Mu Complex

Les jeux de hackeur sont décidément en vogue. Après else Heart.Break() en septembre, voici venir un nouveau représentant, qui aborde toutefois les choses de façon bien différente : Mu Complex. Préparez-vous pour un puzzle game où il est question de décoder des mots de passe…

À vos commandes

Les jeux reposant sur le piratage informatique reposent souvent sur des puzzles mettant à profit l’utilisation de lignes de code, qu’elles soient tirées d’un langage existant (comme par exemple pour Ruby Warrior) ou inventé pour l’occasion, afin de proposer un environnement simplifié et le plus accessible possible (c’était le cas pour else Heart.Break() ). Il s’agit alors d’écrire ou d’altérer du code pour parvenir à ses fins. Mu Complex adopte un autre angle d’approche, tout aussi pertinent : cette fois, c’est avec des lignes de commande qu’il nous faudra jouer. Pour faire simple, disons qu’il ne sera pas question d’agir au cœur des programmes (le code), mais à un niveau supérieur : lire des fichiers et accéder à des ordinateurs, par le biais d’instructions fortement inspirées des commandes Unix.

Ce parti pris permet d’emblée une grande accessibilité au jeu. Là où les jeux de code s’adressent généralement à des niches (malgré le travail sur les tutoriaux), Mu Complex s’articule autour d’un nombre de commandes limité, qui servent essentiellement à naviguer tout en conférant au titre une identité forte et cohérente. Nul besoin d’être un petit génie de l’informatique, ni même d’avoir déjà entendu parler d’Unix, de ssh ou ls pour progresser dans le jeu, dont le cœur réside plutôt dans la résolution d’énigmes. Ces éléments s’intègrent facilement et, surtout, naturellement.

Cohérence discours/gameplay

La première chose qui frappe dans Mu Complex, c’est la grande cohérence qui lie le joueur au jeu, le gameplay au gamedesign. Le joueur incarne un hackeur, qui s’infiltre dans le réseau informatique de la société Mu Complex. Le clavier et la souris du joueur sont le clavier et la souris du hackeur, et l’écran que l’on contemple est le même que celui que visualise notre avatar. L’identification et l’immersion sont encore renforcées par l’utilisation de commandes réelles, qui placent naturellement le joueur dans une position particulière, le jeu devenant presque « vrai ». Le tutorial est à cette image. Ce dernier n’est pas mis en scène, et aucun prélude explicatif ne vient nous donner les bases. Le premier écran du jeu nous invite simplement à entrer une ligne de commande. Laquelle ? Que peut-on écrire ? Un seul moyen de le savoir : taper quelque chose plus ou moins au hasard. S’ensuit évidemment une erreur, assortie d’un message simple : « taper help pour afficher la liste des commandes ». Help est effectivement une instruction générique permettant d’afficher l’aide sur les autres commandes, utilisée dans l’interpréteur de commande de nombreux systèmes. Voilà donc le joueur amené à apprendre le fonctionnement du jeu comme il aurait appris de véritables instructions informatiques devant un véritable interpréteur de commande. Brillant.

Une histoire de mots de passe

Tout cet habillage n’est finalement qu’un écrin, un contexte dans lequel prend place le cœur de Mu Complex : la résolution d’énigmes. Le jeu se construit en fait comme une suite de puzzles, où il s’agit de découvrir des mots de passe, afin d’infiltrer de nouveaux ordinateurs, à partir desquels on cherchera à décrypter de nouveaux mots de passe pour accéder à d’autres ordinateurs. À chaque mot de passe son énigme, son chiffrage particulier, et il faudra parfois bien se creuser les méninges pour trouver la solution. Le coup de génie de Mu Complex, c’est de dépasser régulièrement le cadre du jeu pour la résolution des énigmes, rejoignant naturellement ce que l’on avait pressenti dès le « tutorial » : cet aspect réel et immersif très poussé. Il ne sera en effet pas rare de devoir s’aider d’internet, à moins de connaître par cœur le morse, pour ne citer qu’un exemple évident. Une mécanique facilitée par le fait que le jeu se présente en mode fenêtré, parachevant par là sa forme crédible et immersive.

On se retrouve alors à enchaîner les puzzles, ravi par l’originalité ou l’éclair qui nous a mis sur la bonne voie. Le jeu est savamment dosé : les commandes ne sont jamais trop nombreuses, et les énigmes sont en quelque sorte cloisonnées. À la différence d’un point’n click, qui s’applique souvent à perdre le joueur en lui faisant trouver à un endroit un objet qu’il faudra combiner avec un autre trouvé dans un second lieu, pour enfin utiliser le résultat encore ailleurs, Mu Complex donne tous les indices relatifs à une énigme dans une même zone. Il n’est pas question d’être bloqué parce qu’on n’a pas bien fouillé : toutes les cartes sont rapidement entre nos mains, et le cerveau n’a plus qu’à travailler. Si l’épisode 1 est assez court et plutôt facile, l’épisode 2 réserve quelques puzzles retors, et l’on ressent un réel sentiment de victoire à chaque mot de passe percé à jour. Notons que le jeu met en place un système d’aide intéressant. Une commande spéciale – hint – permet en effet d’obtenir un indice (en aucun cas la solution) sur l’énigme en cours. Mais cette commande n’est disponible qu’après avoir passé un certain temps sur cette énigme, incitant par là le joueur à chercher de lui-même avant de craquer.

Conclusion

Mu Complex est une franche réussite à tout point de vue. Dans sa conception cohérente et immersive, dans son gameplay original et pertinent, dans ses énigmes accrocheuses qui parviennent à titiller l’esprit et la réflexion. Même son background, fortement (et ouvertement) inspiré de Portal, participe au voyage en l’agrémentant d’une narration plaisante dans un univers justifiant l’intrusion d’un pirate informatique. Une question demeure : y aura-t-il un épisode 3 ?

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

Mwarf

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

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