Sword Daughter

N’avez vous jamais rêvé de vivre une romance avec un elfe ? Non ?! Comment ça non ?! Eh bien ouste ouste passez votre chemin, il n’y a rien à voir car ce Sword Daughter adapté d’un livre de type “Choisir son aventure” sorti en 1980 vous offrira des câlins, des bisous, des orcs et euh… des bisous. Allez j’exagère un peu mais lisez donc et vous comprendrez mon point de vue !

La jeune fille et l’elfe contre le monde

La jeune et téméraire Tyrna voyage avec son père, un chevalier respecté, à travers des terres arides regorgeant de viles créatures. Après que le campement ait été attaqué par une horde d’orcs, Tyrna est sauvée par Gavin, un semi-elfe parti en quête pour comprendre pourquoi la rivière sacrée s’assèche de plus en plus. La jeune fille veut quant à elle se venger de ces orcs qui ont décimé le camp et sauver les caravaniers qui faisaient route avec eux. A vous de faire les bons choix pour satisfaire les deux protagonistes et libérer les innocents des griffes des monstres qui hantent ces contrées.

De nombreux embranchements et une interface pratique

Un menu extrêmement pratique permet de retourner à un moment précis de l'aventure.
Un menu extrêmement pratique permet de retourner à un moment précis de l’aventure.

Ce qui est assez étonnant avec Sword Daughter, c’est que le but ne réside pas dans la complétion du jeu mais plutôt dans l’exploration des différents embranchements de l’aventure. Ainsi j’ai bien été surprise quand au bout de 20 minutes de jeu j’ai atteint la fin ! Enfin on ne peut pas dire “la fin” car il y a différentes routes, différents choix qui au total aboutiront à pas moins de 22 fins. Heureusement, la découverte de ces différentes fins est encouragée d’une part par une histoire qui va être différente (ce n’est pas parce que les caravaniers étaient retenus captifs par les orcs qu’ils le seront à chaque fois), par des textes différents (vous repassez à des endroits connus, certes mais vous aurez droit à un nouveau texte à lire à chaque fois), et d’autre part par un bouton Skip qui permet d’avancer rapidement de choix en choix et par un menu très pratique qui permet de retourner à une section précise de l’aventure pour y faire un choix différent. On peut d’ailleurs y voir en vert les choix réalisés et en rouge les choix non explorés. Plus besoin d’écrire sur une feuille les choix effectués et en cela le jeu est plus accessible aux joueurs qui ne sont pas rompus à ce genre classique.

Ô Amour ! Quand tu nous tient (et que tu ne nous lâche plus)

Tous les chemins mènent à la romance.
Tous les chemins mènent à la romance.

Le scénario de Sword Daughter est en effet très classique et mêlera orcs, elfes, dragons, trolls et j’en passe. Un univers héroïc-fantasy qui pourtant n’est pas aussi fouillé qu’il n’en donne l’impression. Étant donné que les parties sont courtes il est compréhensible qu’on ne rentre pas trop dans les détails cependant, l’effet pervers de cette simplicité scénaristique réside dans le fait qu’on va se retrouver avec des personnages peu profonds, pas très travaillés, à la personnalité très manichéenne. Le gentil elfe tout beau, le méchant orc qui pue, la jeune fille courageuse qui fonce tête baissée (mais heureusement le bel elfe est là pour la sortir des mauvais pas). Ah, ça respire un peu la naïveté tout ça d’autant que les relations que les personnages peuvent entretenir sont trop rapides et exagérées.

Il va vite en besogne, le bougre !
Il va vite en besogne, le bougre !

Même si je joue rarement à des jeux de type Visual Novel j’ai plutôt l’habitude des romances lentes, ennuyeuses à mourir avec des fillettes qui rougissent, des garçons embarrassés et un petit bisou au bout de 7h de jeu. Ici ce n’est pas le cas, dès la rencontre avec Gavin on sent qu’il y a romance dans l’air. Selon vos choix il pourra y avoir câlins et embrassades au bout de 10 minutes ! C’est un tantinet trop brusque, l’histoire en prend un coup car elle en devient superficielle et peu réaliste par rapport à la situation (embrassons-nous alors que papa vient de mourir ou faisons une pause bisou en pleine fuite face à des orcs pas franchement sympathiques). Ça reste gentillet et mignon mais c’est trop forcé, pas moyen d’éviter la romance, nos choix seront purement liés à l’aventure en soi. Il ne faut pas se plaindre non plus, il est assez agréable d’explorer les différentes options, de fuir devant le dragon, de sa cacher ou de se mesurer à lui puis de recommencer et de voir quelle sera la conclusion de l’aventure avec un choix différent. Le bon point est aussi qu’une fois la fin atteinte il nous est tout de suite proposé de modifier notre choix final, bien vu !

Une héroïne trop effacée au profit d’un elfe trop parfait

Le problème qui réside aussi dans cette romance et dans finalement ce qu’on aura tôt fait de comprendre, c’est qu’on a l’impression d’avoir deux protagoniste, deux héros. L’elfe occupe une place trop importante et notre héroïne parait fade, naïve et secondaire à ces côtés. D’ailleurs Gavin prendra beaucoup d’initiatives auxquelles on ne pourra pas couper court et on sera parfois spectateur de ses exploits, ou pire, laissés derrière pendant qu’il effectue son plan. On garde un peu en travers de la gorge l’idée que le mec cool, c’est lui, nous on est juste le boulet qu’il se traine. Toujours là où il faut, toujours fort et courageux, Gavin est trop parfait et cette histoire n’est pas assez tragique à mon goût. Je ne demande pas aux scénaristes d’être plus sadiques mais juste plus réalistes et de ne pas faire apparaitre Gavin à chaque fois que la demoiselle est en détresse.

Classique sur le fond comme sur la forme

Les artworks peints à la main sont globalement bien réussis.
Les artworks peints à la main sont globalement bien réussis.

Au niveau artistique, Sword Daughter s’en tire bien grâce à ses artworks peints à la main maitrisés. Ce style un peu flou et ces personnages aux traits classiques donnent un rendu qui parait ancien et qui convient parfaitement à ce jeu adapté d’un livre des années 80. Les quelques titres de la bande-son sont satisfaisants et accompagnent bien les péripéties de nos héros bien qu’il n’y ait pas de thème mémorable non plus.

Pour les francophones, la durée de vie du jeu variera entre 4 et 6 heures selon votre maitrise de l’anglais et votre usage abusif ou parcimonieux du bouton Skip et du menu des différents embranchements. Attention car jeu dans la veine classique signifie aussi anglais assez soutenu avec un vocabulaire qui pourra être complexe pour ceux qui ne se sentent pas trop à l’aise avec la langue.

Au final, Sword Daughter est un jeu plaisant, très classique dans l’âme et offrant de jolis artworks ainsi que de nombreux choix qu’il convient d’explorer. Toutefois une trop grande superficialité se dégage de cette histoire avec ses personnages peu profonds, ses relations irréalistes et ses situations bien trop favorables aux protagonistes. Ceux qui recherchent une aventure épique avec du sang et des larmes peuvent passer leur chemin car ils auront droit à une romance et, malgré des rencontres dangereuses, ils n’éprouveront jamais de peur pour leurs héros.

Kitsune-Musume

Ancienne amasseuse compulsive de jeux boite, j'aime à me perdre désormais sur les terres fertiles de l'indépendant. Gameuse à tendance no-skill/casu/basheuse de la touche X, testeuse de résistance mentale aux low-framerates avec ma vieille (mais fidèle) brouette connectée, j'aime les armes lourdes et badass, les univers immersifs et les scénarios bien ficelés. A l'inverse, j'ai horreur des jumpscares (flipette de catégorie 3), je fuis les collectes poussives de piécettes et je recule devant mes devoirs de rédaction d'une biographie.

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