Critique

Pendragon

Développeur : Inkle Ltd– Éditeur : Inkle Ltd – Date de Sortie : 22 Septembre 2020 – Prix : 13,99 €

Les membres du studio britannique Inkle Ltd aiment nous raconter des histoires. Ils aiment tellement ça, qu’ils ont même conçu un langage de scripting, le “ink” permettant de scripter la narration des jeux vidéo. Après les remarqués 80 days et surtout Heaven’s Vault, voici qu’ils reviennent avec Pendragon, leur interprétation du mythe arthurien, dans un jeu typé tactical RPG. Évidemment, je ne pouvais qu’être très curieux de découvrir comment un jeu typé très systémique allait porter une narration forte.

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Camelot est morte ! Vive Camelot

Il était une fois, un jeune homme nommé Arthur. Il n’était personne jusqu’à ce qu’il arrache une épée d’un caillou qui le transforma directement en roi d’Angleterre et mec qui pèse dans le game. Avec ses copains, communément appelés “chevaliers de la table ronde” et avec Merlin dit “l’enchanteur”, ils régnèrent sur l’Angleterre depuis Camelot, en vivant heureux et en ayant plein d’enfants. En gros, c’est un raccourci très rapide des aventures d’Arthur. Sauf que ce cher Arthur a fait une erreur : avoir un fils avec sa demi-sœur : Mordred. Et c’est là, plus ou moins où le jeu commence. Pas cool comme Fonzy, Mordred a détruit Camelot et pris le trône aux dépens d’Arthur. Guenièvre est cloîtrée dans un couvent suite à ses amourettes avec Lancelot, qui a dû fuir en France. Quant aux autres chevaliers,  ils survivent (ou sont morts) et sont éparpillés un peu partout. Merlin a tout simplement disparu, à l’aube de l’ultime bataille d’Arthur, où il affrontera son fils.   

La tactique au service de la narration

Dans sa structure, Pendragon est un tactical-RPG sans RPG (ou presque). Il reprend la base des combats tactiques sur un échiquier en vue 2D isométrique, au tour par tour et avec des soldats aux compétences définies. Une partie commence en choisissant l’un des héros disponibles, sachant que seuls Lancelot et Guenièvre seront sélectionnables dans un premier temps, avec une bonne demi-douzaine d’héros supplémentaires à débloquer.

En fonction du héros choisi, vous commencerez seul ou accompagné. Sur une très jolie carte, des endroits visitables et/ou phares apparaîtront, vous permettant de choisir votre chemin pour arriver à Camlann, lieu où se déroulera l’ultime bataille d’Arthur, avec pour unique information : la ville se trouve au nord. Chacun des lieux que vous visiterez sera une bataille tactique.

La règle est simple : pour gagner le combat, vous devez arriver au coin supérieur haut droit de la carte, sachant que l’on démarre toujours en bas à gauche. Rien ne vous oblige à combattre vos ennemis, vous pouvez parfaitement les esquiver jusqu’au point de sortie. Et le jeu se prête évidemment à ça. Chacun des participants au combat a deux postures : une passive et une agressive. La première vous permet de vous déplacer uniquement en diagonale, permettant de se déplacer plus rapidement et  ainsi conquérir plus de terrain pour les tours suivants. En contrepartie, vous ne pourrez pas attaquer, sachant que changer de posture (vers une posture agressive) vous prendra un tour, ce qui peut mettre en danger l’un de vos combattants.

La seconde posture, agressive, vous permettra de vous déplacer en ligne droite (de manière verticale ou horizontale) et vous permettra de venir à bout de vos ennemis. Ici les combats sont simplifiés au maximum : si vous déplacez un personnage sur une case occupée par un ennemi, vous l’éliminez. Si un ennemi se déplace sur une case occupée par un.e de vos guerrier.re.s, il est éliminé pour le reste du combat, voire mort s’il n’a plus de vie.

Toute action dans le jeu est prétexte à créer de la narration. Vous serez en perpétuel dialogue aussi bien avec vos ennemis que vos alliés, sachant, qu’en fonction de la posture que vous maintiendrez, les discussions changeront, au point que les ennemis pourront tout simplement partir du damier et vous laisser le champ libre. Ajoutez à cela une barre de moral qui diminuera au fil de la durée d’un combat, des cases spéciales (par exemple les cases en hauteur vous permettront de vous déplacer dans les huit directions sans avoir à changer de posture) et on se retrouve avec un joli système de combat, très accessible mais suffisamment riche pour tenir sur la longueur et les multiples affrontements que propose le jeu.

En plus des combats, il y a aussi une gestion temporelle du jeu, où chaque journée est divisé en cinq, apportant son lot de fatigue et surtout de feux de camp, où nos personnages nous racontent des histoires brillamment écrites et interactives, qui donnent un charme fou au jeu.

Encore une fois, Inkle nous propose une aventure narrative de haute volée, en se payant le luxe d'y apporter un système tactique complet, et surtout différent de toutes les productions du genre, grâce à la gestion de ses postures, sans oublier le fait que les combats n'ont qu'un seul but : enrichir l'histoire que l'on nous raconte. Et sur ce point, en plus de la maîtrise du studio pour cela, ils nous surprennent aussi en utilisant non pas l'heure de gloire du roi Arthur, mais plutôt sa déchéance. Si vous maitrisez l'anglais, foncez sur ce titre.

Crim

Crim

Intégriste gaucher depuis 1983. Les cailloux: GOTY des armes depuis 2013.

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