Victor Vran : Motorhead / Fractured Worlds
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Victor Vran, c’était mon ARPG de l’année 2015, mon petit chouchou, celui qu’on n’avait pas vu venir avec ses bonnes idées qui nous changent de la formule vieille école : un système de personnalisation et une difficulté adaptables à la volée, des mécaniques de combat dynamiques qui valorisent le talent, un hybride arcade/RPG-light à l’humour pince-sans-rire bourré de mèmes et autres clins d’œil à la culture pop (saviez-vous que l’on peut looter des sabres laser légendaires qui renvoient les projectiles ?). En bref, si on en a clairement pour notre argent avec le jeu de base, peut-on en dire autant de ces deux nouveaux DLC ?


« Killed by Death »

Il est très peu probable que vous n’ayez jamais entendu le seul nom de « Mötorhead ». Considéré comme parmi les plus grands du heavy metal, ce groupe de rock britannique a su redonner vie à un genre en perdition dans l’Outre-Manche des années 70. Éteint en 2015 avec la mort de son chanteur et bassiste phare Lemmy, Haemimont Games (les Tropico, c’est eux) décide alors de leur rendre hommage à travers la production de ce DLC.

Alors que Lemmy continue son combat contre une oppression fasciste dans une sorte d’Europe fantaisiste à l’ambiance « seconde guerre » envahie de démons, son fidèle Snaggletooth (un « warpig », mascotte du groupe anglais), seul espoir, finit par s’éteindre. Llyod Kaufman, invité d’honneur dans le rôle du barman et de la voix off, appelle alors notre chasseur de démons à la rescousse. Avant que ce qui semble être le fantôme d’un Lemmy immortel ne disparaisse, celui-ci lègue sa mythique Killmeister – votre première guitare électrique, légendaire de surcroit – à un Vran qui ferait presque figure de second rôle. 

Les squelettes et autres mobs peuvent faire du headbang au son de la guitare. C’est pas trop la classe ça ?

Il vous faudra donc parcourir trois grandes cartes – qui peuvent occuper trois petites heures chacune si l’on cherche tous les secrets et qu’on fouille toutes les zones instanciées comme les cryptes, bunkers et autres débarras. Les décors et thèmes menés avec humour s’articulent autour des démons propres au groupe londonien : les politiciens avec la fameuse zone en guerre dominée par un dictateur fou, la religion avec un far-west corrompu par une propagande zélée et sans pitié et enfin avec la richesse dans un moyen âge où les paysans nourrissent les sacrifices d’un succube (oui c’est masculin) à la soif d’argent et de pouvoir intarissable.

Les commentaires ironiques d’un Llyod, connu pour son cinéma éclectique et provocateur, et les nombreuses références visuelles à Mötorhead (les affiches des albums placardées un peu partout, la direction artistique définitivement orientée métal et les éléments biographiques à débloquer) ainsi que la bande-son exclusivement issue de titres cultes, remplissent honnêtement les objectifs en matière de fan service ; on regrettera que les cinématiques se résument à peau de chagrin, si bien que cette mini-campagne laisse davantage cette impression de « contenu additionnel fun avec ce qu’il faut de fan service mais fallait pas demander plus, c’est juste un DLC hein ». Avec 10 défis par tableaux, il y a de quoi prolonger la durée de vie jusqu’à une bonne quinzaine heures au minimum pour les complétionnistes mais le contenu inédit en soi reste bien chiche. 

Un peu de parkour sur les toits plus tard, voilà que je déniche un secret.

« Overkill »

En effet, il faut savoir que le DLC vient tout de même avec 3 nouveaux types d’ennemis et leurs déclinaisons : succubes qui peuvent canaliser des sortilèges puissants, scorpions venimeux qui stackent chez Vran des charges de venin ou encore ces chiens de l’enfer qui nous lâchent pas une seule seconde… On a aussi droit à de nouvelles cartes destins – allant des intéressantes « obélisques » amplifiants les dégâts des pouvoirs démoniaques, ce qui ravira les builds caster – aux modificateurs de compétences d’arme passant donc de 7 à 18 (3 cartes pour chaque arme). Oui, les petits arithméticiens dans l’âme l’auront saisi, on gagne deux nouvelles armes : la guitare électrique et les revolvers. Spécialisée dans le contrôle des foules avec ses aires d’effet et l’application d’un nouveau debuff rigolo (le headbanging), l’instrument culte du rock se défend bien niveau offensif avec des attaques rythmées provoquant des critiques certains ou encore le gain de bonus puissants via les autres compétences. Les revolvers feront des heureux puisqu’ils permettent de tirer tout en se déplaçant, certes lentement, mais les autres compétences infligeront en plus de sévères handicaps dans les rangs ennemis.

Enfin, six nouveaux pouvoirs démoniaques au goût définitivement métal  viendront enrichir notre létal répertoire : baffes surpuissantes pour faire « headbanguer » une foule un peu trop agressive, cri terrifiant pour repousser les gêneurs et j’en passe, etc. Oh, j’allais oublier, je ne vous ai pas parlé des trois tenus des célèbres rock stars à débloquer, qui en plus de permettre de frimer en multijoueur, osent quelques possibilités de builds intéressantes. Passons au second DLC, voulez-vous ? 

De nouvelles tenues au look des rock stars du groupe, avec chacune son lot d’effets.

Les mondes fracturés

Victor Vran et les démons, c’est un peu une histoire compliquée, faite d’amour et de haine. Probablement pour que Victor se connaisse mieux après tant d’années d’errance, Le Solliciteur, apparemment peu rancunier de sa dernière défaite, promet à Vran qu’un mystérieux artefact pourrait (comme tous les objets magiques et mystérieux) être une source de solutions. Celui-ci, l’astrolabe, s’est malheureusement vu fragmenté en plusieurs morceaux répartis dans des mondes inconsistants et perturbants.

On en compte cinq, dont quatre sont des donjons qui changent de configuration chaque jour (irl) : une « cadavre-ville » inspirée des niveaux en ruine du DLC Mötorhead (bonjour le recyclage), les « cavernes léthéennes » un peu génériques mais qui offrent parfois de beaux clichés, la magnifique « automne d’Amarante » qui récolte la palme du donjon le plus classieux et vibrant du lot et enfin les « jardins suspendus d’Ea » qui héritent des jardins royaux de l’épisode original mais en bien plus clinquants et lumineux. Difficile de s’y perdre, les cartes étant très linéaires, on finit rapidement par tomber sur une impasse quand la présence des checkpoints sur la map ne nous souffle pas déjà la réponse quant au bon chemin à emprunter. Le cinquième donjon, la Fracture, un peu particulier, est une sorte de tour sans fin qui propose une sélection des quatre autres à chaque niveau, de sorte qu’il ne propose rien de nouveau en soi mais permet de passer la limite journalière en matière de nouvelles cartes. 

mpossibilité d’aller plus vite que le jeu. Pour continuer l’histoire, il faudra attendre 24 heures bien réelles.

Soyons honnête, les donjons générés aléatoirement n’égalisent pas en charme les niveaux faits à la main, et même les sublimes incrustations de décors finissent par se rencontrer à la prochaine génération de cartes. De même, les cinq défis à remporter dans chacun des donjons sont sans âme et ne se différencient pas les uns des autres : tuer X ennemis en moins de Y secondes, faire une dévastation sur Z champions. À peine la découverte passée, on sent vite la supercherie ou la fausse bonne idée qu’ont eue là les gens d’Haemimont Games, au choix.

Quant à l’histoire, elle ne rattrape pas la catastrophe : arrivé au terme de chacun des donjons ou d’un palier arbitraire dans la Fracture, on récupère le morceau d’astrolabe après avoir vaincu un champion pas plus particulier que les autres et on nous annonce qu’il faudra attendre le lendemain. Oui, vous avez bien lu, il faudra parcourir des donjons sans saveur à petites doses pendant 4 ou 5 jours pour arriver au terme du « scénario ». Si j’emploie les guillemets, c’est car le dénouement est aussi bâclé que le reste : sans même une cinématique ou des éléments de réponse concluants – ce n’est pas les rares dialogues entre le Solliciteur et Vran qui nous éclaireront, on en vient à croire que cette histoire d’Astrolabe a été inventée sur le tas juste avant la publication du jeu. Un véritable fiasco. 

Le leitmotiv de Victor dans Fractured Worlds ; probablement pas suffisant pour que le joueur continue d’accrocher.

Alors pour justifier l’achat, l’éditeur a eu une idée de génie : ajouter quelques features suffisamment attrayantes pour attirer le chaland ; en passant du niveau 50 à 60, on pourra ainsi débloquer un emplacement de carte de destin au passage. De même, le système d’artefact permet l’acquisition d’une nouvelle compétence à partir d’une recette et dispose de son propre emplacement dans la fiche du personnage. Si les effets des reliques communes ou rares restent des bonus un peu gadgets  – un sort en général pas plus puissant qu’un pouvoir démoniaque, le rendu visuel quant à lui (des ailes éthérées dans le dos) fera des envieux. 

Quelques exemples de reliques commune et rare. Les propriétés peuvent encore être améliorées avec la transmutation.

Mötorhead Through the Ages remplit donc le cahier des charges sans trop forcer : les nouveautés restent tout de même timides, la campagne et le fan service manquent encore de substance pour n’offrir plus qu’un gros clin d’œil amusé. En fait, on en vient à regretter que l’éditeur ait fait le choix de distribuer les nouveautés sur deux DLC ; si vous ne deviez en prendre qu’un (à moins de vraiment vouloir le niveau 60 et une magnifique paire d’ailes), Mötorhead est celui qui justifie le plus qu’on passe à la caisse, alors que Fractured Worlds n’est pas plus conséquent qu’un Cauldron of Chaos – qui, lui, était offert gratuitement.

Parallel Platypus

Parallel Platypus

Humble joueur de type mediumcore, culture vidéoludique du type tartine et confiture et pokémon de type ténèbres/fée. Tendances complétionnistes chroniques au dessus de 9000.
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