Detention
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Le studio Red Candle Games a été fondé en 2015 par des taïwanais poussés par le désir de faire découvrir l’histoire et la culture de leur pays. Le projet est concrétisé par la sortie du jeu Detention, un survival-horror en 2D qui base son univers et son gameplay sur une culture loin de nous être si familière.


Made in Taïwan

Detention se démarque en proposant de l’horreur comme on en voit rarement parmi les jeux du genre. Ici, tout repose sur des croyances propres à cette zone du monde et qui sont communes à des pays comme Taïwan, la Thaïlande ou la Chine.

Ceux qui ont suivi la trilogie (inégale en qualité) de The Eye réalisée par Danny et Oxide Pang, deux frères hongkongais, pourront retrouver dans le jeu des mythes illustrés par ces films. En tant qu’occidentaux ces croyances nous sont quelque peu étrangères bien qu’initiés plus ou moins récemment à des mythes de fantômes venus principalement du Japon. Ces légendes issues d’histoires racontées à l’époque Edo et Meiji ont été diffusées en masse par le biais de films, de mangas et bien sûr de jeux vidéos depuis le début des années 90. Pour les films les plus connus on peut citer Ju-On et son remake américain The Grudge ou encore Ringu (Le cercle). Aujourd’hui, si les films d’horreurs venus du Japon ont vulgarisé les croyances locales, celles de l’Asie du sud et de la Chine nous sont encore majoritairement inconnues. C’est là la force de Detention qui joue sur cette absence et vient la combler.

Coincés entre le monde des vivants et celui des morts, les fantômes affamés sont apaisés par des offrandes de nourriture.

Le jeu nous replace dans un contexte de crise. Dans les années 60, Taiwan se retrouve sous loi martiale pour un contrôle plus strict des opposants communistes. Surveillés, les citoyens s’organisent pour vivre une vie normale et ceux ayant décidé de ne pas se conformer aux règles cherchent à agir en toute discrétion. C’est ainsi que se forme un club littéraire secret où élèves et professeurs se retrouvent pour lire des œuvres interdites par le régime. Une entreprise risquée dans une école constamment placée sous l’œil menaçant d’un ancien militaire rompu à la torture pendant la guerre.


Atmosphérique, immersif, indubitablement réussi

Visuellement le jeu offre un style que l’on pourrait définir comme se situant entre la photographie et le dessin tant les décors sont détaillés et les couleurs réalistes. Le jeu des premiers plans et des arrières plans créent de la profondeur tandis que le vent, la pluie, les objets qui bougent permettent de ne pas enfermer les décors dans une staticité qui aurait nuit à l’immersion. Rien ne vient d’ailleurs entraver cette dernière car même l’option de sauvegarde est intégrée à l’univers sous la forme d’une prière devant un autel. 

Soignés et détaillés, les décors du jeu sont des plus immersifs.

La bande originale s’inspire des instruments locaux pour offrir des thèmes glaçants qui créent une cohérence parfaite avec l’univers oppressant superbement rendu par les tableaux du jeu. Le seul reproche que l’on peut faire au jeu sur le plan sonore (et encore, ce serait vache par rapport à un studio indé) est l’absence de doublages qui aurait pu renforcer encore d’un cran l’atmosphère pesante du jeu (en mandarin, évidemment).

Les notes que l’on ramasse nous initient à la culture et nous donnent la marche à suivre pour échapper aux mauvais esprits. Ici, pas de course-poursuite, on va devoir offrir de la nourriture aux uns pour les apaiser, arrêter de respirer face aux autres pour qu’ils ne décèlent pas notre présence ou encore détourner le regard à l’approche des fantômes aux lampions. 

Rien ne sert de courir, pour échapper aux fantômes il faut comprendre leur mode de fonctionnement.

Tous ces rites, ces décors et cette ambiance offrent une atmosphère prenante qui donnera des frissons plutôt qu’elle ne fera sursauter. Les énigmes du jeu ne sont pas compliquées et se résolvent naturellement si on lit les écrits qu’on ramasse et qu’on observe bien chaque pièce. Pourtant, chaque scène offre ses originalités comme lors d’une phase d’introspection où notre personnage se retrouvera confronté à son double à qui il pourra poser des questions ou lors d’un chapitre où l’on va jongler entre plusieurs périodes de temps en switchant entre différentes stations radios.


Pour conclure, Detention propose beaucoup d’originalité pour un genre qui en avait bien besoin. Le soin apporté à sa réalisation qu’elle soit visuelle ou auditive en font une réussite totale sur le plan de l’immersion. Le jeu est intriguant, poignant et plonge le joueur dans un histoire dont il aura du mal à décrocher. A essayer sans tarder pour tous ceux qui privilégient une narration intelligente à de faciles et prévisibles jumpscares.

Kitsune-Musume

Kitsune-Musume

Ancienne amasseuse compulsive de jeux boite, j'aime à me perdre désormais sur les terres fertiles de l'indépendant. Gameuse à tendance no-skill/casu/basheuse de la touche X, testeuse de résistance mentale aux low-framerates avec ma vieille (mais fidèle) brouette connectée, j'aime les armes lourdes et badass, les univers immersifs et les scénarios bien ficelés. A l'inverse, j'ai horreur des jumpscares (flipette de catégorie 3), je fuis les collectes poussives de piécettes et je recule devant mes devoirs de rédaction d'une biographie.
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