Critique

Black Book

Crim
Publié le 4 septembre 2021

Développeur

Mortheshka

Éditeur

HypeTrain Digital

Date de Sortie

10 aout 2021

Prix de lancement

25 €

Testé sur

Nintendo Switch

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur reddit
Partager sur email

Si on écarte les jeux de cartes classiques (bataille, poker, etc.), d’un point de vidéoludique on peut considérer qu’il y a eu deux grosses étapes. La première, Hearthstone, qui a réussi à porter Magic : The Gathering là où ce dernier n’a jamais réussi à avoir le succès sur écran comparé à son édition physique. La seconde, marquée par Slay the Spire qui a permis d’avoir un Magic : The Gathering mais en solo. À chacun de ces 2 titres s’en est suivie une palanquée de jeu, allant du très bon à la pâle copie sans saveur. Héritier de Slay the Spire, Black Book arrive à se démarquer en apportant une énorme narration à son titre : bienvenue dans la Russie de la fin du 19ᵉ Siècle !

Chort, Koldun et vodka

Si Black Book reprend de Slay the Spire le jeu de combat via des cartes que l’on obtient au fur et à mesure ainsi que la progression sur une frise où chaque point de celle-ci est un événement, le jeu du studio russe Mortheshka prend une toute autre direction : nous ne sommes pas face à un Rogue like/lite, mais face à un RPG construit à la main.

On y incarne Vasilisa, une jeune femme venant de perdre son fiancé. Elle décide de prendre le chemin de la sorcellerie afin de le ressusciter, aidée de son grand-père, le Koldun et du livre noir, le « black book » dont les légendes content qu’il a le pouvoir d’exaucer tous les vœux. Pour cela, elle devra rompre les sept sceaux sellant le livre, sachant que ces derniers ne pourront être rompus que par des démons ce qui signifie que vous devrez pactiser avec eux pour ouvrir le livre.

En tant que Koldun, votre rôle est de venir en aide aux habitants, afin de les libérer de maléfices ou autres démons. Il vous faudra faire le choix de garder vos démons et subir des malus pendant les combats, ou de les envoyer maudire des gens, faisant grimper peu à peu votre compteur de mauvaise personne, qui aura une incidence sur la fin du jeu. Ainsi, tout au long de la cinquantaine d’heures estimée (au moment de l’écriture de ce test, j’en suis à 25 h avec 3 sceaux ouverts et le quatrième bien entamé, en réalisant l’ensemble des points sur chacune des cartes jouables), le studio nous montre son amour pour le folklore russe.

Ainsi, l’ensemble du jeu se base sur des histoires « vraies » (des histoires narrées avec les croyances de l’époque) avec une recherche monstrueuse (réalisée à l’aide d’éthologiste notamment). Cela se traduit en jeu par une vraie ambiance et une crédibilité de chacune des saynètes, textes, enrichis par le déblocage d’une encyclopédie qui se complétera au fur et à mesure que le joueur progressera dans l’histoire. Cette encyclopédie viendra aussi bien décrire les différents types de démons que tout le reste : comment sont construites les maisons et leurs différentes parties, comment se déroule un mariage, comment est récolté le sel, bref, tout.

Et cette encyclopédie est directement partie prenante du jeu. Nommées « knowers » (personne qui à la connaissance), les sorcières ne sont finalement que les personnes ayant une bien plus grande connaissance que la majorité des paysans de l’époque (ce qui leur vaut sûrement leur « pouvoir surnaturel » ici complétement exploité pour la partie gameplay). Ainsi pendant les phases de dialogue, des questions de connaissances vous seront posées : en cas de bonne réponse, vous obtiendrez de précieux points d’expérience.

Que Saint George vous bénisse !

Dès lors que vous devrez vous battre contre des démons, ce sera uniquement à coup d’incantations magiques : des Zagovors ! Ces incantations sont divisées en deux : des ordres et des clés (représentés par un parchemin et une clé en haut à gauche de vos cartes). Si au départ votre Zagovor est composé de 2 ordres et 1 clé, qui s’étofferont d’un de chaque au fil de la montée de niveau (hors effet d’une de vos cartes qui pourra vous permettre d’effectuer un ordre / clé supplémentaire pendant un tour). En plus de cet élément, vos cartes ont un code couleur : noir et blanc. Les cartes noires pour les attaques et les malédictions, les blanches pour la protection et le soin. Ensuite, vos cartes peuvent avoir des effets supplémentaires sous certaines conditions (+1 à l’effet de la carte par carte de la même couleur dans le Zagovor, effet supplémentaire si votre Zagovor est d’une seule couleur, d’autres effets en fonction des buffs / malédictions, etc.).

Pour parfaitement profiter du système de combat, il faudra atteindre la moitié du jeu : à chaque fois que vous débloquez un sceau du black book, vous débloquer de nouvelles cartes. Plus vous avancerez, plus les cartes auront d’effets et permettront de trouver la bonne alchimie qui font des jeux de cartes un vrai plaisir à jouer. Afin de casser un peu la routine des combats, vous serez parfois face à des puzzles, où les cartes vous seront imposées et où il faudra réussir un combat en un nombre donné de tours (sachant qu’il n’y a qu’une seule solution pour gagner l’affrontement), ou bien vous battre contre d’autres Kolduns. Ces derniers ont une particularité intéressante : l’ordre d’attaque est défini par la longueur du Zagovor. Le Koldun lançant le Zagovor le plus court attaquera en premier. Il faudra donc choisir entre faire une attaque faible et s’assurer de commencer le tour (et ainsi se voir appliquer toutes ses bénédictions) ou bien lancer une grosse attaque, mais encaisser d’abord celle de l’adversaire, sachant qu’à chaque fois, on sait exactement ce qu’il va faire.

Si côté technique le jeu est très pauvre, le choix du low poly, de la nuit (un parfait cache misère) et surtout de l’ambiance sonore permet de donner une vraie plus-value à tout ce que le titre apporte en narration, notamment avec les diverses chansons (sûrement d’époque) qui se mêlent parfaitement à l’univers lourd de la sorcellerie paysanne qu’instaure le jeu. Hélas, Black Book ne fait pas un sans faute. Un très vilain bug sur Switch (que je suppose inexistant sur PC tant que l’on joue au clavier souris) : le curseur lors des combats vous fait dérouler les cartes sans pouvoir les lire. Si en mode portable un simple appui vers le haut du stick analogique suffit à condition de n’utiliser que les boutons par la suite pour se déplacer, je n’ai pas réussi à contourner le problème en mode docker avec le pad pro officiel (sachant que ni mon PAD ni mes Joycons ne souffrent de JoyCon Drift). Enfin et cela va rebuter beaucoup de joueurs, le jeu n’est pas disponible en français et demande un bon niveau d’anglais pour en profiter au mieux.

Malgré ce gros vilain bug (qui encore une fois ne doit impacter que le jeu au pad), je ne peux que vous recommander Black Book dès lors que les histoires fortes, les mythes et la culture auxquels vous n’êtes pas habitué vous intéressent. On sent complètement l’envie du studio de partager leur folklore (ils n’en sont pas à leur premier essai) en étant aussi bien instructif que partie prenante du gameplay. Le tout est accompagné d’un jeu de cartes solide, qui met un peu de temps à se mettre en place, faisant encore une fois honneur à tout le folklore russe. Une des belles surprises de cet été 2021 !

Tohù

Puzzles en deçà

Ynglet

Sauter à Copenhague c’est surfait !

Laisser un commentaire