Invisible Inc.

L’art subtil de l’infiltration semble s’être perdu en cours de route ces dernières années dans le petit monde du jeu vidéo. Sam Fischer préfère désormais laisser parler la poudre et l’agent 47 a décidé d’oublier sa finesse légendaire. Seuls quelques humbles développeurs et autres indépendants s’y essayent, et ce, parfois, avec succès. Le studio Klei qui est loin d’être un débutant, et après nous avoir pris par surprise avec Don’t Starve, nous propose finalement en un court laps de temps, Invisible Inc. Un jeu étonnant, qui fera sans doute moins de bruit que leur très populaire jeu de survie, mais dont je suis sûr qu’il marquera tout autant qui aura l’intelligence de lui donner sa chance.

Jeux d’espions, jeux de vilains

Il est assez facile de vouloir se laisser tenter par un jeu marqué du sceau de Klei. Tout d’abord parce qu’ils sont magnifiques. Invisible Inc, anciennement Incognita, ne déroge pas à la règle. Il a bénéficié d’un soin tout particulier. Don’t Starve affichait un rendu brouillon de type crayonné, volontairement impropre pour coller au côté sauvage de sa proposition d’aventure, tandis que Mark of the Ninja jouait au contraire dans la ligne claire et les jeux d’ombres. Invisible se pare à son tour d’atours de rêve avec une direction artistique à faire rougir la plupart de ses pairs indépendantistes.

Son esthétique est d’une sobriété remarquable tout en sachant être un plaisir des yeux. Elle joue sur une sensibilité à mi-chemin entre quelque chose de très moderne et vintage. Un peu comme si le futur à la Klei était vu au travers d’une lorgnette perdue entre les années 50 et 60. Nos agents secrets semblent venir tout droit d’un film noir qui se serait acoquiné avec un film d’espionnage. Ils sont là avec leurs coiffures presque trop parfaites, leurs silhouettes effilées de gravure de mode et leurs tenues à la classe d’un autre temps. Invisible Inc. a beau se passer dans une époque plus avancée que la nôtre, il n’empêche qu’il se dessine sous les traits d’une histoire d’espions internationaux, qui rappelle la période trouble de la Guerre Froide lui donnant un style subtilement rétro.

On y retrouve les traces d’un monde qui change, dans une époque où l’on ne considère plus la guerre de l’information uniquement sur le terrain avec l’aide d’espions, mais au travers de l’informatique et des réseaux électroniques, nouveaux vecteurs d’angoisse dans les scénarii d’anticipation du moment. Le succès rencontré par une série comme Person of Interest en témoigne. D’ailleurs, comme dans cette dernière, Invisible Inc. joue sur la dualité de deux mondes, l’ancien et le nouveau. Le premier, ce sont vos hommes et femmes qui agiront sur le terrain pour maîtriser les gardes et connecter Incognita aux serveurs ennemis. Le nouveau monde, c’est cette dernière, symbole des “soldats” de demain et potentielle menace à venir, si d’aventure elle tombait entre des mains mal intentionnées.

C’est d’ailleurs là-dessus que s’appuie le scénario d’Invisible Inc. Votre agence a été attaquée de toute part dans le seul et unique but de vous priver d’Incognita. Elle est au centre de votre réseau d’information et vous apporte l’aide nécessaire pour hacker ce qui doit l’être. Mais à cause de cette attaque, ce qui reste de votre agence se retrouve en fuite, traqué et en danger. Le temps vous est compté. Chaque jour devra être mis à contribution dans une séries de missions d’infiltration pour refaire le plein de ressources matérielles ou humaines dans cette guerre d’un nouveau genre. Vos agents devront se faire discret sur le terrain, avec l’aide d’Incognita dans les coulisses digitales d’un monde qui délaisse de plus en plus le côté humain pour les machineries froides et impersonnelles.

Dans le port du Dslam

L’entrée en jeu se fait au travers d’une première mission qui servira avant tout de tutoriel. Plutôt réussie, elle vous apprend l’essentiel en un tour de main. Dans Invisible Inc., vous aurez la possibilité de créer une partie selon vos envies. La difficulté même la plus basique y reste élevée. Le défi y est pointu, sans pour autant s’avérer impossible. En partant du niveau le moins relevé, le joueur aura le loisir d’avoir recours à un retour en arrière, en quantité plus ou moins grande selon la difficulté. A l’aide de cette option, il pourra annuler ses dernières décisions sur le terrain pour revenir à un état plus favorable. Ainsi, expérimenter et tester les mécaniques du jeu est plus facile et permet de mieux en appréhender la suite.

Plus le joueur cherche au contraire à affronter des situations inextricables, et plus il ira vers la désactivation totale de ces options. Sans certaines d’entre elles par exemple, le niveau d’alerte des ennemis augmentera à chaque tour, car c’est un jeu en tour par tour, forcément. C’est ainsi à la carte que vous pourrez choisir d’avoir un plat de stratégie plus ou moins épicé. Toute similitude avec Xcom n’étant certainement pas fortuite, il y a aussi un mode Iron Man pour les plus audacieux. Ceci dit, le jeu reste à peu près le même, peu importe la difficulté choisie, mais s’adapte aux exigences et aux capacités du joueur en un tour de main.

Car Invisible Inc n’est pas toujours évident. On démarre avec seulement deux agents. A mesure que l’on progresse, on en débloquera d’autres, chacun ayant ses qualités et ses défauts. On composera alors notre escouade selon le type de jeu recherché. Certains seront plus orientés vers l’action, tandis que d’autres offriront plus de finesse et d’adéquation avec les ordinateurs. Leurs compétences peuvent évidemment être améliorées, optimisées, ce que vous voulez, et surtout être équipées avec diverses armes ou gadgets qui seront en général tout sauf gratuits. Enfin sauf si vous les trouvez en cours de mission.

Tout le sel d’une partie repose ensuite sur la combinaison de divers éléments. Il y a relativement peu, voire pas du tout de narration lors d’une mission. La majeure partie du dialogue s’effectue en dehors. L’essentiel est la stratégie mais avec un twist à vous faire casser les hanches. Si sur le principe Invisible Inc fonctionne sur un schéma de jeu de stratégie en tour par tour très similaire à son ancêtre Xcom, il s’en éloigne en mettant l’accent sur l’infiltration. C’est autour de cette dernière que s’articule la totalité du jeu et se trouve son principal intérêt.

Invisible comme l’air

Le titre prend désormais tout son sens. Cependant, le joueur qui ne voudra pas laisser de traces aura fort à faire. Nos agents peuvent avoir recours à de nombreuses solutions pour faire taire l’adversaire. Fussent-ils humains ou machines, il y a toujours une solution adaptée même si elle ne sera pas forcément disponible quand elle sera nécessaire. Ainsi les hacks s’occuperont des caméras et autres mécanismes informatiques, tandis que les armes ou un coup de manchette en guet-apens vous débarrasseront des gardes présents. Il s’agit avant tout de trouver le parfait équilibre entre l’utilisation de nos tours d’action et de nos ressources disponibles avec efficacité, tout en faisant un usage intelligent de notre environnement et de ce qu’il peut nous offrir pour assurer notre victoire.

Les gardes seront d’ailleurs une effroyable nuisance. Maîtrisés, ils finiront par se réveiller à moins que vous ne leur assignez un de vos agents à temps plein. Autrement, leur réveil sera brutal et fera monter exponentiellement un niveau d’alerte. A chaque niveau d’alerte supplémentaire, les forces ennemies en présence vont se renforcer comme avec l’ajout d’un nouveau garde, peut-être lourdement armé. L’échec ne sera pas pardonné le jeu enregistrant au fur et à mesure vos actions. Il n’est donc pas possible de recharger une sauvegarde pour revenir en arrière. Si l’un de vos agents meurt, il restera mort. Si vous vous enfuyez, vous aurez gâché pour toujours une journée et serez condamné à recommencer du début si vous cherchez la perfection, ou poursuivre avec ce que cela impliquera de difficultés supplémentaires pour cause de pertes humaines et matérielles.

Il est par conséquent nécessaire de prendre son temps et d’évaluer les risques. Pour cela, il faut commencer à le faire dès la sélection de votre mission. La carte du monde vous donnera accès à plusieurs d’entre elles. Ce choix est important car elles n’offrent pas toutes les mêmes avantages et inconvénients. La difficulté peut être différente d’une à l’autre, et le gain peut différer entre l’opportunité de récolter de nouvelles ressources, de l’argent, des informations ou de nouvelles recrues. L’entre-deux missions est aussi l’occasion d’améliorer Incognita ou vos agents de terrain. La préparation comme à l’accoutumée est de première importance.

Mais une fois sur le terrain, c’est votre capacité d’analyse qui sera mise à contribution. Le niveau à explorer est au départ bien évidemment dans le noir. Il se révèle à mesure que vous avancez. Il y a toujours un objectif principal qui consiste en général à obtenir un accès au serveur ennemi ou au sauvetage d’un de vos alliés. Ceci fait, vous pourrez procéder à l’extraction de vos agents ou, les laisser chercher un peu plus. C’est un bon moyen pour glaner de l’équipement ou de l’argent, tout en augmentant le risque d’être repéré et de faillir au bout du compte.

Conclusion

Invisible Inc est une franche réussite aussi bien sur la forme très agréable, que sur le fond particulièrement prenant. En plus d’être beau, sa prise en main est idéale, aidée en cela par une interface d’une clarté et d’une efficacité remarquable. Et pourtant, bien qu’il soit un jeu de stratégie de bonne facture relativement classique, c’est surtout en tant que roguelike d’infiltration qu’il brille et se place aisément parmi les meilleurs.

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

Vasquaal

Vasquaal

On dit de lui qu'il jouerait sur un clavier sans pavé numérique. De l'Apple IIe au pc survitaminé en gigahertz, il subtiliserait tel un ninja numérique le loot de ses potes dans les jeux en ligne pour mieux s'enorgueillir d'un "Muhahahaha". Certains disent même qu'il va se tatouer un jour "Aladin Snes is the best" sur la fesse gauche. D'autres disent simplement qu'il est fou.

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