Interview – L’équipe de DuelScreen (Hits Playtime)

Quelques heures avant la soirée parisienne, dans les locaux du Monde, célébrant les jeux du concours Hits Playtime et récompensant ceux qui ont le plus touché le jury de professionnels présent pour l’occasion, nous vous proposons une dernière interview : celle du projet DuelScreen. Original, comme tous les jeux de cette année, il conclut avec délice une suite de titres auxquels nous voulons désormais tous jouer dans leur version finale !

Bonjour. Tout d’abord, pouvez-vous présenter l’équipe de développement ?

L’équipe de développement est relativement réduite, nous travaillons à deux et assumons chacun les rôles de Game Designer et Développeurs. Alexandre Itard assume le rôle de chef de projet et de communicant, Remi Lys constitue l’autre membre du binôme.

Vous l’aurez donc remarqué, nous n’avons malheureusement pas eu l’opportunité de travailler avec des graphistes sur ce projet et la qualité visuelle du prototype s’en ressent. Cela risque de changer très rapidement et nous espérons pouvoir présenter quelque chose de plus joli sous peu. (NDLR : quelques jolis artworks sont déja disponible sur le blog et dans cette interview)

Nous tenons néanmoins à remercier Adrien Girod qui nous aura apporté son soutien en réalisant de magnifiques artworks et une première version de la zone de jeu.

Quel est le parcours de chacun et comment en êtes-vous venus à vouloir créer du jeu vidéo ?

Alexandre : L’après bac S était flou. Que faire ? J’aimais les jeux vidéos mais en faire un métier ? Ça ne paraissait pas sérieux. À l’époque (je parle comme un vieux sage !), les formations dans le domaine du jeu n’étaient pas aussi développées et pros qu’elles ne le sont maintenant. Me restait donc les maths, la logique a toujours été quelque chose qui me passionne. Donc direction une fac de maths, où j’ai entraperçu mes premières lignes de code (OCaml, ça fera rire les connaisseurs). Puis une Licence de Comptabilité, pour les maths appliquées ! Si les comptables ne sont pas austères comme la légende le prétend, je voyais mon futur dans un domaine plus créatif. Je ne me suis pas trompé, j’adore ce que je fais !

Remi : Au sortir du bac Scientifique je ne savais pas vraiment quoi faire de mon avenir, j’ai opté par défaut pour des études de Droit à l’université, car la matière m’intéressait. Après quatre ans et une Licence en poche, j’ai compris qu’on ne pouvait s’épanouir dans le monde professionnel qu’en se passionnant pour son métier ; ma passion à moi c’était le jeu vidéo, ni une ni deux j’ai décidé de me réorienter. Il parait que faire des jeux c’est sérieux !

Un petit mot sur votre école : quels sont ses points forts et les qualités requises pour s’y insérer le plus facilement possible ?

Nous sommes étudiants à ISART DIGITAL, école du Jeu Vidéo, du Film d’Animation 3D et des Effets Spéciaux ; ses locaux sont situés à Paris Bastille et Montreuil.

À mon sens le principal point fort d’ISART est d’avoir organisé ses formations sur un rythme d’alternance, ce qui permet ainsi aux élèves d’intégrer le milieu professionnel rapidement. C’est l’occasion pour nous de renforcer nos acquis et on ne le dit pas assez, mais travailler en entreprise, ça s’apprend. Par ailleurs, nos professeurs sont tous des professionnels dans leurs domaines respectifs, ils mettent tout en œuvre pour nous transmettre leurs connaissances et surtout leur expérience.

Les qualités requises sont avant tout une grande motivation, une réelle passion pour le jeu et une certaine ouverture d’esprit.

Être étudiant dans le monde du jeu vidéo, c’est aussi idyllique qu’on le pense ?

Remi : Faire de sa passion son métier, c’est l’une des plus grandes chances que l’on peut avoir dans une société comme la nôtre. Ça ne peut pas être idyllique dans la mesure où il faut fournir un travail conséquent et parfois faire des sacrifices pour un retour sur investissement qui reste incertain, mais j’ai plus mal vécu mes années sur les bancs de la fac que celles à ISART Digital.

Alexandre : Comme Remi l’a très bien formulé, que son métier coïncide avec sa passion, c’est une immense chance. Et comme lui, mes années précédentes m’ont paru bien plus longues que ces deux années à ISART. Je ne me serais jamais vu bosser autant sur un projet, nuit et jour/semaine et weekend, dans le passé. C’est très stimulant, mais il ne faut pas avoir peur d’y mettre de sa personne.

Parlez-nous de DuelScreen. Quel en est le concept ?

DuelScreen est un jeu de stratégie/tactique dans lequel deux joueurs s’affrontent, face à face, sur une tablette tactile.
Prenant place dans un univers de dark fantasy, votre but est de vaincre le héros adverse, attaquant à l’aide de sorts et d’invocations, sans oublier de se défendre à l’aide de tourelles aux effets divers et variés.

DuelScreen, comme son nom l’indique, base son concept sur le thème du « duel ». Le thème compétitif par excellence.
Notre idée de départ était donc d’expérimenter un jeu pour gamers, avec un gameplay compétitif, sur ce jeune support (peu de jeux exploitent réellement la tablette autrement que comme une version « HD » du smartphone). L’enrobage « univers » est venu bien après, nous nous sommes concentrés sur le gameplay du jeu principalement.
Jeu qui est d’ores et déjà jouable sous android. Vous pouvez vous faire un avis sur notre jeu, et nous faire des retours. La phase d’équilibrage a commencé, et elle sera de longue haleine.

Quels outils et quel moteur de jeu utilisez-vous pour votre projet ?

Nous avons opté pour Unity3D qui est certainement un, si ce n’est le moteur d’avenir pour les petits et moyens développeurs. C’est un outil facile d’accès et réellement performant, soutenu par une forte communauté qui met à disposition conseils et plugins. Sinon comme tout le monde : papier, crayon, etc.

Mais ce qui nous aura certainement le plus rendu service, c’est Dropbox ! Vraiment très pratique pour mutualiser nos ressources et faciliter le travail de groupe.

Quelles sont vos inspirations principales, qu’elles soient vidéoludiques ou non ?

Si notre point de départ reste DotA et consorts, League of Legend (Riot Games) et Heroes of Newerth (S2 Games), nous avons également puisé beaucoup d’inspiration dans Kingdom Rush (Ironhide Game Studio). Pour l’ambiance dark fantasy, c’est du côté de « La Compagnie Noire » qu’il faut chercher, Adrien étant un grand fan du chef-d’œuvre de Glen Cook.

Quel est le plus grand défi à surmonter lorsqu’on se lance dans la création de jeu vidéo, en totale indépendance ?

Le plus grand défi dans la création d’un jeu indépendant est sûrement d’accroître sa visibilité.

Développer un jeu c’est à la portée de tout le monde pour peu que l’on dispose des compétences et des ressources nécessaires, mais avec l’avènement des plateformes mobiles et des stores Google et Apple (pour ne citer que les deux plus gros) il se trouve que de plus en plus de développeurs prennent conscience de cette facilité. La concurrence est donc plus que rude et il ne suffit malheureusement pas qu’un jeu soit bon pour en faire un succès. J’imagine que c’est là que Game Side Story intervient ! Il faut faire parler de son jeu, le vendre (souvent le sur-vendre) pour espérer le faire émerger de la masse…

C’est quand on doit passer par cette étape que l’on prend conscience de sa nécessité et de sa difficulté.

Quelle est l’originalité première, l’élément de votre jeu qui vous semble être assez important pour faire toute la différence face à la rude concurrence ?

L’élément qui fait la différence sur DuelScreen est la jouabilité en multijoueur sur tablette.
Le jeu offre au joueur une expérience multijoueur renouvelée : un face à face vidéo-ludique sur une même tablette.
Avoir son adversaire en face de soi ne procure pas les mêmes sensations que le jeu en ligne. Qui préfère jouer en ligne à Mario Kart plutôt qu’avec des potes sur son canapé ?
Et tous les coups sont permis ! (traces de doigt sur l’écran comprises)

Une autre fonctionnalité découlant de cet élément, qu’on n’a pas encore mise en avant car elle est au tout début de son développement, est la possibilité de sauvegarder son profil en ligne, afin de pouvoir jouer avec son compte sur n’importe quelle tablette. Ceci afin de garder ce multijoueur en local

Comment abordez-vous ce concours : plutôt sereinement, comme un sympathique challenge, ou il y a t’il une véritable pression derrière toute la bonne humeur que vous communiquez sur votre blog ?

Aucune pression pour ce concours si ce n’est celle, émergente, de la compétition. Ce projet est notre projet de fin d’études et la réelle pression reste celle de la deadline imposée par l’école. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne nous y sommes pas investis !

À la vue de nos moyens et de la qualité des projets en lice, nous ne nous faisons pas d’illusion quant à nos chances dans la catégorie Grand Prix, de toute évidence nous ne remporterons pas non plus le Prix du public… Mais depuis le début, nous visons clairement la catégorie Mobile car ce support est le cœur de notre projet.

Reste à voir sur quoi pourra bien se baser le jugement du jury, c’est un peu la grande incertitude.

Êtes-vous content de la mise en avant des Hits Playtime par les différents médias (spécialisés ou non) ou pensez-vous qu’il y a encore de gros progrès à faire de ce point de vue ?

Les organisateurs de ce concours font un travail exceptionnel et on ressent de leur part une forte volonté et un engagement auprès de la communauté des étudiants du jeu vidéo.
En revanche je trouve qu’il reste fort à faire du côté des médias spécialisés pour mettre en avant la jeune création. Game Side Story fait un peu office de pionnier en la matière avec le suivi du concours Hits Playtime, mais à part ça c’est assez anecdotique. Concernant les médias généralistes … s’il n’y avait que le jeu vidéo qui était traité par-dessus la jambe…

Soufflons un peu : quels sont vos “jeux de chevet” aujourd’hui ?

Remi : Witcher 2, Dark Souls

Alexandre : Diablo III, qui permet de bien terminer une journée de boulot. Et dès que j’ai plus de temps, je retourne sur The Binding of Isaac pour tester l’extension !

Et vos jeux cultes ?

Remi : Final Fantasy VII, Read Dead Redemption, Deus Ex, Dark Souls, Star Wars : Rebellion (ouais !), la série Total War

Alexandre : Alerte Rouge, Donkey Kong Country, Metal Gear Solid, Chrono Trigger et Diablo II.
Et dans la dernière décennie : God of War, Mass Effect et The Binding of Isaac récemment.
Et non, nous ne sommes pas des fous de DotA :p

Bonne continuation pour la suite des événements et bonne chance pour la fin du concours !

Merci de votre soutien cette année encore ! On en profite pour vous dire que c’est loin d’être la fin pour DuelScreen…

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

Skywilly

Skywilly

Rédacteur en chef collectionneur de Skylanders et qui passe beaucoup trop de temps sur ces briques Lego. Heureusement qu'il y a des petits jeux pour s'évader ! Auteur de Le jeu vidéo indépendant en 2015 : Portraits de créateurs

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