Holy Potatoes! What the Hell?!
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Les Singapouriens de Daylight Studios ont décidément la patate, et même une patate d’enfer ! Leur série Holy Potatoes! et sa direction artistique rapidement reconnaissable (persos en forme de pomme de terre, dessin à gros traits et humour geek) fête son troisième épisode, toujours dans une veine gestion/stratégie. Après une forge médiévale dans A Weapon Shop?! et un vaisseau de conquête spatiale dans We’re in Space?!, c’est What the Hell?! qui débarque, et celui-ci propose rien de moins que de gérer la cantine de l’enfer.



« Je te présente mon pote la patate » – « C’est ton ami, donc ? »

Le joueur incarne une pomme de terre qui atterrit aux enfers, une patate morte, donc, et pour ne rien arranger, amnésique. Elle ne sait pas ce qu’elle fait là. Seule indication : un certain talent pour la cuisine lui vaut de pouvoir ouvrir son propre resto et y nourrir de divins clients. Accompagnée de Veggil et Dantee, deux acolytes tout aussi amnésiques et paumées qu’elle, notre patate cordon bleu va devoir faire tourner la boutique afin de passer les neufs cercles de l’enfer dans l’espoir d’obtenir son salut.


Un jeu un peu chips ?

Le jeu se déroule en deux phases : la première est la création d’ingrédients. Les patates vouées aux gémonies se présentent à vous, avec une description du crime qu’elles ont commis et une estimation de leur taux de vilénie selon quatre critères. À chacun de ces critères correspond un ingrédient à base de pomme de terre : la malice donne des chips, l’orgueil des pommes vapeur, l’avidité de la purée et la paresse des pommes au four. Le joueur doit envoyer le prévenu dans un des cuiseurs, en fonction de ses besoins, le résultat étant de plus ou moins bonne qualité en fonction de caractéristiques de ce cuiseur. Par exemple, un appareil peut échouer à fournir des chips si la malice du prévenu est inférieure à un certain seuil, ou au contraire trop élevée, mais également offrir une chance de fournir un ingrédient de qualité supérieure si cette même malice se situe dans une certaine fourchette. Et puisqu’on parle fourchette, ça tombe bien, il est temps de passer à table.



Une clientèle gratinée

La seconde phase est donc le service. En plus de la production d’ingrédients qui continue, il faut préparer des plats pour satisfaire les commandes des divins gourmands. Au départ, il n’y a que Loki, le dieu fripon du panthéon scandinave, mais on se retrouve rapidement avec deux puis trois clients. Les plats peuvent être simples, ou combiner plusieurs ingrédients. En fonction de la complexité de la recette et de la qualité de ingrédients utilisés, le plat obtient une note à sa sortie du four. Le client peut commander un plat précis, n’importe quel plat contenant tel ingrédient, un plat ayant reçu au moins une certaine note, ou encore un plat combinant plusieurs de ces critères. Chaque commande honorée offre au joueur des faveurs et fait monter le niveau du client, qui devient de plus en exigeant et de plus en plus généreux. Pour y faire face, on peut investir les faveurs reçues dans de nouveaux cuiseurs plus efficaces qui fourniront plus rapidement des ingrédients de meilleure qualité.



Cent patates ?!

Chacun des neuf cercles de l’enfer est composé de plusieurs étapes, chacune donnant au joueur un objectif, le plus souvent lié à un nombre de commandes à réussir ou à un nombre de faveurs à épargner. Une journée est composée d’un déjeuner et d’un dîner, et le joueur dispose de trois journées pour remplir son objectif. Si l’objectif est rempli prématurément, on peut zapper les journées restantes et de passer directement à l’étape suivante en empochant au passage un bonus en « starch » (fécule). Ces starches est distinct des faveurs et permet d’acheter chez « Starchbucks » des améliorations pour les cuiseurs ou le traitement des suppliciés, ainsi que des ingrédients bonus (fromage, safran…) à ajouter aux plats pour en améliorer la qualité.


Rien ne cercle de courir…

Holy Potatoes! What the Hell?! a pour réelle qualité d’ajouter régulièrement de nouveaux éléments de gameplay et de répartir efficacement ces ajouts tout au long du scénario. Par exemple, les clients changent régulièrement. Chaque poste représente en fait un panthéon, et les divinités de ce panthéon s’y succèdent en conservant le niveau de son prédécesseur. Cela apporte de la variété, tout en conservant une cohérence sur la durée du jeu. De plus, les faveurs gagnées et les machines achetées dans un cercle y restent ; le joueur repart dans chaque nouveau cercle avec un matériel imposé et seulement quelques faveurs. Du coup, à peine a-t-on maîtrisé un nouvel élément de jeu qu’un autre vient s’ajouter, modifiant du coup la stratégie à suivre, et ainsi de suite. Le nombre de plats parmi lesquels choisir augmente progressivement et des épices (sel, poivre, miel et piment) s’ajoutent aux quatre ingrédients de base pour rendre l’ensemble plus complexe encore, avec un doublement des postes de cuisson et des appareils dont les stats deviennent de plus en plus compliquées à appréhender. S’ajoutent à cela un côté calcul mental (les prévenus dont les quatre critères cumulés ne dépassent pas 200 doivent être envoyés au paradis) et d’autres joyeusetés comme les avis de recherche qui viennent pimenter l’action et pousser le joueur à ne jamais relâcher son attention.



Ça dort un peu en cuisine…

En revanche, il faut bien avouer que tout ceci se déroule sur un écran très statique. Le jeu ne mise pas du tout sur la rapidité, et on dispose de tout son temps pour prendre les bonnes décisions. Il y a également assez peu d’animations, on ne voit pas les invités consommer les plats, par exemple. Heureusement, la musique et surtout les bruitages ajoutent du rythme en ponctuant l’action avec les cris d’horreur des tubercules envoyés à la cuisson, les tintements des sonnettes de service ou le glouglou des machines préparant leurs ingrédients.


C’est de l’anglais, « geek » ?

Reste l’histoire, qui se développe entre les différentes étapes et qui pousse mine de rien à continuer l’aventure pour voir ce qu’il adviendra de nos cuistots. Comme ses prédécesseurs dans la série, Holy Potatoes! What the Hell?! distille au fil du scénario un humour geek référencé bien comme il faut. Tout y passe, de mèmes Internet comme Salt Bae aux icônes pop en passant par les photos de bouffe sur Instagram (pardon… « Sinstagram ») sans oublier les grands classiques comme Star Wars ou Harry Potter. Le chef des cuisines de l’enfer est une version patate du chef britannique Gordon Ramsay. C’est un vrai bonheur de suivre cette succession de vannes et de situations cocasses, mais malheureusement, en l’absence de version française, un bon niveau d’anglais est requis pour l’apprécier pleinement.

Le jeu devient de plus en plus exigeant au fil des cercles.

Graphiquement séduisant, drôle et bien construit, avec une progression savamment orchestrée et de bonnes idées de gameplay, Holy Potatoes! What the Hell?! a presque tout pour lui. Son principal défaut reste l’absence de traduction française, et dans une moindre mesure, un aspect visuel un peu trop statique lors des phases de gestion. Le jeu reste par ailleurs assez facile : les malus (quand par exemple un client perd patience ou qu’on rate un envoi de patate au paradis) ne sont pas bien handicapants et le succès repose bien plus sur la faculté de concentration du joueur que sur la rapidité de ses décisions. En gros, si on se plante dans What the Hell?!, ce n’est pas parce qu’on s’est fait déborder, c’est juste qu’on n’a pas fait gaffe. Cela n’empêche pas de se sentir absorbé par cette frénésie de commandes et de préparations en tout genre, et de prendre du plaisir à suivre le développement d’une histoire bourrée d’humour et de références. Tel un bon resto dans lequel on se plairait à déguster un délicieux aligot ou un gratin dauphinois des familles, What the Hell?! mérite bien une étoile au guide GSS, un café et l’addition.

3r1C

Ancien gérant de magasin de jeux vidéo, ancien journaliste, ancien testeur localisation, ancien traducteur, ancien taulier du podcast Erikadi sur badgeek.fr. Du coup, pour résumer, on l'appelle « l'ancien », tout court.

3r1C

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Ancien gérant de magasin de jeux vidéo, ancien journaliste, ancien testeur localisation, ancien traducteur, ancien taulier du podcast Erikadi sur badgeek.fr. Du coup, pour résumer, on l'appelle « l'ancien », tout court.

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