Toki Tori 2

Le petit poussin indépendant avait déjà fait des siennes avec un premier épisode loin d’être passé inaperçu. Surtout star des prémices de Steam dans l’indépendant, d’un WiiWare déserté et des Humble Bundle de qualité, la franchise est née surtout de beaucoup de coup de chance. Ce second épisode est donc forcément attendu au tournant…

Le premier c’est l’oeuf !

Si Toki Tori proposait pratiquement du tour par tour dans sa progression, cette suite fait dans le temps réel le plus total. Vous contrôlez un poussin dans un jeu entièrement en 2D, où vous pouvez progresser de gauche à droite seulement. Deux controles vous sont proposés : un sifflement (faisant apparaitre de petites ou grosses notes en fonction de la pression que vous effectuez sur la touche liée) et un petit saut au sol faisant trembler les alentours. Et c’est tout ! Pire encore, il n’y a absolument aucun tutorial ni guide de jeu : tout est à découvrir soi même.

On jette donc le joueur dans la piscine en attendant qu’il comprenne comment nager et honnêtement, cela est très osé, mais aussi furieusement dangereux. Car les premières minutes sont déstabilisantes, franchement peu motivantes. L’idée est bonne, à populariser même, mais pas dans un jeu qui se vend “tout mignon” à des enfants qui vont se retrouver complètement désarçonné. Après, me direz-vous, nous n’avions pas non plus de phase d’entrainement dans nos vieux jeux Super Nintendo et consorts… Mais nous avions au moins ce fameux manuel que nous lisions aux toilettes. Là, rien.

On apprend donc vite à réagir en fonction des événements, de la faune, de la flore habitant cette étrange forêt qui sert de seconde zone. Ces grenouilles semblent cracher des bulles qui nous transportent au loin, à condition qu’elles soient nourries d’un certain être violet. Mais celui-ci est agrippé au plafond : il faut donc sauter pour le faire tomber ? Mais il faut vite le faire rouler en le sifflant, sous peine de voir ce gros oiseau s’en emparer pour l’amener jusqu’à son nid. Voilà un moment typique de Toki Tori 2, ou les niveaux sont extrêmement intelligents et les actions diverses et à combiner avec beaucoup de patience. Il faudra même siffler certaines notes dans l’ordre pour revenir au dernier checkpoint si on est bloqué ou encore, affiche une sorte de radar nous signalant ou se trouvent les objets à dénicher.

À moins que ce ne soit le poussin ?

C’est qu’il est beau, ce Toki Tori 2. Loin d’être bête aussi, tant il propose une progression faite de défis perpétuels, de compréhension du niveau, d’enchevêtrement d’actions et de fragments mystérieux à collecter dans les endroits les plus improbables. Toki Tori 2 a tout du bon jeu ! Et pourtant, il se vautre rapidement dans la répétitivité crasse et le manque violent de rythme pour nous endormir à chaque porte de nouveau niveau franchie.

Triste de voir à quel point un bon concept peut accoucher d’un jeu d’une telle lenteur, d’un tel ennui. Car oui, Toki Tori 2 ne se destinera finalement qu’à ceux qui aiment les jeux de patience, les échecs, ces jeux où chaque mouvement doit être calculé au bon moment et qui n’auront pas peur de recommencer. Sur cela, il est non seulement fidèle à son ainé, mais aussi très réussi dans son genre. Le problème c’est qu’il se coupe d’une grande partie du public qui, on le sait, n’est pas très fan d’un jeu lent et ennuyant, aussi beau soit-il.

Et je ne parle pas d’un jeu lent comme Antichamber, Braid et autres petites merveilles indépendantes qu’il est certes facile de citer, mais bien d’un titre qui n’a absolument rien d’extraordinaire, qui aurait été merveilleux en petit jeu flash gratuit avec deux/trois énigmes et une durée de vie plaisante et enivrante de dix ou vingt minutes, mais bien d’un titre à la durée de vie colossale pour le genre : une dizaine d’heures pour tout trouver, sans problème. Et ce, sans compter le nombre de fois ou l’on bloque devant un problème pourtant simple à résoudre, mais pour lequel on a aucune indication. Certains aimeront, à n’en pas douter… Mais cela n’enlève pas les profonds défauts d’un jeu qu’on conseille vivement en toutes petites sessions, sous peine de rapidement faire du Nervous Breakdown à la chaîne.

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs
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Une pensée sur “Toki Tori 2

  • 23/04/2013 à 00:21
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    *activation de la nostalgie des toutes premières expériences sur GameBoy et PC*
    Manuels, manuels, y en avait pas tant que ça ! Je lisais rien du tout, moi. :3 Ça empêchait pas de profiter d’un bon jeu, alors que le début n’était que tâtonnements, essais, découverte, là où je n’avais aucune connaissance des mécaniques de jeux ! =D
    Après, il faut aimer découvrir par l’expérience, c’est sûr. Mais bon, j’imagine que ce n’est pas non plus du niveau de (l’excellent) Starseed Pilgrim.^^

    Et à propos du public enfant : qui a dit que les mignon était réservé à eux ? =p Les adultes aussi ont le droit au coloré, au naïf, aux petits oiseaux, petits poneys, petits… euh, BREF, je m’égare.

    Merci pour la critique en tout cas ! :) J’avais bien aimé le premier épisode, je vois que les quelques problèmes sont toujours présents (les niveaux sont sincèrement monotones, c’est vrai. Il faut aimer se creuser les méninges. Je n’ai pas eu la patience de faire les niveaux bonus, d’ailleurs), mais si le level-design est aussi ingénieux qu’avant… Je me laisserai bien tenté un jour. :)

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