Ken Follett’s The Pillars of the Earth

Les Piliers de la Terre est l’adaptation en jeu d’aventure du best-seller littéraire de Ken Follet, sorti à la fin des années quatre-vingt. Celui-ci prend place dans le royaume loin d’être encore uni se trouvant de l’autre côté de la Manche. Roman historique prenant tout de même ses libertés avec l’Histoire, il nous plonge en plein XIIème siècle, dans les tourments qui vont entourer la construction d’une cathédrale.



Hommes de peu de foi

Les Pilliers de la Terre se situe dans la zone de confort habituelle de Daedalic en étant un jeu d’aventure bien que plus porté par sa narration et les décisions minutées, que les énigmes, toujours présentes mais en faible quantité et surtout très simples. Une formule qui ne sera pas sans rappeler les productions du californien Telltale, avec lequel la comparaison semble presque inévitable, d’autant plus que les sept chapitres de ce premier épisode disponible sur trois, se terminent également sur un bilan des choix que vous aurez formulés aux moments-clés de l’intrigue. Ne nous voilons pas la face, car si en théorie nos décisions semblent s’inscrire dans l’idée d’un jeu ouvert et conséquentiel, on se demandera ultimement si il nous est réellement possible d’influer sur une histoire existant déjà sur le papier.

Je m’étendrai volontiers sur la qualité de sa réalisation avec ses décors magnifiquement retranscris sous un coup de pinceau talentueux. Les personnages ne sont pas en reste, s’affichant sous des contours noirs et des couleurs en accord avec les décors évitant toute dissonance entre les deux. Le mélange fonctionne bien, malgré une animation limitée dans son expressivité corporelle, donnant un aspect de livre illustrée vaguement animé, mais animé tout de même. Une bande-son enveloppante parachevant le tout avec brio confine, comme souvent chez Daedalic, à un jeu ayant une véritable personnalité, dans son esthétique tout du moins.

Le doublage reste lui aussi excellent, avec une belle variété de voix (en anglais) sachant donner vie à leurs personnages. On regrettera peut-être quelques légers temps morts entre les lignes de dialogue de chaque personnage, comme si le jeu avait parfois du mal à les charger rapidement. Cela donne quelques flottements qui détruisent alors un peu le rythme de certaines conversations. Un détail mineur qui en général a pourtant valeur à me faire tiquer. Mais dans son ensemble, il reste une réussite sur cet aspect.



Pax et justitia

Son interprétation du livre reste assez fidèle et surtout un défi. Les Pilliers de la Terre est un roman complexe et riche de lignes narratives qui s’entrecroisent, puisqu’il n’y a pas de personnage véritablement central, seulement quelques individualités qui peuvent être discernées très rapidement de par leur importance dans l’histoire. C’est ainsi que tour à tour nous sommes amenés à explorer cette Angleterre du 12ème sous le prisme de divers personnages ayant chacun leurs propres motivations. Bien que se reposant sur un contexte historique, le roman comme son adaptation vidéo-ludique ont pris leurs libertés quand il s’agit de l’histoire avec un grand H. Celle-ci tourne par ailleurs autour de la construction d’une cathédrale dans le village fictif de Kingsbridge, et des tourments qui vont accompagner cet événement majeur. Drame humain donc, mais également roman historique jouant sur les relations politiques entretenues entre le pouvoir de la noblesse et l’Église. Ces piliers bien que vieux de plusieurs siècles, sonneraient presque par moment comme actuels, démontrant quelque part que certaines mauvaises habitudes ne changent jamais complètement. Ils nous permettent ainsi de comprendre que au-delà du rapport spirituel qu’entretient l’Église avec ses ouailles, son rôle politique comme économique était aussi important, si ce n’est plus.

Ce premier épisode composé de sept chapitres est cependant encore assez loin de la construction de la cathédrale en question qui va déchaîner toutes les passions dans ce petit microcosme communautaire. Il est en vérité long de cinq à six heures et joue principalement un rôle d’exposition. C’est ainsi que l’on fera connaissance de ses acteurs majoritaires et des implications à venir. On retrouve alors Tom le bâtisseur dont le rêve de toute une vie est de justement pouvoir laisser son nom dans la réalisation d’une majestueuse cathédrale. Le père Philip sera malgré lui propulsé sous le feux des projecteurs et instigateur de sa construction, tout en le mettant en rivalité avec son évêque, et par conséquent supérieur dans la hiérarchie ecclésiastique. Jack, jeune garçon un peu sauvage, vivant en hors-la-loi avec sa mère dans la forêt se retrouvera également mêlé à tout cela au même titre que Aliena, la fille du comte de Shiring au début de cette aventure. Si il y a toute une galerie de personnages, seuls le père Philip et Jack seront véritablement jouables dans ce premier épisode, même si Aliena devrait tenir un rôle plus important par la suite.

Le principal intérêt des Piliers de la Terre est sa capacité à captiver son public par une ambiance unique et son fameux contexte d’une Angleterre en proie à une guerre de pouvoirs entre ses différents prétendants au trône. Cependant ce conflit d’ordre politique est principalement là pour souligner celui plus local prenant place à Kingsbridge entre son prieur et son évêque. L’utilisation de l’Histoire sert avant tout à renforcer la crédibilité de son petit monde, notamment en insistant sur le rôle de l’Église dans les campagnes de l’Angleterre à cette époque. Les moines n’étaient pas seulement des hommes de foi et des érudits, mais aussi des acteurs importants de l’économie en tenant un rôle central dans la vie des villes et villages d’alors. L’implication de l’évêque Waleran Bigod dans les affaires politiques montre également quelle importance l’Église pouvait avoir sur le pouvoir en place, en jouant ses préférences sur qui soutenir au trône afin de mieux servir ses propres intérêts au final.

L’autre facette moins directe de ces manigances politiques se retrouvent au travers du spectre des conflits armés qui interviennent souvent au détriment des petites gens. C’est en montrant les conséquences des décisions de chacun des acteurs de cette histoire, aussi bien au niveau macro que micro, que les Piliers de la Terre parviennent à nous offrir un récit qui a du sens et de l’importance, toujours aujourd’hui. Le père Philip en sera le premier témoin en se sentant coupable de certains de ses choix, lui qui pourtant ne souhaite que le meilleur pour son prochain. Ce qui avait fait le succès du livre est donc présent en nous montrant des personnages bien développés et humains. Le scénario est intelligemment construit et montre les différents fils narratifs et leurs interconnections entre eux. Le scénario est riche de ces interactions et de la force de caractère de ses personnages qui le rende finalement si prenant.


Cette première partie des Piliers de la Terre tient plus un rôle introductif qu’autre chose, certes, mais parvient en fin de compte à mettre en place ses personnages et les différentes intrigues qui s’y dessinent. Le tout se trouvant superbement entouré par un magnifique écrin de beauté esthétique qui sonnerait pourtant creux sans la construction d’un contexte historique, politique et économique crédible. Pour les lecteurs du livre, c’est à se demander s’il y a aura vraiment de quoi les surprendre dans cette aventure, si ce n’est d’apprécier cette très jolie retranscription numérique du roman de Ken Follet. Les deux dernières parties viendront confirmer ou non ce premier avis positif, mais en attendant, le résultat est encourageant.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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