Horizon

En 2012, Amplitude Studio et son Endless Space fichait une petite claque à tout le monde dans le domaine du 4X spatial. Horizon, développé par L30 Interactive, débarque donc dans un contexte où il suscite quelques attentes, puisqu’on attend naturellement de lui qu’il se distingue et propose quelque chose de nouveau. Qu’en est-il ?

Micro et macro-gestion

Le 4X (eXploration, eXploitation, eXpansion, eXtermination) est un genre complexe, qui se joue en deux temps. La première phase de jeu est toujours à échelle presque humaine : on développe sa colonie (ou sa cité, ou sa planète, selon le jeu), on découvre le monde autour de soi, on s’étend doucement. La taille de notre empire naissant favorise la micro-gestion, l’attention que l’on peut porter à la moindre unité, au moindre détail. Puis vient le moment où les territoires conquis ou construits deviennent plus importants, où le temps passé à inspecter chaque fief à chaque tour de jeu se fait plus que conséquent, où la micro-gestion devient inadaptée, le poids d’un élément par rapport à la totalité de l’empire étant devenu négligeable. Ce passage en phase de macro-gestion est l’un des écueils classiques du 4X, le changement de dimension de gestion étant parfois pénible et fouillis.

De ce point de vue, Horizon tente des choses, qui fonctionnent plus ou moins bien. Côté eXploitation, le nombre de bâtiments à construire dans une colonie planétaire est relativement limité. De manière générale, il y a cinq voies de développement possibles : le commerce, le tourisme, l’agriculture, l’industrie lourde et la recherche scientifique. Chacun de ces domaines est représenté par une construction unique qui dispose de plusieurs niveaux, qui améliorent les bonus qu’on peut en tirer. Ajoutons à cela une base spatiale, une batterie de missiles défensifs, une caserne et un chantier spatial, et voilà tout ce que l’on peut bâtir dans Horizon. C’est assez peu, et c’est un peu frustrant en début de partie. Pourtant, le système s’avère efficace lorsqu’on passe en macro-gestion, où cette simplicité devient même salvatrice. De plus, le nombre maximum de bâtiments (ou plutôt, d’upgrades de bâtiment) est limité de 8 à 12 pour une planète donnée, selon sa taille. Pour faire simple, l’exploitation est pensée pour les parties avancées, en allant droit à l’essentiel et en évitant de perdre le joueur sous des tas de bâtiments différents. Pas tout à fait satisfaisant, mais il faut reconnaître que ça fonctionne sur le long terme, d’autant qu’il est possible d’ordonner la construction de plusieurs bâtiments simultanément sur une même planète (ce qui fait gagner du temps et économise une micro-gestion rébarbative dans les parties avancées).

Des niveaux de technologie

La science et la technologie jouent toujours un rôle important dans les 4X, matérialisant le temps qui passe et les nouvelles possibilités nées du travail des chercheurs. Horizon met en place un système technologique plutôt original. Tout d’abord, contrairement à ce que l’on trouve la plupart du temps, il n’y a pas ici d’arbre des technologies. En d’autres termes, on ne peut pas cibler une technologie à acquérir, et en déduire les technos prérequises. A la place, chaque race possède de base un certain nombre de technologies, certaines au niveau 0, certaines au niveau 1. C’est là l’un des points les plus intéressants du système scientifique mis en place par Horizon : l’existence de niveaux pour chaque technologie, allant de 0 à 10. Concrètement, une techno de niveau 0 est en phase de recherche. Elle ne donne accès à aucun bonus, elle n’est encore qu’une piste étudiée par les scientifiques. Le niveau 1 correspond à la percée rendant cette technologie applicable : elle confère alors des bonus modérés, et chaque nouveau niveau la rendra de plus en plus efficace. Cette mécanique est extrêmement intéressante, en plus de rendre compte de manière un peu plus cohérente qu’à l’accoutumée de l’application technologique.

Mais si l’on connaît dès le départ un certain nombre de technos, un bon nombre reste à découvrir au fil du jeu. Simplement, on ne peut pas orienter ses recherches, ni savoir a priori quelles seront les nouveaux domaines scientifiques auxquels on aura accès. Les technologies sont réparties en six grands champs d’application : Propulsion, Armure, Electronique, Biotechnologies, Constructions et Armement, et sont toutes recherchées en même temps. La force de recherche scientifique est automatiquement répartie sur l’ensemble du parc de technos à étudier. Il est toutefois possible de se focaliser plus particulièrement sur l’un des six champs d’application (réduisant grandement le temps nécessaire pour monter d’un niveau les technologies de ce champ, tandis que les autres seront fortement ralenties), et il est également possible, pour chaque champs d’application, de se focaliser en particulier sur une technologie le concernant. C’est l’une des grandes réussites du jeu, qui permet à Horizon de rendre le système scientifique intéressant à manager dès le début de la partie et maintient cet intérêt tout du long grâce à un système simple de focus, tout en permettant une avancée technologique constante et fréquente, puisqu’on débloquera un niveau presque tous les 2 ou 3 tours.

Le point négatif de ce système est qu’on ne sait pas vraiment comment découvrir des technologies qui nous manquent (et lors d’une première partie, on n’a même pas idée de leur existence, ce qui peut se concevoir d’un point de vue cohérence, mais pose problème d’un point de vue stratégie). Celles-ci peuvent se débloquer à mesure qu’on avance dans les niveaux d’un champ d’application donné. On peut également découvrir des technologies en faisant des recherches sur certaines planètes comportant des ruines archéologiques. La méthode la plus efficace consiste à échanger avec les autres races, par le biais de la diplomatie. Enfin des technos peuvent être récupérées suite à l’accomplissement… de quêtes.

Un 4X avec des missions annexes

C’est là l’une des idées originales de Horizon : inclure une certaine forme de scénarisation de son déroulement. Régulièrement, lorsque l’on étudie des systèmes planétaires, on peut déclencher un évènement, ou une rencontre spéciale avec une délégation extra-terrestre, qui se présente alors sous la forme d’une mission annexe. Pourchasser un pirate, aller explorer une certaine portion de la galaxie, rechercher un artefact sacré, choisir d’aider une faction en difficulté… Si les objectifs sont plutôt classiques pour des quêtes annexes, on n’a tout de même pas l’habitude de voir ce genre de mécanisme proposé dans un 4X, et il faut admettre que c’est une excellente idée, qui vient dynamiser et pimenter la partie. Les humains (et malheureusement seulement eux, alors qu’il y a sept autres races jouables) disposent même d’une sorte de quête principale, qui démarre avec une rencontre du troisième type leur permettant d’acquérir les technologies nécessaires à l’expansion galactique. Ce scénario principal postule l’existence d’une race extra-terrestre immatérielle à la recherche d’une race corporelle qui serait sa compagne idéale. Les humains parviendront-ils à attirer son attention ?

eXtermination, toujours

Il faut à présent parler de l’aspect eXtermination de Horizon. Les combats et la guerre sont toujours un point critique dans le genre 4X, souvent, là aussi, pour des différences de micro et macro-gestion, mais également en raison de la forme que prennent les affrontements : le joueur peut-il influer sur leur déroulement ou ne peut-il que rester passif en attendant la résolution d’un combat de statistiques ?

Horizon propose un système très alléchant, puisque les combats se présentent sous une forme tactique : on déplace ses vaisseaux sur une grille, l’initiative se calculant selon leur vitesse, et on choisit sur quelle cible on veut tirer. Chaque vaisseau est protégé par des boucliers avant, arrière et latéraux, aidant à concevoir une stratégie pour être le plus efficace possible lors de ses attaques. Il est bien entendu possible de créer ses propres vaisseaux, en leur affectant les armes fraîchement sorties des labos scientifiques, afin de multiplier leur puissance de frappe tout en leur offrant une résistance accrue. Veiller à disposer de vaisseaux performants s’avère d’ailleurs essentiel, car ce système de combat tactique (il est tout de même possible de passer en automatique si l’on souhaite aller plus vite) fait apparaître trois périodes tout au long du jeu. Dans les premiers temps, lorsque les flottes sont plutôt réduites, la mécanique fonctionne très bien, donnant de l’intérêt à une phase qui en manque parfois alors qu’elle devient souvent prépondérante une fois la partie avancée. Puis vient le moment où les flottes deviennent conséquentes, tandis que la technologie n’est pas encore véritablement au top. Les combats deviennent alors horriblement long, le moindre affrontement du moindre vaisseau devenant une plaie, et pour peu qu’on se frotte à une race technologiquement plus avancée, c’est la débâcle assurée quand bien même le nombre est avec nous. Il faut alors attendre la troisième phase, celle où l’on prend l’avantage technologique, où l’on devient capable de produire des machines de guerre sans commune mesure. Les combats restent très longs (y compris si on utilise le mode automatique), mais il faut reconnaître qu’on y puise une certaine jouissance lorsque nos vaisseaux-mères repoussent des vagues ennemies, ou percent les défenses adverses pour soumettre une colonie…

IA et diplomatie

Abordons enfin le dernier point indissociable du 4X, même s’il ne comporte pas de X : les relations avec les adversaires. Le système diplomatique de Horizon n’a pas particulièrement à rougir de ce que l’on trouve généralement dans ce genre de jeu, proposant toutes les options habituelles : traités, alliances, échanges de technologie, cession de systèmes planétaires, dons ou tributs, on navigue en terrain connu. Malheureusement, pas d’idée originale ici, ce qui est d’autant plus dommage que l’aspect diplomatique est très souvent délaissé dans les 4X, dans le sens où il se résume uniquement, la plupart du temps, aux possibilités évoquées plus haut, sans mise en forme particulière qui plus est. Horizon noircit d’ailleurs quelque peu le tableau avec une IA agissant parfois bizarrement : il est assez fréquent qu’une race amicale viennent offrir au joueur une technologie, sans contrepartie aucune. Plus étrange encore, il m’est arrivé de me trouver menacé par une faction, qui me trouvait trop expansionniste à son goût. Au tour suivant, cette même faction décidait, sans que j’aie rien fait, de me céder tout un système planétaire. Je cherche encore la logique.

Horizon vaut la peine qu’on s’y essaye, car sous ses allures a priori classiques, le jeu n’est pas avare en bonnes idées, en tentatives diverses pour renouveler certaines mécaniques d’un genre finalement assez codifié. Dommage que l’équilibre entre micro et macro-gestion ne soit pas toujours trouvé, et que la réalisation peine parfois à convaincre : esthétiquement on se croirait revenus dix ans en arrière, et certains aspects manquent parfois d’intérêt malgré la bonne volonté de L30 Interactive : l’eXploitation et son faible nombre de bâtiments, les combats extrêmement longs… On n’était pas loin d’un excellent titre, on a finalement un jeu qu’on ne recommandera qu’aux habitués, qui sauront y apprécier ses originalités.

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