Critique

john wick hex

Développeur : Bithell Games – Éditeur : Good Shepherd Entertainment – Date de Sortie : 8 octobre 2019 – Prix : 15,99€

Bithell Games, le petit studio de Mike Bithell, est habitué à développer des jeux au concept fort et souvent innovant. La surprise était donc de mise lors de l’annonce de leur prochain jeu : une transposition vidéoludique de la série de films John Wick. Le jeu se faisait attendre avec curiosité, car il est peu commun de voir une licence cinématographique être confiée à un studio indépendant. Les jeux à licence n’ont pas la meilleure des réputations, mais le CV de Mike Bithell laissait au moins espérer un angle original sur des long-métrages qui ont déjà tout d’un jeu vidéo.
Nous avions pu essayer John Wick Hex à la Gamescom 2019, et sa singularité nous avait alors séduit. Il restait à voir si le jeu réussirait à tenir la distance.

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Temporalité

Il est difficile d’adapter John Wick sans passer par la case du shooter. John Wick Chronicles par exemple, sorti en 2017, était un cover shooter sans grande inspiration qui est loin d’avoir marqué les esprits. Il ne suffit pas de reprendre la structure et l’univers des films pour en faire un jeu intéressant. À l’écran, le personnage incarné par Keanu Reeves est un tueur à gage méthodique, rapide, doué au corps à corps comme avec des armes à feu. Il n’est pas rare de le voir affronter des hordes d’ennemis qui arrivent sur lui par vagues, et qu’il élimine un à un avec une improvisation à toute épreuve. C’est cette essence là que Mike Bithell et son équipe ont décidé de capturer, non pas en faisant un FPS, mais bien sous la forme d’un jeu de stratégie en (quasi) temps réel.

Le jeu prend place plusieurs années avant le premier film, et s’ouvre sur l’enlèvement de deux figures emblématiques de l’hôtel Continental, sorte de havre de paix pour assassins en plein cœur de New-York. Ces deux personnages ainsi que leur ravisseur (d’ailleurs doublés par leurs acteurs respectifs) sont chargés de la narration, puisqu’ils retraceront pas à pas le chemin emprunté par John Wick après que celui-ci se soit lancé à leur recherche. Dans chaque chapitre, vous devrez traverser plusieurs zones d’un bout à l’autre, tout en conservant le même équipement à chaque étape. Le déplacement se fait sur une grille par un clic, chaque pas faisant avancer la frise temporelle de quatre dixièmes de seconde. Présente en haut de l’écran, elle régit le déroulement de vos parties et affiche les prochaines actions de vos ennemis, en plus des vôtres. S’ensuit alors un jeu d’improvisation où vous devez estimer, à chaque seconde, quel est le meilleur plan d’action. Pouvoir prévoir les intentions de vos assaillants est un gros avantage qu’il faut utiliser à bon escient, quitte à faire parfois marche arrière pour sortir d’une ligne de mire. Les éliminations au corps à corps sont les plus avantageuses puisqu’elles ne coûtent rien et permettent d’infliger de gros dégâts à l’armure de vos adversaires, contrairement aux munitions limitées des armes que vous trouverez. Elles peuvent également être utilisées pour vous replacer ou interposer un adversaire entre une balle et une mort certaine. Un système d’endurance est d’ailleurs présent pour vous empêcher de trop en abuser ; il vous faudra alors “reprendre vos esprits”, une action plutôt onéreuse qui vous forcera à prendre des risques au milieu d’une scène d’action. De la même manière, utiliser un des rares bandages du jeu vous rendra vulnérable pendant d’interminables secondes.

A vous alors de composer avec les différents types d’hommes de mains et leurs armes respectives. Ils auront tendance à surgir quand vous vous y attendez le moins et, bien que la position de certains soit fixe, les autres apparaîtront aléatoirement à chaque nouvelle tentative. Vous avez une petite marge de manœuvre puisqu’ils sont aussi soumis à l’aléatoire de leurs armes et peuvent parfois vous manquer, mais il ne faut vraiment pas compter sur ça, car vous aurez vite fait de vous retrouver submergé. Avoir plus de deux ennemis au corps à corps signifie souvent un game over. Le brouillard de guerre joue également un rôle important puisqu’il représente la vision de votre personnage, ce sur quoi le level-design essaie de jouer. Les niveaux apportent un peu de diversité dans les situations et utilisent assez intelligemment les éléments du décor pour varier la difficulté.
En terme d’options, s’accroupir permet d’être moins visible et d’avoir plus de chance de toucher, mais si un ennemi s’approche de vous, vous n’aurez d’autres choix que de faire une roulade ou vous relever, si vous en avez le temps. L’idéal reste donc d’avancer pas à pas et d’optimiser vos chances de survie en surveillant attentivement la frise temporelle de chaque combattant. Un certain équilibrage est tout de même présent, comme dans le fait que les assassinats au corps à corps vous obligent à avancer de deux cases, pour potentiellement vous retrouver à découvert. Les armes ont aussi des temps d’utilisation différents, souvent plus long pour les gros calibres. Des détails à garder en tête lors de ces phases tendues où l’on peut vite se retrouver encerclé.
Il existe par ailleurs un mode difficile où vous n’aurez que cinq secondes pour choisir votre prochaine action, ce qui complique  l’obtention des notes de fin de chapitres qui sont attribuées – entre autres – en fonction du nombre de bandages utilisés ou de la diversité de votre arsenal.

Contretemps

L’histoire capture plutôt bien le ton des films, avec des personnages sûrs d’eux épaulés par un doublage de qualité. Le mysticisme autour du personnage de John Wick est respecté à la lettre, ainsi que la construction de l’univers criminel parallèle au nôtre. La musique d’Austin Wintory reprend également les nuances de la bande-originale des films, formant un ensemble cohérent et fidèle aux long-métrages.
La magie de la découverte finit cependant par s’estomper, et une certaine répétitivité finit par s’installer. Les variations du level-design ne suffisent pas à maintenir en haleine une fois qu’on a fait le tour des mécaniques, malgré les mutateurs qu’il est possible de choisir en début de chapitre pour modifier sensiblement les règles. La faute aussi à une finition brouillonne : certaines cinématiques ne chargent pas, certains ennemis sont impossibles à sélectionner et la lisibilité de l’action se retrouve parfois handicapée par la montagne d’icônes d’armes à ramasser.
À la fin des zones, il est possible de voir un replay de ses actions en temps réel, une bonne idée sur le papier mais qui ne fait qu’exacerber les animations robotiques qui n’arrivent pas à reproduire la fluidité du personnage du grand écran. S’ajoute à cela une absence d’options pour le clavier, afin de par exemple pouvoir réassigner les touches et ne pas se retrouver coincé avec du QWERTY. Impossible également d’assigner certaines des commandes (attendre, se soigner, etc.) à des raccourcis ; la majorité du jeu se fera à la souris.
Il faut cependant replacer ces problèmes dans le contexte de sa petite équipe de développement. Ces soucis n’enlèvent pas entièrement le plaisir de jeu qui reste présent durant la majorité du titre, qui dure de toute façon moins d’une dizaine d’heures.

John Wick Hex réussit à retranscrire intelligemment l'intérêt de la trilogie du même nom en prenant à contre-pied les attentes des fans. Les amateurs de stratégie y verront un hybride entre SUPERHOT et Frozen Synapse, où chaque pas en avant peut être synonyme de mort. Son concept novateur est un pari plutôt réussi qui s'essouffle cependant vite, bien qu'il se boucle avant d'avoir le temps de trop se répéter.

Tmnath

Tmnath

Passionné de jeux de plates-formes et de crème anglaise.
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