Critique

River City Girls

DĂ©veloppeur : Wayforward – Éditeur : Wayforward & ARC System Works– Date de Sortie : 5 septembre 2019 – Prix : 25-30 €

Descendant d’une longue lignĂ©e de Beat’em up, River City Girls plonge les joueurs dans les baskets de Kyoko et Misako, deux lycĂ©ennes au caractère bien trempĂ©, dans une ville oĂą tout le monde ne veut qu’une chose : vous dĂ©boĂ®ter les rotules, dĂ©chausser vos molaires, dĂ©mantibuler la mâchoire, bref, faire bobo. Heureusement, comme le disait la pub du street brawler de Sailor Moon sur Super Nintendo : “Les filles ne se laissent pas faire !”

Partager sur facebook
Partager sur twitter

Brève Histoire de la bagarre

En 1986, une annĂ©e encore presque Ă  la prĂ©histoire du jeu vidĂ©o, dĂ©barquait dans les salles d’arcade japonaises le jeu Nekketsu KĂ´ha Kunio-kun, par la sociĂ©tĂ© TechnĂ´s Japan, OĂą le susnommĂ© Kunio cassait la gueule de tous les gangs rivaux au sien pour venger son meilleur pote. Ce jeu dĂ©barqua sous nos contrĂ©es sous le nom de Renegade, avec un petit relooking et fut le premier jeu de bagarre de rue Ă  ravir l’argent des amateurs Ă  l’Ă©poque. En effet il innovait sur plusieurs poings : contrairement Ă  Kung-fu Master, on pouvait se dĂ©placer verticalement en plus d’horizontalement et le personnage avait une barre de vie, ce qui lui permettait de prendre plusieurs coups avant de mourir, rendant le jeu plus intĂ©ressant. Les dĂ©cors et l’univers du jeu Ă©taient eux aussi très attractifs.

Ce fut un succès qui en entraĂ®na d’autres, dans un premier temps Double Dragon, qui en est une sorte de spinoff par le mĂŞme crĂ©ateur, puis une volĂ©e de titres tous plus variĂ©s les uns que les autres et pour autant pas que des jeux de combats. En effet, Kunio Ă©tant lycĂ©en, il participe Ă  tout un tas d’activitĂ©s sportives, et des jeux de dodge ball, de football et d’autres sports vinrent Ă  leur tour Ă©toffer l’univers de ce loubard Ă  banane, lui adjoignant des amis des ennemis et des petites amies aussi. Une vingtaine de jeux sur une trentaine d’annĂ©es, une bonne grosse licence, des produits dĂ©rivĂ©s, et pourtant cette sĂ©rie est assez peu connue dans nos contrĂ©es… La faute probablement aux occidentalisations qui ont d’une part changĂ© les noms des personnages et aussi le manque de sĂ©rialisation des jeux qui Ă©taient sortis de manière très indĂ©pendante chez nous. Pour rappel Nintendo World Cup fait partie de cette sĂ©rie de jeu, tout comme Street Gangs, version europĂ©enne de River City Ransom, qui est l’ancĂŞtre de River City Girls, et connu au Japon sous le nom Downtown Nekketsu Monogatari. Ouf.

Kyoko et Misako, des jeunes filles pas comme les autres

Après plus de trente ans, et alors que le genre vivote à peine, Arc System Works, détenteur des licences Technôs (les créateurs de Kunio et Double Dragon) font appel à Wayforward pour ressortir de la naphtaline River City Ransom.

Le jeu est dirigĂ© par Bannon Rudis, qui avait travaillĂ© pendant un bon bout de temps sur une suite non officielle mais finalement sortie de manière tout Ă  fait lĂ©gale de River City Ransom, en 2013 et Ă©lĂ©gamment appelĂ©e River City Ransom : Underground, rĂ©utilisant le style de sprites du jeu NES et qui avait eu son petit succès Ă  l’Ă©poque. LĂ  on replonge dans la fameuse ville oĂą tout le monde passe son temps Ă  se bastonner, mais avec un twist ! 

Les hĂ©ros ne sont plus Kunio et Riki, les loubards au cĹ“ur d’or, mais leur copines apparues dans d’autres jeux de la sĂ©rie. Misako et Kyoko, donc, deux filles au tempĂ©rament de feu et pas forcĂ©ment des lycĂ©ennes modèles reçoivent alors qu’elles sont en colle un message leur indiquant que leurs chers Kunio et Riki ont Ă©tĂ© enlevĂ©s par des gars louches. S’ensuit alors une promenade digestive qui va d’abord amener les filles Ă  sortir de leur lycĂ©e pour ensuite chercher leurs copains en fouillant les quartiers de la ville. 

Évidemment, l’adversitĂ© sera de mise avec une ribambelle de lycĂ©ens, loubards, pom-pom girls et autres gardiens de parking qui se joindront Ă  la fĂŞte pour casser nos belles dents toutes neuves.

Comment ça, il est pas frais mon poisson ?
C'est le problème quand on met les gens au ban de la société

Le collège des côtes brisées

Heureusement, nos hĂ©roĂŻnes ne sont pas complètement dĂ©pourvues de moyens de dĂ©fense et d’attaque. Enfin, au dĂ©but, si, un peu quand mĂŞme, puisqu’un petit combo et un coup fort seulement nous sont proposĂ©s, ainsi qu’un saut et un blocage. Mais après avoir pris du galon, puisque chaque ennemi battu laisse tomber des sous et de l’expĂ©rience, il est possible de dĂ©bloquer des coups plus variĂ©s, puissants et transformer nos lycĂ©ennes un peu fragiles en vĂ©ritable tornades de chaussures et de phalanges. Kyoko et Misako ne sont d’ailleurs pas interchangeables, chacune ayant sa liste de coups et de combos diffĂ©rents. 

La première va avoir un style de combat en rapport avec le volley-ball et le breakdance (avec le fameux dab) alors que Misako va avoir un style plus football et Double Dragon, reprenant Ă  son compte quelques coups des frères Lee, et les bruitages qui vont avec. On pourra acheter avec l’argent rĂ©coltĂ© sur les ennemis des coups et combos dans un dojo tenu par Billy Lee (ou Jimmy Lee) ou encore, dans des magasins rĂ©partis un peu partout des accessoires dont on peut s’Ă©quiper mais un peu anecdotiques et des victuailles permettant de rĂ©cupĂ©rer de la vie et d’amĂ©liorer nos caractĂ©ristiques lors de leur première utilisation.

♪ Y m'a filé une beigne, j'y ai filé une mandale ♫

On se balade donc de centres commerciaux en casse-auto en maravant tout ce qui se dresse sur notre chemin. Parfois les arènes se ferment et nous obligent à affronter tous les inconscients qui voudraient se frotter à nos semelles, et le dernier de la liste peut implorer notre pitié et devenir notre soutien. 

Chaque ennemi peut donc ĂŞtre potentiellement recrutĂ© pour une action striker, mais il peut se faire frapper et battre nous laissant sans cette option bien pratique jusqu’au prochain ennemi froussard. L’aventure est agrĂ©mentĂ©e de combats de boss qui changent le rythme du jeu, il faudra ĂŞtre un peu plus malin que bourrin pour s’en dĂ©faire, chaque boss ayant des patterns uniques et des arènes dĂ©finies. Je prĂ©fère en laisser la surprise, ils sont tous de très grande qualitĂ©. Et puis on rencontrera aussi quelques personnages non combattants, nous guidant vers la prochaine Ă©tape ou nous offrant quelques quĂŞtes dont les rĂ©compenses valent souvent la peine d’entreprendre. 

Peu nombreuses mais aussi assez peu contraignantes, ces missions permettent d’explorer les endroits dĂ©jĂ  visitĂ© sous un Ĺ“il nouveau. Et mĂŞme si la rĂ©solution des objectifs est souvent l’occasion d’un combat en arène fermĂ©e, aller et venir de ces endroits peu se faire en courant en ignorant les combats sur le chemin. Mais il faut parfois rester traĂ®ner dans certaines zones, car certaines variĂ©tĂ© plus puissantes et plus rares d’ennemis y apparaissent et les affronter permet, avec un peu de stratĂ©gie, de les rĂ©cupĂ©rer en tant que striker. Un peu de stratĂ©gie car l’ennemi voulu doit ĂŞtre le dernier en lice !

L'école de vélo Kazuma Kiryu fait des émules

Wayforward + ARC System Works = la magie de la 2D

Alors maintenant petite devinette. Que se passe-t-il lorsque deux compagnies cĂ©lèbres pour leur maĂ®trise des sprites, et des jeux de combats s’unissent ? Ça donne ce jeu. Et alors oui, il y a du gros pixel mais c’est du gros pixel très, très beau. Les animations sont magnifiques, extrĂŞmement dĂ©taillĂ©es, du grand art. Les dĂ©cors sont variĂ©s, colorĂ©s, sucrĂ©s et on sent que chaque personnage ou dĂ©cor, mĂŞme secondaire, a bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une attention particulière. De plus, le cĹ“ur du jeu, le combat, est percutant et jouissif, les combos sortent de manière naturelle après deux ou trois heures de jeu et on arrive Ă  raffiner nos combos de façon Ă  les transformer en balai aĂ©rien, le tout bĂ©nĂ©ficiant d’animations au cordeau et d’un sound design convaincant. 

Pour faire simple, je n’avais pas autant pris de plaisir dans un tel jeu depuis le très regrettĂ© et introuvable Scott Pilgrim (qui s’inspirait fortement de River City Ransom dans ses mĂ©caniques) ou mĂŞme le mythique Streets of Rage 2. Et puisqu’on est dans le sound design, la bande son du jeu est de qualitĂ©, mĂŞlant Chiptune et Synthwave dans un typhon acoustique du meilleur aloi (les musiques des boss sont faites par Chipzel, quoi, si ça vous fait pas dĂ©gainer la carte bleue aussi sec ne serait-ce que pour la BO, je ne sais pas ce qu’il vous faut).

Frais, punchy, drôle, un régal pour les mains et pour les yeux, bourré de gags et de références, River City Girls est un incontournable du genre. Même s'il a quelques défauts, comme une difficulté un peu surprenante au début du jeu et le fait qu'on quitte parfois le tableau par erreur quand on est trop près d'une sortie, le jeu est suffisamment vaste et plein de surprises pour avoir envie d'en refaire une partie. Car le combat est une chose mais il faudra aussi trouver des statues à casser pour débloquer un combat spécial et deux personnages supplémentaires attendent celles-et ceux qui arriveront au bout de l'aventure. Bout qui arrive un peu vite mais c'est la loi du genre. En tout cas, voilà un titre qui apporte un peu d'air frais dans ce type de jeu, car casser des bouches vidéoludiques doit rester une tradition.

Shutan

Shutan

Rétrogamer dans l'âme, mais ouvert aux nouveautés.
Partager sur facebook
Partager sur twitter

D'autres Critiques

2 rĂ©flexions au sujet de “River City Girls”

Laisser un commentaire