Critique

Tin Hearts

Nyam Hazz
Publié le 23 mai 2023

Développeur

Rogue Sun

Éditeur

Wired Productions

Date de Sortie

16 mai 2023 (20 avril sur Switch)

Prix de lancement

29,99 €

Testé sur

PC

Alors qu’il était partiellement sorti en accès anticipé et en réalité virtuelle fin 2018, pour un lancement annoncé en 2019, Tin Hearts aura su se faire désirer puisqu’il vient tout juste de sortir sur PC, PS4, PS5, Xbox One et Xbox Series le 16 mai 2023, suivant de près son arrivée sur Switch du 20 avril, plateforme pour laquelle il a obtenu le titre de jeu le plus attendu à la Gamescom. Il faut dire que derrière ce puzzle game édité par Wired Productions, on retrouve les fondateurs de Lionhead Studios (Black and White, Fable) regroupés, depuis la fermeture du studio britannique, sous la bannière de Rogue Sun, qui signe là son premier titre. Et il est vrai qu’après avoir essayé ce Lemmings-like début 2019, j’attendais impatiemment son arrivée, tant celui-ci avait su me séduire à l’époque sur Oculus Rift. C’est donc avec un peu de nostalgie au cœur que je me suis résolu à m’y adonner cette fois-ci sur écran plat, après avoir appris que les versions VR sur Quest 2, PS VR2 et PCVR n’arriveront que cet été. 

Le monde merveilleux des jouets

Sis dans un univers victorien, Tin Hearts nous confronte à des casse-têtes où, comme dans le célèbre puzzle game Lemmings de DMA Design sorti en 1991 sur Amiga et PC, il s’agit de mener d’un point A à un point B, non pas de stupides petites créatures, mais des petits soldats de plomb qui avancent tout aussi irrémédiablement droit devant eux, quoi qu’il arrive, même si cela les mène droit à leur destruction (en tombant de la table par exemple, ou en se faisant écraser par une presse…). C’est donc à vous de les dévier de leur chemin pour les amener vers un itinéraire plus sûr, jusqu’à les mettre à l’abri une fois la porte de sortie atteinte. Un concept toujours aussi efficace. Par contre, ce ne sont que des mécanismes et il n’est donc pas possible de leur donner des ordres comme on le faisait avec les petits êtres aux cheveux verts (bloquer, creuser, grimper, construire, exploser…). Il va donc falloir utiliser les moyens du bord, c’est-à-dire ce que l’on a sous la main, à savoir essentiellement des jouets en bois, ainsi qu’un peu de magie.

La bâtisse dans laquelle se déroule l’histoire est en effet celle d’un talentueux fabricant de jouets, inventif et visionnaire, du nom d’Albert J. Butterworth, que la riche et puissante Guilde des Fabricants de Jouets cherche par tous les moyens à faire rejoindre ses rangs. Il vivait là avec sa femme Helen, qui était aussi sa muse, ainsi qu’une excellente musicienne, et leur fille Rose. Ensemble, ils formaient une famille heureuse et unie, et leur amour subsiste encore en ce lieu à travers les souvenirs qui se concrétisent devant vos yeux sous forme éthérée dans des cutscenes régulières. Vous allez ainsi apprendre à les connaître en revivant les événements du passé et découvrir à leurs côtés l’émouvante histoire de la famille Butterworth, à travers 4 actes vous entraînant dans les diverses parties de la maison (grenier, bureau, chambres, jardin, sous-sol…). Avec une dizaine de scènes par acte, auxquelles il faut rajouter celles du prologue servant de tutoriel, cela représente plus de 40 niveaux à traverser.

Tracer toujours tout droit

L’objectif est d’atteindre la sortie avec au moins un soldat, mais le défi est de tous les faire parvenir jusque là, à l’exception de ceux servant à ouvrir les boîtes renfermant de nouveaux pouvoirs. Et c’est classiquement une fois un niveau donné achevé que le suivant est débloqué. Pour parvenir à vos fins, vous disposez surtout de triangles en bois que vous pouvez tourner dans tous les sens pour faire changer de direction vos soldats, ou servir de rampe pour franchir un obstacle. Ceux-ci font en effet demi-tour dès qu’ils rencontrent un objet, et si celui-ci est incliné, ils changent de direction en fonction de son orientation. Certains de ces triangles nécessitent un support avec une forme devant correspondre à la perforation en leur centre, ce qui leur impose une position et un angle donné. Il faut donc explorer son environnement pour trouver les bons objets et comment les mettre à profit.

Au départ c’est très simple, mais cela se complexifie peu à peu, obligeant à se creuser la tête. Certains éléments devront être utilisés plusieurs fois, et donc déplacés le moment venu, alors que d’autres n’ont pas d’utilité. Arrêter le temps est une option incontournable, non seulement pour chercher une solution avant qu’il ne soit trop tard, mais aussi pour visualiser le parcours que prendront nos troupes et les conséquences de l’introduction d’une pièce nouvelle sur celui-ci. Ceci permet, de surcroît, de bien la positionner. Mais pas d’inquiétude, en cas d’erreur, il est possible de remonter le temps pour faire rebrousser chemin aux soldats, comme on peut l’accélérer une fois tout en place pour éviter d’attendre trop longtemps leur avancée. Et le moins que l’on puisse dire est que les développeurs se sont bien amusés avec le level design du jeu. Inventif, créatif et intelligent, celui-ci est vraiment séduisant. Une mention particulière est à décerner à l’immense création faite dans le jardin.

Un univers enchanteur

De plus, de nouveaux éléments viennent régulièrement renouveler le gameplay, tout en multipliant les combinaisons possibles : tambours et accordéons sur lesquels rebondir pour changer de table, trains permettant de déplacer des objets, machines à gonfler des ballons que peuvent utiliser les soldats pour traverser de longues distances, canons pour créer des ponts avec des livres ou des règles, échelles pour grimper, bateaux-montgolfières pouvant s’élever dans les airs ou se déplacer grâce à des moulins à vent… Il y a également divers mécanismes à base d’électricité, d’eau ou de vapeur issus de l’esprit imaginatif d’Albert. Et ce ne sont pas les dangers qui manquent pour nos petits soldats, à commencer par Jack in the Box, qui attend que quelque chose passe devant lui pour jaillir de sa boîte à ressort et le dévorer. Il y a même des séquences où l’on contrôle directement à la troisième personne un des soldats, libéré de son obligation de tracer sa route toujours tout droit, afin d’aider à créer un passage pour ses camarades. Ce côté plateforme du titre n’est peut-être pas toujours évident, en raison du positionnement de la caméra, mais l’idée est bienvenue et parfaitement mise en application.

L’ambiance magique dégagée par Tin Hearts est vraiment prenante, que ce soit à travers ses décors charmants à la direction artistique inspirée, sa musique relaxante, certes répétitive mais jamais lassante, ou encore l’histoire poignante qui nous est contée. Disponible uniquement en VO sous-titrée, avec des textes en français, le titre bénéficie d’une interprétation de qualité. Il y a toutefois peu de textes. C’est donc un très bon cru que ce Tin Hearts, qui propose également de suivre  en spectateur un soldat donné pour être au plus près de l’action et bénéficier ainsi de superbes plans léchés avec arrière-plan et vue périphérique floutés. La matérialisation d’un corps fantomatique pour notre personnage, rigide au possible et semblant se déplacer en volant, tout en traversant allègement les obstacles, est en revanche plutôt discutable, tout comme l’aspect anguleux des personnages. On regrettera également l’exploitation à plusieurs reprises des mêmes pièces, limitant ainsi la variété, mais il n’y a pas non plus de quoi s’insurger.

Même en absence du mode VR que j’attendais tant, le charme opère et l’intérêt du jeu demeure. On sent par contre dès le générique, où l’on peut tourner la caméra à 360°, qu’il a initialement été conçu pour être joué en réalité virtuelle. Le fait de devoir toucher les choses où les manipuler en découle directement et, paradoxalement, j’ai le souvenir d’une version VR moins traumatisante pour mon estomac que sur écran plat où la caméra a quelques fois  du mal à se placer correctement. Il est également plus difficile de viser correctement, mais cela reste totalement accessible. À l’inverse, j’attends maintenant avec curiosité de voir comment cela sera géré en VR pour M. Soldat, que l’on contrôle ici en vue à la troisième personne et qui semble davantage pensé pour les écrans plats.

Bien que déçu de ne pas pouvoir encore profiter de la version VR du jeu, Tin Hearts demeure un très bon puzzle game à la Lemmings. Le concept a fait ses preuves et reste très efficace, surtout avec un level design soigné et inventif. Il y a bien quelques soucis de caméra et une représentation de notre corps peu convaincante, comme des personnages qui pourraient être moins rigides, mais la direction artistique séduisante, la bande-son apaisante, le gameplay efficace qui sait se renouvelle et l’histoire émouvante dépassent largement ces petites imperfections.

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