Marvel’s Spider-Man

Qui attendait le tisseur sur un nouveau jeu vidéo, franchement ? A part les joueurs ayant adoré les mondes libres Spider-Man 2 et Ultimate Spider-Man de l’ère PS2/Gamecube/Xbox ? Excepté les fans des films Marvel conscients que les jeux de la firme ne sont pas aussi bien formatés ? Mis de coté ceux qui aiment le travail d’Insomniac et les promesses d’une exclusivité Sony qui tirerait complètement parti d’une console qui se porte plus que bien sur le marché ? Bon, d’accord, tout le monde attendait Marvel’s Spider-Man et c’est avec beaucoup de curiosité, sans craintes particulières, qu’il a fallu se plonger dans ce jeu.


Le mode Photo fait honneur à ce costume “Vintage”, absolument sublime.

Insomniaque arachnide

Il y a le MCU au cinéma : le Marvel Cinematique Univers (je l’ai francisé pour votre plus grand plaisir). Chez Sony, on a bien conscience qu’on est parti pour créer le MGU et je n’ai pas besoin de vous détailler l’acronyme. Un monde Marvel de jeux-vidéo liés entre-eux, voilà une utopie que les fans aimeraient bien voir se réaliser. Marvel’s Spider-Man est le premier et s’ouvre directement sur des bases plutôt originales pour un jeu du genre. Pas d’histoire d’origines du super-héros : Spidey est l’homme araignée que tout le monde connait, seules quelques variantes viennent placer le contexte avec une Tante May qui s’occupe d’un refuge pour sans-abris, plein de nouveaux looks et surtout, un univers dont Insomniac a fait absolument ce qu’il voulait.

Donnons un exemple concret pour les fans : Shocker à un nouveau costume, Vautour a déjà fait des siennes, Osborn est maire mais Octopus n’existe pas encore. Mary Jane est séparée de Peter Parker, Oncle Ben est bien mort, mais Jameson n’est plus au Daily Bugle et s’occupe d’une émission de radio (qui vous servira de podcast intempestif tout au long du jeu). Bref, on fait ce qu’on veut avec ce qu’on a et qu’on soit fan ou non de l’univers, qu’on le connaisse déjà, un peu ou pas du tout, on s’y retrouve très vite et on y découvre toujours de nouvelles choses. C’est déjà un plus.

Après une introduction pétaradante, c’est l’occasion de rapidement découvrir ce qui va faire la vingtaine d’heures de jeu (pour un petit 90% de complétion bien senti). Des cinématiques absolument saisissantes de qualité mettent en avant un moteur visuel très moderne. Avant même qu’on puisse se balader dans une ville de New York aux éclairages et reflets incroyables de réalisme, on a déjà le droit à plusieurs séquences bouche bée ou les acteurs en 3D nous font dire que nous ne sommes pas devant une énième adaptation rapide. Marvel’s Spider-Man exploite à fond ce qu’on peut faire actuellement en termes de jeu vidéo et c’est un pur plaisir de le découvrir.



Spider-Man : New York City

Ce qui est moins intéressant à découvrir, par contre, ce sont les mécaniques. Tous les grands habitués du jeu vidéo, particulièrement de celui de super-héros, seront prévenus : les cinq premières heures sont très compliquées à digérer. On commence par la découverte de QTE incessants à chaque cinématique pour conclure l’introduction par la découverte d’un système de combat « à la Mark of Kri », surtout connu pour son évolution dans la série des Batman de Rocksteady. Sorte de jeu de boutons à axes définis par les ennemis à l’écran, le jeu propose donc une touche pour frapper, une autre pour tisser, une troisième pour esquiver et une autre pour sauter. Ces quatre touches auront toutes leur moment d’importance et d’enchaînement en combat, avec une caméra centrée sur le personnage qui demandera au joueur de diriger Spidey vers l’ennemi qui aura le droit à la castagne en règle.

Faut jeu de rythme de baston, vrais systèmes simplifiés d’enchaînement de coups en fausse liberté, ce principe permet surtout aux développeurs de proposer des chorégraphies léchées et spectaculaires. Sauf que pendant les premières heures de jeu, Marvel’s Spider-Man est surtout un pur moment de frustration ou les gros défauts du gameplay (une caméra trop fixe, des automatismes scriptés qui oublient parfois de se déclencher) sont omniprésents, laissant croire à de la baston monotone et lourde. Il va falloir obtenir des jetons (on y reviendra) et les dépenser dans un arbre de compétences bien sympathique pour voir la baston s’améliorer et devenir le magnifique ballet de mandales qu’il sera en fin de jeu. Cela n’en fera jamais autre chose qu’un jeu très inspiré des Batman de Rocksteady, mais il aura au moins sa propre philosophie de chorégraphies.

Au-delà de missions de scénario oscillant entre le purement narratif (ou on se balade au rythme des dialogues) et l’action scénarisée et scriptée (et ce n’est jamais un inconvénient), Marvel’s Spider-Man parvient à proposer un scénario rempli de gentils et de méchants très charismatiques, sans qu’aucun personnage ne semble mal écrit ni mis de côté. Certaines phases de jeu vous permettront même de jouer d’autres personnages que Peter Parker et si leur gameplay n’est pas dingue d’amusement, il amène de très belles séquences « hors Spider-Man » qui nous remet un peu de contexte et d’humanité dans certains combats.

Loin d’être écrit comme un chef d’œuvre, l’histoire de Marvel’s Spider-Man bénéficie surtout de ses personnages incroyables de réalisme et d’humanité. C’est sans aucun doute la réussite de ce jeu : on a vraiment envie de prolonger l’histoire, on se doute de ce qui va arriver et pourtant on veut savoir, on veut découvrir avec les personnages les tenants et aboutissants de ce beau sac de nœud scenaristique. Et surtout, certaines montées en puissance dans l’écriture de personnages emblématiques transportent le joueur dans un univers auquel on croit réellement. L’écriture d’Otto Octavius, particulièrement, est bluffante.



Systèmes vieillots ?

Des jeux de Rocksteady, Spider-Man ne reprendra pas que le gameplay des combats. La ville est jonchée de plusieurs missions annexes assez moyennes, demandant d’aller d’un point A à un point B ou de tabasser du méchant sans trop d’envergure. Certaines missions « à icones » sur la carte de New York sont par contre liées à un ennemi en particulier : l’un vous demandera de retrouver des chats disséminés dans la ville, un autre vous proposera des défis de temps ou de combat, etc. Chaque type d’épreuve aura son méchant… Comme dans Arkham City, basé sur le même schéma.

Tous ces systèmes de combats, de monde libre, proposant aussi des tours de radio pour découvrir les icones alentours (on n’en sortira jamais) et une cinquantaine de sac à dos au concept un peu ridicule (Spidey les a laissés en ville par hasard mais les a oublié) mais au contenu parfois amusant et plein de références, sont tout autant de petits principes auxquels chacun accrochera ou pas. Ce Marvel’s Spider-Man tente de plaire à tout le monde dans ses annexes, tout en proposant une Histoire solide et loin d’être dénuée d’intelligence et de qualité scénaristique. On n’y perd pas au change, donc, même si les annexes sont un peu en deçà de nos espérances.

Reste alors ces fameux jetons : en plus de votre XP gagnées au fil de toutes les missions du jeu et actions diverses (y compris quand vous saluez la foule, il n’y a pas de points qui se perdent), chaque type de mission vous apporte un type de jeton. Il y en a pour les défis, mais aussi pour les bases d’ennemis à nettoyer, pour les crimes qui apparaissent ça et là dans la ville, pour les missions de recherche qui vous proposent quelques défis amusants, etc. Ces jetons vous permettent alors de débloquer des gadgets et des costumes. Et ce sont ces deux menus qui feront de vos combats des moments bien plus glorieux qu’avec l’encapé de chez DC Comics.



Une question de style

Chaque costume, et Marvel’s Spider-Man en propose beaucoup, doit être débloqué avec les fameux jetons détaillés plus haut. Et chaque costume vient avec un « super-coup » à activer une fois la jauge à fond, permettant par exemple de lancer un drone qui électrifie tous les ennemis alentours, qui vous rend invincible un petit temps, qui permet de passer outre toutes les gardes ennemis et bien d’autres choses. Ce qui est agréable et bien pensé, c’est que tous les costumes débloqués sont indépendants de tous les pouvoirs eux-aussi débloqué en même temps. Vous pouvez porter le costume A avec le pouvoir B débloqué avec le costume qui va avec. Vous faites donc ce que vous voulez.

Ajoutez à cela des gadgets vraiment malins permettant d’entoiler directement les ennemis, d’électrifier vos poings ou de poser quelques pièges et vous comprendrez rapidement que tout le sel de vos affrontements réside dans l’utilisation de ces petites merveilles. Surtout en phase d’infiltration, elle-même très ressemblante à celle des jeux Rocksteady, qui parvient là aussi à se faire plus « originale » via ces gadgets qui sont finalement (avec les chorégraphies, mais c’est moins flagrant manette en main) les seules vraies grosses différences avec Batman : Arkham City.

Si ses premières heures peuvent faire très peur, à base de QTE insistants (que l’on peut automatiser dans le menu des options) et d’un gameplay déjà vu et revu, le jeu d’Insomniac parvient à se tirer de ses vieilles idées grâce à une réalisation de grande classe, un scénario bien écrit, des personnages attachants et surtout, une sublime chorégraphie de combats. Rares sont les mondes libres à aller crescendo en qualité et Marvel’s Spider-Man est exactement de ceux-ci. C’est un jeu aux systèmes vieillots mais à la réalisation globale de grande qualité, que l’on ne lâche pas avant de l’avoir terminé et dans lequel on revient volontiers.

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