aller en ce sens. Chaque avatar a sa propre jauge d’expérience et ses pouvoirs, mais une fois certains paliers atteints, on débloque une capacité passive et puissante pour tout le foyer.

 

C’est donc à force de pertes et de fatigue que toute la famille devient de plus en plus forte, et tels les enfants de Saiyan dans Dragon Ball, les petits se sont révélés être de puissantes machines de guerre. Dès le moment où la benjamine – Lucy lance des boules de feu, mais ne peut pas se déplacer durant ses attaques – a vidé un donjon et a terrassé un boss sans sourciller, j’ai tout de suite compris que tout le monde aurait son rôle à jouer.

 

Comme tout grands travaux, la défaite n’en est pas une, on se contente de l’apprentissage et des choses que cela a pu apporter. En plus d’une expérience enrichie, les donjons comportent de nombreux coffres augmentant la fortune des Bergson. Fortune qui ne dure pas souvent longtemps, la faute à un système capitaliste proposant des améliorations contre de l’argent. Vous pourrez alors augmenter la puissance d’attaque, la défense, les probabilités de réaliser un critique, et bien d’autres choses. Notez qu’il existe aussi d’autres aptitudes, mais il vous faudra fouiller les niveaux de fond en comble afin de découvrir les secrets du royaume de Morta.

Donjons sans dragon

À première vue, Children of Morta ressemble à un simple Rogue avec de magnifiques plans en pixel art. C’est bien plus que cela. Oui, vous serez sûrement obligé·e de recommencer de nombreuses fois les mêmes donjons (bien que différents du point de vue de leur agencement à chaque fois), mais on a vu que vous devrez changer de héros de temps en temps. En plus de cela, les scénaristes ont écrit une très belle histoire qui se matérialise sous la forme d’un fil rouge qui se déploie à force de trouver des salles secrètes ou en revenant dans la demeure des Bergson de gré ou de force (game over si les points de vie tombent à zéro.) Ces moments sont aussi propices à l’exposition du magnifique travail des graphistes.

Même si on n’a pas à acheter de l’équipement – celui-ci se perfectionne à l’aide de runes distribuées aléatoirement dans chaque donjon à l’instar d’un Binding of Isaac, sans pousser le concept à fond, car on ne crée pas de build avec des synergies possibles – le jeu se veut plus de l’école du RPG façon Donjons et Dragons que celle d’Isaac grâce à son histoire forte et son aventure qui avancera malgré tout (il y a un vrai début et une vraie fin, avec un faible intérêt à y retourner.) Il y a certes des petites quêtes secondaires à compléter pour en apprendre plus sur l’univers, mais elles n’apportent pas grand-chose à part de belles cinématiques et des combats complexes qui mettront vos nerfs à rude épreuve.

Enfin, comme tout bon jeu de rôle proche du papier qui se respecte, l’entièreté de la campagne peut se jouer à plusieurs. Une autre personne peut se joindre à vous, sur le même canapé pour fracasser la corruption dans la bonne humeur. Étant un trou de balle asocial, je n’ai pas eu l’occasion de tester ce mode, je ne sais donc pas comment s’équilibre le système à ce moment… Toujours est-il que sa présence a le mérite d’exister car trop peu de studios s’y risquent.

Cela fait quelques années que le projet de Dead Mage se faisait attendre. La première fois que j'ai pu mettre mes mains grasses sur le jeu, c'était à l'occasion de la gamescom 2017, dans le stand 11 bit hébergé au sein de l'Indie Arena Booth. Y étaient aussi présentés, Frostpunk et Moonlighter, deux titres qui ont reçu une Sélection GSS l'an dernier et ne tournons pas autour du pot trop longtemps : Children of Morta est aussi une réussite. Réussite technique avec l'un des plus beaux pixel art que j'ai pu voir (les captures d’écran ne rendent pas honneur), réussite de game design avec un savant équilibre poussant à utiliser toute la famille Bergson sans nous frustrer, réussite dans le gameplay avec des personnages tous différents et plaisants à contrôler, et réussite scénaristique avec une très belle et touchante histoire. Je pourrais regretter une ambiance musicale très inégale, des feedbacks visuels et auditifs loupés dans certains cas, et aucune synergie dans les runes à choper, mais qu'importe, car j'ai passé un très bon moment auprès de cette famille qui se serre les coudes jusqu'au bout.

Zhykos

Zhykos

Touche à tout, mais toujours avec plusieurs mois de retard ; tellement de retard que mon PC n'a pas évolué depuis 2008 quand j'ai commencé à parler de jeux vidéo sur le net.

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