Long Live The Queen

Long Live The Queen

L’apprentissage du règne n’est pas chose aisée, en particulier lorsque l’on est encore une jeune fille de quatorze ans, à qui la couronne est promise suite au décès de sa mère. C’est pourtant ce que nous propose Long Live The Queen, au travers d’un jeu se présentant sous la forme d’un visual novel lorgnant fortement sur le RPG. Une bonne surprise ?

Girl power

Hanako Games est un studio indépendant fondé par Georgina Bensley, spécialisé dans les jeux dits « pour filles », mais mettant un point d’honneur à ne pas les réduire à des stéréotypes rose tournant autour de licornes ou autres clichés faciles. Les productions du studio prennent généralement la forme de visual novels à l’histoire travaillée, dans des univers souvent proches de la fantasy. La plupart du temps, leurs jeux mettent en scène un personnage central féminin, maître de son destin. Long Live The Queen n’échappe pas à la règle, et reprend les critères habituels du studio : design mignon proche du shojo, une jeune héroïne, des mécaniques proches du RPG, et surtout une histoire qui se construit à travers les choix du joueur. Un cocktail plutôt attrayant dans un enrobage original, puisqu’il est malheureusement encore trop rare de jouer à des jeux à l’orientation féminine.

You shall be queen

Elodie est encore une jeune princesse lorsque sa mère décède dans un tragique accident. C’est donc prématurément qu’elle va devoir se préparer à prendre la couronne et monter sur le trône, à quitter l’enfance royale et insouciante pour se frotter aux machinations politiques, et à tout évènement rythmant la vie du royaume. Et ils sont nombreux, ces évènements : de l’apparat social aux demandes de mariage politique, des complots d’assassins mystérieux aux dangers de la guerre civile, de la gestion du trésor aux sollicitations judiciaires, il va falloir apprendre vite et se montrer efficace sur tous les fronts. Les dangers sont en effet légions, et Elodie devra protéger aussi bien sa crédibilité en tant que future reine, que tout simplement sa vie. Et les choses se compliquent encore lorsque la magie vient mettre son nez dans toute cette histoire…

L’importance de l’apprentissage

Long Live The Queen raconte l’histoire d’un apprentissage, et c’est donc tout naturellement que l’apprentissage se retrouve au cœur du gameplay. Car en dépit de l’habillage visual novel, le jeu de Hanako Games donne une grande marge de manœuvre au joueur pour écrire l’histoire d’Elodie. Il s’articule en phases de jeu d’une semaine, chacune construite sur le même modèle : la princesse décide des matières qu’elle va étudier au cours de la semaine (une pour les matinées, une autre pour les après-midi), puis se déroulent les évènements du scénario. Enfin, Elodie choisit l’un des lieux du domaine royal pour y passer un peu de temps, ce qui influe sur son humeur.

L’état d’esprit est en effet un élément capital, puisqu’il conditionne la qualité de l’apprentissage. Il est matérialisé par quatre jauges oscillant entre quatre couples de sentiments (colère/peur, joie/déprime, directivité/complaisance, stress/solitude). La position de ces jauges entraîne des bonus ou des malus lors des phases d’étude, en impactant un multiplicateur spécifique à chaque catégorie de cours, qui permet de progresser plus ou moins vite. Et il y a le choix. Au total, ce ne sont pas moins de 42 compétences qui sont disponibles, regroupés par 3 dans 14 catégories distinctes (par exemple, la catégorie Conversation regroupe les compétences Discours Public, Manières de la Cour et Flatterie). Le multiplicateur agit au niveau de la catégorie, mais les compétences devront bien être apprises individuellement, sachant qu’en fonction de l’état d’esprit d’Elodie un bonus peut très bien être négatif et l’empêcher purement et simplement de progresser dans une discipline donnée. En revanche, l’entraînement porte ses fruits, puisqu’à mesure que la princesse apprend, les points récoltés dans une compétence viennent modifier positivement le multiplicateur. Autrement dit : plus on apprend, plus il est facile d’apprendre.

Tout est affaire de choix

Que deviendra Elodie ? L’histoire est ce que le joueur choisit d’en faire, même si, dans un premier temps, il n’est pas tout à fait conscient des conséquences de ses choix. Ceux-ci concernent tout d’abord les compétences : Elodie s’épanouira-t-elle à travers la danse et le chant ? A travers le maniement des armes ? Sera-t-elle une experte en économie ou en histoire, afin de pouvoir gérer le royaume au mieux ? Ou bien s’appliquera-t-elle dans les arts de la magie ? Ou tout cela à la fois ? Bien sûr, il ne sera pas possible de progresser partout, et il faudra prioriser soigneusement ses séances d’étude. Lors des phases scénaristiques, un message indique les tests de compétence effectués et leur réussite (ou leur échec). Si lors d’une première partie il est impossible de prévoir à l’avance les évènements qui vont survenir et donc de se préparer en conséquence, ces indications ouvrent la voie à une rejouabilité extrêmement poussée : le joueur sait alors à quoi s’attendre pour un second run. Ou presque : la réussite ou l’échec d’un test peut entraîner l’apparition (ou non) d’un autre, ou bien certains choix scénaristiques seront disponibles ou non selon les disciplines maîtrisées, et ces choix entraîneront eux aussi des tests distincts… Les embranchements sont multiples et l’exploration du jeu, pourtant assez court si on n’y joue qu’une seule partie, demandera un certain investissement.

Replay value

L’écran-titre de Long Live The Queen annonce déjà la couleur : un menu Checklist expose fièrement les différentes fins à atteindre, les différents achievements à débloquer… et les différentes morts à expérimenter. Comme une invitation, les possibilités du jeu s’annoncent, et le joueur n’a plus qu’à aller les débusquer. Le game over même devient alors un objectif : Elodie peut mourir empoisonnée, poignardée, défaite au cours d’un duel… Elle peut être renversée par des traîtres à la couronne, ou être contrainte de soumettre le royaume… Finalement, on n’écrit pas l’histoire de cette princesse : on l’écrit, puis on la réécrit, encore et encore. On apprend le jeu autant qu’Elodie apprend à devenir reine.

Le rythme et la longueur du jeu ne rebutent pas et encouragent au contraire à lancer une nouvelle partie, à se dire « très bien, voyons ce qui se passe si je mets le paquet sur les compétences militaires cette fois ». On franchit un obstacle, on découvre un nouveau pan de l’histoire, on prend une décision qui modifie ce qui s’était passé lors de la partie précédente… Et finalement, tout repose toujours sur une chose : le choix d’Elodie. D’une certaine façon, Long Live The Queen est un RPG, bien plus que la plupart des titres arborant cette appellation.

Finalement, le chara-design très convenu et les tons roses tranchent un peu avec l’ambiance du jeu, tout en étant en totale cohérence avec lui : ces éléments graphiques symbolisent en quelque sorte l’innocence d’Elodie lorsque le joueur en prend le contrôle, et il va apprendre avec elle (ou elle avec lui) ce qu’il faut faire pour parvenir au couronnement. Alors oui, la musique est répétitive, il y a peu d’artworks et tous les écrans sont fixes. Mais dans son ensemble, Long Live The Queen est un jeu addictif aux multiples possibilités, très bien construit, qui mérite largement qu’on s’y essaie.

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