Minos Strategos
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BrainGoodGames est un petit studio canadien spécialisé dans les jeux de stratégie aux graphismes simples. Avec Minos Strategos, leur petit dernier, ils ne dérogent pas à leurs habitudes.


Règles simples, possibilités variées

Si vous avez joué à Militia, un autre titre de BrainGoodGames, l’aspect graphique de Minos Strategos ne vous surprendra pas. On retrouve un plateau de jeu composés de cases carrées (dix cases par dix), sur lequel il s’agit de déplacer des unités afin de marquer des points ; lesdites unités étant grosso modo des pictogrammes n’ayant d’autre but que celui d’être reconnaissables. Il n’est question ici ni de détails, ni d’animation, ni d’ambition esthétique quelconque : Minos Strategos fait dans la simplicité et se concentre sur son gameplay.

Il s’agit d’un jeu de stratégie en tour par tour. Sur le plateau sont disposées des bases, qui octroient des points lorsqu’elles sont occupées. L’ordi contrôle une armée de minotaures, qui se déplacent tous d’une case lors de son tour. Face à eux, le joueur dispose de pions (des « soldats ») qui peuvent également se déplacer d’une case. Les déplacements ne se font jamais en diagonale, et se déplacer sur une case où se trouve un ennemi équivaut à éliminer ce dernier. Mais le jeu est asymétrique : l’ordi déplace l’ensemble de ses pièces à chaque tour, et lorsque l’une d’elle est prise, elle réapparaît instantanément sur un bord du plateau ; éliminer un ennemi n’est donc toujours qu’un sursis dans Minos Strategos. De son côté, le joueur dispose d’un évantail d’actions lors de son tour à la fois vaste et limité. Il peut tout d’abord, au choix, déplacer un (et un seul) pion, ou faire apparaître un (et un seul) nouveau pion sur n’importe quelle case inoccupée. Ensuite, il joue une carte de sa main, dont les effets sont très variables : faire apparaître de nouveaux pions, détruire des unités adverses selon un pattern prédéfini (les pions du plateau doivent réaliser certaines formations), octroyer des mouvements supplémentaires… Enfin, il est possible de récupérer des runes sur l’aire de jeu, chacune permettant quelques actions supplémentaires, comme jouer une carte de plus, effectuer trois mouvements supplémentaires, etc…



Avec ses règles simples, Minos Strategos parvient à créer un jeu aux possibilités multiples, qui plonge le joueur dans un état de dilemme constant : ne pouvant jamais déplacer l’ensemble de ses pièces, il doit faire des choix, et évaluer ceux qui lui permettront de marquer le plus de points, tout en empêchant l’adversaire d’en marquer plus (les minotaures ont la possibilité de s’empiler lorsqu’ils atteignent une bases qu’ils possèdent déjà, multipliant ainsi les points inscrits – ce que le joueur ne peut pas faire). L’adversaire, de son côté, joue l’ensemble de ses pions, qu’il ne peut par ailleurs jamais perdre vraiment puisqu’ils réapparaissent dès le tour suivant leur prise : plus le jeu avance, plus l’ordi prend donc l’avantage, ce qui permet de rendre chaque décision d’autant plus importante. Faut-il faire apparaître un nouveau pion pour augmenter l’éventail de coups possibles, ou occuper une base dès maintenant ? Se déplacer afin de réaliser une formation permettant de jouer une carte intéressante, même si ce déplacement implique de perdre un soldat ? BrainGoodGames parvient à construire un petit jeu addictif, en jonglant avec quelques règles simples et un système forçant à faire des choix intéressants en recherchant le résultat optimal.

Une difficulté progressive

Pour autant, ce résultat optimal n’est pas entièrement déterminable, Minos Strategos faisant intervenir le hasard quant à l’endroit où réapparaîtront les ennemis éliminés. Ainsi la prise d’une base peut sembler un excellent coup car aucun minotaure ne se trouve à proximité (garantissant ainsi plusieurs tours pendant lesquels elle rapportera des points), mais si l’ennemi réapparaît juste en face, les gains seront finalement plus limités que prévu. Le hasard est à la fois un bon et un mauvais point du jeu : il garantit des parties uniques qui se renouvellent, mais empêche la victoire d’être seulement due aux capacités du joueur. La disposition des bases en début de jeu ainsi que celle des ennemis (aléatoires toutes deux) conditionnent grandement les chances de gagner.



Afin de maintenir l’intérêt du jeu, BrainGoodGames a mis en place un ingénieux système de progression de la difficulté. Il n’est pas question ici d’améliorer l’IA de l’adversaire, mais de modifier les conditions de victoire tout en donnant plus de capacités aux minotaures. Gagner un match requiert en principe de marquer 42 points. Mais, lors des premières parties, le joueur sera déclaré vainqueur dès qu’il aura atteint le score de… 15. Au fur et à mesure des victoires le niveau augmente, et ce nombre à atteindre fait de même, et dépasse même les 42 après le niveau 10. Parallèlement, les forces adverses grandissent en nombre, et de nouvelles unités viennent agrémenter l’armée des minotaures : des minotaures explosif qui détruisent toutes les cases adjacente lorsqu’ils sont éliminés, des serpents dont la taille croît au fur et à mesure qu’ils gobent des unités (ce qui leur permet de marquer plus de points), des hydres qui se multiplient lorsqu’elles sont éliminées… Pour faire face à ces difficultés, le joueur peut tout de même compter sur le déblocage de nouvelles cartes à mesure qu’il enchaîne les parties.

Ce système de progression de la difficulté se base sur le niveau du joueur : ce dernier augmente lorsque les victoires s’enchaînent, et diminue en cas de défaites répétées, afin de proposer un challenge toujours adapté (modulo l’effet hasard mentionné plus haut). Une façon simple mais habile d’évacuer la problématique de l’IA censée gagner en intelligence : le jeu ne modifie pas sa façon de jouer mais demande au joueur lui-même de s’améliorer, en lui en demandant plus.

Evidemment, Minos Strategos n’a rien d’un grand jeu, mais là n’est pas son ambition. Avec des règles aussi simples que ses graphismes, le jeu de BrainGoodGames se montre prenant, propose un rythme très propices aux « encore une partie », et s’avère être un très chouette passe-temps pour les amateurs de stratégie. Bien que la version testée ici soit la version PC Steam, le jeu paraît tout à fait adapté au mobile et mériterait de se retrouver sur bon nombre de tablettes. Les petits jeux font parfois de bonnes friandises.

Mwarf

Mwarf est chef de projet (dans l'informatique) et travaille à Paris. Il s'intéresse beaucoup au cinéma et au jeu vidéo, adore Kubrick, Quentin Dupieux, le duo Iguchi/Nishimura (il est éclectique), et toute sorte de jeux indés innovants. ll aime aussi le metal (et l'indus en particulier), et peut écouter Nine Inch Nails, KMFDM ou encore Tool toute la journée. Ho, et il aime particulièrement écrire pour partager ses découvertes.

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