Hearts of Iron IV

La sortie d’un jeu Paradox Studio est toujours un petit événement. C’est ici au tour de la franchise Hearts of Iron de subir son lifting périodique. Rappelons le principe aux néophytes, résumons HOI à un jeu de stratégie qui vous permet de chausser les guêtres confortables de n’importe quel chef d’état de 1936 à la fin de la seconde guerre mondiale. La précédente itération, sortie en 2009, avait souffert d’une sortie catastrophique (bugs), mais surtout d’un positionnement à cheval : HOI III était un jeu complexe et nécessitant une longue période d’apprentissage que beaucoup de joueurs, habitués aux autres jeux Paradox, plus simples, n’avaient pas la volonté de la suivre.



Une carte pas nette

Ainsi, pour ce quatrième opus Paradox est confronté à l’équation suivante :

  • D’une part contenter les joueurs qui ont aimé l’expérience Hearts of Iron III
  • Réconcilier les rebutés du micro management d’autre part
  • Et enfin se rendre sexy auprès de toute une masse de nouveaux clients arrivés avec la « nouvelle génération » de jeux de stratégie, plus simples d’accès à l’instar de Crusader Kings et Europa Universalis.

C’est donc le choix de la « streamlinisation » qu’avouent avoir choisi les développeurs, comprendre un dégraissage des fonctions clivantes. Le premier aspect de ce choix est l’abandon de la carte 2D pour une jolie carte en 3 dimensions, bardée de reflets et remplies d’animations. Ces cartes en 3D sont très agréables à utiliser dans Crusader Kings 2 ou Europa Universalis IV où l’on ne contrôle jamais guerre plus de 4 pions/armées, mais sur un jeu où l’on contrôle souvent plus de 200 divisions, la clarté devrait être de mise. En désactivant les pions en 3D au profit des symboles OTAN et en enlevant le cycle jour nuit, on enlève une bonne partie de ces distractions visuelles, l’habitude faisant le reste. Il n’empêche, plus beau ne veut pas toujours dire mieux, l’esthétique nuisant parfois à l’efficacité.

L’excellente interface à elle été conservée et perfectionnée, purgée de sa mini carte (pourtant pratique mais dispensable). Le log et les Pops up ont aussi cédé leur place à un système de notification par icônes, appréciable mais trop discret dans le feu de l’action, ce qui peut donc vous faire rater un débarquement sur un front secondaire.

Tout est accessible assez facilement via la souris et les inévitables raccourcis clavier sont de la partie pour ceux qui veulent.



Patton ne micromanage pas

Pour ce qui est du gameplay, Paradox a décidé de prendre de la hauteur. En effet, beaucoup de micro management a été retiré par rapport à HOI III. Nous verrons que les aspects stratégiques comme la production ont reçu plus d’attentions que la simple tactique. C’est parfois franchement heureux comme avec l’aviation, où l’on assigne désormais en quelques clics des centaines de chasseurs au-dessus de la manche. Auparavant, l’équivalent de cette manœuvre était fastidieux voire pénible.

C’est surtout Le cauchemar de certains, l’ordre de bataille, qui a été supprimé. Expliquons, sur le troisième opus le joueur pouvait classer ces unités dans une hiérarchie de six groupes allant du corps au groupe d’armée. Cela faisait certes très fouillis à l’écran, et souvenons-nous de ces longues minutes en début de partie où il fallait trier nos dizaines de petits pions et placer un général sur chacun deux. Par contre une fois fait, un clic pouvait nous permettre d’amener exactement les divisions que l’on voulait où on le voulait.

Ce temps est révolu, pour le meilleur et pour le pire. Un général pour une armée, et une infinité de divisions par armée est possible. C’est donc un système plus simple mais on reproche ici à Paradox de ne pas s’être plus creusé la soupière pour offrir le meilleur des deux mondes.



Inintelligence Artificielle

 Cela nous amène à parler des combats, toujours dans ce souci de prendre de la hauteur, les développeurs ont concocté un système de plans de batailles interactifs, afin de combattre sans avoir à déplacer une multitude de pions, ce qui reste possible mais certains bonus vous échappent alors.

Le seul problème est que l’IA du titre n’est pas digne d’Alphago et qu’on hésite à lui donner les rennes de nos armées rutilantes pour aller faire n’importe quoi. Celle des ennemis n’est pas meilleure cela dit, Paradox ayant refusé de la faire tricher. Ce marasme décisionnel laisse l’impression d’une sortie précipitée -c’est sans doute le cas- mais il y a plus.

Le véritable changement d’HOI se situe dans la diplomatie, partant du postulat que la seconde guerre mondiale n’est pas drôle à jouer si on connaît les rebondissements, les évènements ont été réduits à portion congrue. La liberté d’action pour le joueur est très grande, sûrement trop. Les situations loufoques se multiplient, les USA peuvent devenir communistes en un an, la guerre peut éclater en avance ou en retard, et chacun de ses évènements amorce des effets papillons démesurés.

En pratique, c’est très amusant, mais d’une part l’IA ne peut pas gérer une telle boite de pandore, et d’autre part la tâche n’en est que plus aisé pour nous humains. Simplifier son invasion ? Pourquoi ne pas déclencher un coup d’État à cet endroit pour occuper l’IA ? (Qui de toute façon peut abandonner le front un peu sans raison dans l’état actuel). Jouer les petits pays devient simple, Hitler va-t-il attaquer une Pologne communiste ? Si vous cochez la case « focus historiques pour l’IA » vous retrouverez une expérience plus proche du 3, mais rien ne vous empêchera d’abuser, donc auto discipline sera de rigueur si vous voulez garder un challenge.


J’ai testé le jeu en solo et en multi joueur (cette dernière expérience était plus convaincante) et l’un dans l’autre, HOI IV est un meilleur jeu sur tous les plans par rapport au précédent, sauf sur un point, le combat. Ce qui est embêtant pour un jeu vendu comme un wargame. On peut raisonnablement espérer que Paradox fasse évoluer le jeu comme à leur habitude pendant plusieurs années, et c’est heureux. Mais je m’interroge, arriveront-ils à régler des problèmes qui semblent découler de la philosophie même du titre ? On pourra tout de même saluer un point de vue intéressant, où la seconde guerre mondiale est vue comme un conflit logique et non un cataclysme écrit dans les astres.

1 réflexion au sujet de « Hearts of Iron IV »

  1. Je n’ai surement pas le même avis sur le jeu, que j’ai trouvé plus que bon. Sans doute aussi parce que je n’ai pas été grand fan du troisième, et encore moins des précédents. C’est sans doute la séries de Paradox avec laquelle j’ai le plus de mal.

    En tout cas, c’est intéressant de voir que des personnes pensent que la carte serait trop « belle ». Pas sûr que cela suffise à faire taire ceux qui critiquent mes « jeux de cartes ».

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