Outlast 2

Mes très chers frères, mes très chères sœurs, laissez tomber l’asile d’aliénés du premier Outlast. Laissez cette chair faible et ces esprits détournés de la foi pour vivre votre vie de pêcheurs ici sur terre, dans cet enfer de péquenots appelé l’Arizona. Perdu dans les montagnes, le couple Langermann n’en attendaient sans doute pas tant de leur hospitalité si chaleureuse. Vous y découvrirez le pain et le sang quotidien de ces pauvres ouailles. Outlast II est comme un gospel qui se répète, un renouvellement dans la continuité, avec tout de même un peu plus de raffinement saupoudré de bien plus de gore.



Arizona Beauty

Il reste pourtant ce jeu de cache-cache morbide où les ennemis bien que sporadiques dans leur présence, se feront constamment ressentir de par les sons qu’ils produiront et leurs quelques mouvements fugaces dans le noir d’une nuit qui ne semble jamais vouloir se terminer. Cette histoire prend place dans un tout autre espace-temps que dans le premier volet. Cette fois-ci, il s’agira de suivre un couple, même si dans les faits, notre chère et tendre moitié passera la plupart du temps à l’écart. Blake et Lynn Langermann sont des journalistes qui au début de cette affaire enquêtent sur le mystère entourant une jeune fille retrouvée à l’orée d’une forêt dans les landes sauvages de l’Arizona. Un crash d’hélicoptère plus tard, Blake va devoir utiliser tout ses talents d’athlète pour fuir devant l’adversité représentée par les bouseux du coin et leur propension à vénérer l’unique Dieu dans une ferveur presque maladive.

C’est dans le contexte du microcosme d’un petit village perdu dans les montagnes qu’il devra se glisser entre les croyants poussés à l’extrême par leur foi et les sermons vindicatifs du père Knoth pour espérer retrouver sa femme. Entre deux séquences chocs pleine de corps décharnés et de sang, Blake se verra transporté dans une sorte de réalité alternative dans laquelle ses souvenirs passés et refoulés vont se mélanger à une bonne dose d’horreur et de fantastique, avant de nous rebasculer à nouveau chez les cinglés du chapelet. Au milieu de tout ce vacarme et de ce glauque suintant de tout ses pores, c’est dans une guerre locale entre les dévots du Seigneur et les adorateurs de l’Antéchrist que l’on assistera impuissant la plupart du temps, ballotés que l’on sera à constamment avoir à réchapper à la mort et retrouver Lynn. Ces quatre années de patience auront en tout cas permis à Red Barrels d’affiner leurs pinceaux. Le résultat est plus que probant à l’écran malgré le fait que la majeure partie de ce qu’il y a à voir se trouve plongé dans les ténèbres les plus profondes.

Outlast II repose sur un jeu de lumières sophistiquées. Elles sont souvent diffuses, épousant délicatement les formes macabres de leur environnement. L’atmosphère s’en trouve plus pesante, aidée en cela par des musiques volontairement stressantes, qu’elles soient affolées ou plus reposées, me rappelant même par moment certains rictus du compositeur György Ligeti. Bien que s’appuyant toujours sur une progression autant linéaire que scriptée, on a droit cette fois-ci à des zones plus larges offrant un zeste supplémentaire d’exploration. Cependant, avec l’obscurité dominant les environs, ce n’est pas vraiment l’envie d’explorer qui nous prendra, mais plutôt la poudre d’escampette. De par cette ouverture des espaces enveloppés par les ombres, la désorientation, le désarroi et enfin la panique prendront assez vite le pas sur toute tentative de rationalisation. Et c’est peut-être là que se trouve sa plus grande force. Malgré les jump scares parfois prévisibles, ce voile noir et une ambiance tirée à quatre épingles permettent régulièrement à Red Barrels de nous jouer des tours pendables.



Jump around

Il faut dire que la formule est restée fondamentalement la même. Une caméra au poing dotée d’un mode de vision nocturne ainsi que nos jambes seront les seuls outils de défense dont on disposera dans un jeu où on ne peut que courir et se cacher pour éviter de trébucher dans l’au-delà. En ne pouvant ni se défendre, ni spécialement voir à plus de deux mètres de distance, notre héros est constamment la victime de son environnement. Si cela pouvait encore fonctionner il y a quelques années quand ce principe était encore presque nouveau, j’avoue éprouver une certaine frustration aujourd’hui à incarner un individu incapable de trouver quelque moyen pour se défendre au-delà de la simple fuite. Il est presque absurde que ce Blake Langermann ne puisse pas à minima assommer quelques uns de ses adversaires. Son instinct de survie semble bien faible en définitive. On appréciera quand même les efforts qui auront été fournis en terme de mise en scène et d’ambiance qui sont particulièrement léchées dans leur conception. Car il est vrai que de ce côté-là, rien ne nous sera épargné.

Les scènes sont souvent gores et macabres peut-être à l’excès, touchant à des thèmes qui risqueraient de choquer les âmes les plus sensibles à l’aide de cadavre décharnés, dépecés et même d’infanticide, même si ces derniers sont moins graphiques ou seulement suggérés. Les moments de tension sont également chose courante, et se verront sans doute atténués par de réguliers game over puisque souvent ils auront tendance à ne nous pardonner aucune erreur. Il s’agit donc toujours de s’embarquer pour un rodéo sur rails. Il est plutôt efficace dans son genre d’ailleurs. Il en fait peut-être un peu trop au détriment de son histoire et de son contexte sous-développés par rapport ce à quoi on aurait pu s’attendre. L’utilisation de la religion comme d’un mal pervertissant le cœur des hommes est traité de manière un peu trop superficielle. On finit par être plus dans la caricature que dans un réel sujet de société ayant un minimum de finesse dans son discours. Même la détresse de Blake, qui se traduit par ces passages hors du temps dans la réalité altérée de son ancienne école, semble maladroite. Son drame personnel est en effet intimement lié à la façon dont la religion a pu faire partie de sa vie, notamment quand il était encore un enfant. Ces passages sont qui plus est parmi les plus effrayants du jeu, peut-être parce-qu’ils détournent habillement un lieu commun de notre quotidien. Une école est en effet en général associée à l’idée de protéger les enfants, pas seulement de les instruire. Néanmoins, Red Barrels a véritablement affiné son approche, même s’il ne s’agit en définitive que d’un enrobage. Le contenant est superbe de bout en bout, la tension véritablement palpable. Si on veut se contenter d’un tour de manège dans une maison hanté de qualité, Outlast II remplit très clairement son office.



Video killed the Jesus Superstar

Dans le cas contraire où l’on voudrait trouver en lui un peu plus, il s’écroulerait alors tel un château de cartes. Ses développeurs ont semble-t-il pourtant essayé de donner à leur création une dimension supplémentaire, presque psychologique. Le seul souci est que cette tentative est restée trop en surface sans jamais oser aller plus en profondeur. De fait, il devient difficile de voir en quoi se trouvent les véritables différences entre les croyants de Dieu et les satanistes. Les premiers vont grossièrement chercher à vous tuer car Dieu en aurait décidé ainsi, tandis que les seconds voudront vous faire la peau, car vous les gênez dans leurs plans machiavéliques, je suppose ? Plusieurs œuvres comme les films “The Descent”, pour sa fin prenant place dans des mines remplies de créatures n’ayant presque plus d’humain qu’une vague silhouette, ou “La Colline a des Yeux” pour son exploration d’une population redneck rétrograde ou simplement devenue timbrée pour x raisons, me sont venus à l’esprit en jouant. Or, le cinéma d’horreur, bien qu’injustement relégué au second plan soit-disant comme genre mineur, a souvent été un des meilleurs critiques de notre société. Par exemple dans le “Zombie” de George Romero, les morts-vivants reviennent instinctivement vers le centre commercial, ce qui est à voir comme une critique sur notre société de sur-consommation, ou encore “Invasion Los Angeles” (They Live) de John Carpenter rejetant cette même société de la pensée unique conditionnée toujours par la consommation et le divertissement abrutissant. L’horreur joue parfois un rôle important en nous mettant face à notre propre hypocrisie en tant qu’être humain, devant nos peurs qui sont souvent bien plus importantes qu’un simple sursaut. L’exploration de ces peurs au cinéma ou dans le jeu vidéo ont tendance à nous marquer plus longtemps.

Est-ce pour autant que Outlast II n’impressionne pas ? Absolument pas. Il parvient à s’imposer comme une valeur sûre de par son habillage au diapason avec son désir de nous effrayer. La somme de ses qualités techniques et de mise en scène réussit à nous immerger totalement. Son éclair de génie vient alors de son utilisation intelligente des zones d’ombres et de lumières pour jouer sur le non-dit et par là, je veux dire la suggestion que le danger rôde. Malgré quelques scènes évidemment très gores, il est aussi subtilement parsemé de moments plus calmes appelant forcément la tempête à venir. Il est dans ce sens plus impressionnant que son ancêtre et aussi plus raffiné. Pour autant, je suis resté sur ma faim. J’en ai encore des frissons dans le dos et dire le contraire serait mentir. Maintenant, son histoire, car il y en a bien une, m’a semblé maladroite et un peu creuse.


Outlast II ne modifie pas énormément la formule initiée par son prédécesseur. Il s’offre tout de même une mise en scène et une direction artistique plus aboutie, et par conséquent, plus immersive. Les jump scares sont toujours de la partie, mais en tentant une approche plus psychologique, notamment en déformant des éléments habituellement rattachés à la normalité de notre réalité, il parvient à instiller en nous un sentiment de malaise. Malheureusement, comme la perfection n’est pas de ce monde, il n’arrive pas à aller au-delà de la description d’un monde pollué par un extrémisme religieux qui aura beaucoup trop dérivé. En restant en surface de son sujet sans jamais prendre le risque d’être plus qu’une approximation cherchant plus le sensationnel que le vrai sens à des questions de spiritualité et d’humanité, il ne dépasse pas à mon sens le statut de simple divertissement efficace. Cela devrait pourtant suffire à la majorité des amateurs de frousse.

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