Mercenary Kings

Mercenary Kings est un jeu que j’ai personnellement beaucoup attendu dès son Kickstarter, m’étant rué dessus dès qu’il fut disponible en Early Access puis (notamment par manque de temps) ayant repris quelques mois après sa sortie en version finale. Il faut dire qu’il attire tout de suite l’œil : développé par Tribute Games, déjà derrière l’excellent Wizorb (et fondé par une partie des développeurs du jeu Scott Pilgrim), Mercenary Kings propose de l’action survoltée dans une “2D gros pixels” animée par Paul Robertson, en solo comme en coopération jusqu’à quatre joueurs. Alors, ça donne quoi ?

 Un certain air de Metal Slug…

Vous incarnez King ou Empress (selon le sexe que vous choisissez), mercenaire d’un groupe nommé les Kings en toute modestie, seul rescapé d’une attaque d’une vile organisation nommée CLAW, désormais installée sur une sorte d’île secrète faisant office de laboratoire. Vous êtes donc engagé avec à vos côtés une équipe d’experts afin d’éliminer la menace que constitue cette organisation et surtout de vous venger. L’intrigue n’est certes pas un point très important du jeu, mais elle a le mérite d’exister et de se développer tout au long du jeu sans déranger le moins du monde, proposant même des personnages plutôt sympathiques. Ces personnages, on les découvre lors de discussions au talkie-walkie référençant directement les Metal Gear. Mais s’il y a un certain jeu Metal quelque chose auquel ce Mercenary Kings fait instantanément penser, c’est bien Metal Slug. Avec ses gros pixels, ses gros flingues, son héros au style très “militaire bourrin”, son humour décalé et ses explosions de partout, il ressemble beaucoup à ce classique run and gun. Cependant, la comparaison s’arrête là, à une apparence. Une fois le pad en main (oui car je ne vous conseille absolument pas de jouer au clavier, branchez juste un pad et évitez de vous casser les doigts), on se rend rapidement compte que cela ne se joue pas du tout pareil. Là où un Metal Slug nous oblige à courir tout en tirant dans tous les sens pour éliminer la tonne d’ennemis dans un level design nous poussant à avancer en permanence, Mercenary Kings nous propose plutôt d’explorer les niveaux à la manière d’un Metroidvania. C’est ainsi, qu’arme en main, vous allez devoir remplir diverses missions avec un objectif principal et, souvent, des objectifs bonus définis et d’autres secrets. Malgré le compteur qui vous oblige à remplir votre mission dans un temps imparti, celui-ci reste plutôt honnête et vous permet donc d’explorer les niveaux afin de découvrir les différents trésors et de remplir vos missions secondaires. Alors oui, vous devez aussi courir et vous mettre sur la tronche avec tout un tas d’ennemis voulant votre peau, oui le jeu peut probablement se jouer en speed run, mais là n’est pas l’intérêt.  Vous êtes tout d’abord stoppé par le système de rechargement du jeu. En effet, lorsque vous terminez un chargeur (ou rechargez manuellement), un mini-jeu se lancera vous permettant, si vous appuyez au bon moment, d’augmenter la puissance de vos prochains tirs ou le cas échéant d’attendre une durée plus longue avant de pouvoir tirer de nouveau. Difficile donc de tirer sans arrêt sur tous les ennemis vous entourant avec un tel ‘handicap’. De plus, la nature même du jeu vous empêche de jouer ainsi.

 Sauver le monde avec une arme que l’on a scotchée soi-même

Les missions (dont le total s’élève à 112) sont organisées en rangs, allant de recrue à général, que vous débloquez selon votre avancement dans le jeu, toutes les missions n’étant pas à faire pour passer au rang supérieur, seulement un certain nombre pour débloquer la mission principale, avançant l’histoire du jeu. Celles-ci comportent des objectifs divers mais reviennent en fin de compte à quatre types de missions différentes : les missions de sauvetage d’otages, celles d’élimination d’ennemis, celles de capture d’ennemis et enfin celles de récolte de ressources. Ces dernières sont une part très importante de Mercenary Kings. Vous recevez en effet du loot différent sur chaque ennemi, puis d’autres ressources bonus lorsque vous complétez un objectif (évidemment, vous obtiendrez d’autres ressources grâce aux objectifs bonus), en plus d’une certaine somme d’argent. Dans le camp où votre personnage est installé, différents NPC sont présents, ou viendront s’ajouter au cours de l’aventure, tels qu’un vendeur d’armes, un “styliste”, un vendeur d’objets divers, un vendeur de couteaux ou encore un vendeur de modifications bioniques. Le vendeur d’objets vous permet d’acheter de jolies choses telles que des grenades, du C4 ou encore des rations, vous permettant de regagner votre vie. Vous pouvez porter deux objets différents à la fois, ceux-ci se sélectionnant en jeu, tandis que vous pouvez aussi utiliser votre transmetteur pour demander à ce que l’on vous envoie des objets en pleine mission (c’est évidemment limité en nombre de fois). De plus, vous pouvez vous équiper d’une arme à feu, d’un couteau et de deux modifications bioniques. Tout cela est à acheter avec l’argent que vous récupérez à la fin d’une mission évidemment, mais aussi en mélangeant vos ressources. L’artisanat d’armes est très réussi, vous demandant de combiner une culasse, un chargeur, un canon, un viseur, une crosse et un type de munitions pour créer votre propre arme. Ainsi, aucune arme se ressemble et vous pouvez aussi bien créer un pistolet qu’un fusil de chasse, un fusil à pompe, une mitraillette, un fusil d’assaut, un fusil de précision ou encore une mitrailleuse, vous êtes totalement libre. Vous pouvez aussi enregistrer les différentes armes que vous aurez fabriqué pour les équiper instantanément, vous permettant alors d’essayer différentes combinaisons et de passer facilement d’une arme à l’autre. Les différentes parties d’armes sont toutes plus variées les unes que les autres, allant de l’arme simple à l’arme élémentaire, en passant par des armes tirant des balles spéciales suivant votre ennemi, devenant plus grosses, etc… ou des armes ayant le look d’un chat, de toilettes ou autres designs complètement délirants. Chaque arme et équipement pèse une certaine masse, si bien que plus la masse totale portée sera élevée, plus votre personnage sera lent, ce qui peut donner une impression d’un personnage un peu “mou” plutôt bien réussie mais qui ne plaira clairement pas à tout le monde.

Pour le dîner ce soir, lapin ou renard ?

Une fois le système de crafting pris en main, vous vous retrouverez donc à vouloir à tout prix créer l’arme parfaite et vous allez donc refaire plusieurs fois les mêmes missions dans le seul but d’obtenir une certaine ressource particulière à un boss présent dans cette mission précise et aucune autre. Une zone de chasse est également disponible pour trouver certaines ressources. Dans cette zone, vous pourrez ainsi cueillir des fruits ou chasser divers animaux vous permettant d’obtenir leur viande. Ainsi, Mercenary Kings est bien plus proche d’un Monster Hunter que d’un Metal Slug, vous obligeant sans cesse à fouiller les niveaux à la recherche de ressources pour améliorer votre équipement. Et c’est bien là qu’est tout l’intérêt du jeu : paradoxalement, vous tuez les ennemis à la recherche de ressources pour créer votre arme et non pas le contraire, créer la meilleure arme devient votre priorité et éliminer les ennemis un simple moyen pour y arriver. Les modifications bioniques vous permettent d’obtenir des compétences, améliorant par exemple la fréquence d’objets rares que vous trouverez sur les ennemis, votre vitesse de tir ou autres effets divers tout en rajoutant des effets plus négatifs contrebalançant chaque modification. Vous pouvez aussi personnaliser votre base en achetant divers objets de décorations ainsi que des bannières représentant les drapeaux de différents pays du monde puis d’autres plus fictives telles que le logo de CLAW.

Le level design n’est cependant pas en reste. Si vous découvrez de nouvelles zones en avançant dans le jeu, les niveaux sont souvent recyclés d’un rang à un autre, adaptés aux objectifs de votre mission et à la difficulté correspondant au rang. Ainsi, même en revenant dans le même niveau, les choses changent et vous devez quand même explorer le niveau dans ses moindres recoins bien que vous veniez de le faire dans les précédentes missions. Les ennemis changent aussi mais malheureusement, s’ils se multiplient et semblent variés au début, ils tournent vite en rond. En effet, au bout d’un moment, les ennemis deviennent de simples améliorations des premiers en rajoutant des dégats élémentaires, de l’armure ou en combinant deux types d’ennemis. De même, les missions se répètent rapidement, suivant toutes le même schéma. Certes, on les fait et refait volontiers pour les ressources nous attendant à la clé, mais on a souvent l’impression de déjà vu. Cela peut de plus rapidement devenir énervant à cause du respawn complètement abusif des ennemis : il n’est pas rare que ceux-ci vous réapparaissent en plein dessus et que vous vous retrouviez à tuer un ennemi que vous avez tué il y a à peine 5 secondes. Ça l’est encore plus lorsque vous mourrez et devez tout recommencer comme si vos efforts n’avaient servi à rien malgré le temps qui file ou encore dans de simples situations telles qu’un cul-de-sac dont “l’exploration” aura pour seule conséquence de permettre aux ennemis de réapparaître. Les différents boss sont plutôt réussis, classiques certes au niveau de leur gameplay, mais réussis. Ceux-ci suivent donc des patterns que vous devrez observer pour les éviter et profiter des moments de faiblesse pour éliminer (ou capturer, selon votre mission) le boss. Cependant, il existe différentes zones dans chaque niveau où les boss peuvent se trouver, ce qui en fait toute l’originalité. Signalés par une tête de mort sur la carte, vous devrez vous rendre dans ces zones pour voir si le boss y est ou pas, vous pressant ainsi si vous manquez de temps. De plus, celui-ci peut, au cours d’un affrontement, s’enfuir dans une autre des zones, vous obligeant à vous y rendre. Si l’idée est bien trouvée et intéressante, ça peut néanmoins devenir plus énervant quand vous manquez de temps et que, le temps que vous arriviez à un des emplacements, le boss soit reparti à un autre (je me suis personnellement retrouvé plusieurs fois à faire des allers-retours pendant deux bonnes minutes jusqu’à ce que le temps soit écoulé et à perdre la mission à cause d’un boss qui ne faisait que fuir).

La vengeance, un plat qui se partage entre amis

Les développeurs du jeu ont beaucoup mis en avant l’aspect coopération de celui-ci. Allant jusqu’à quatre joueurs, en écran splitté ou en ligne, le jeu vous permet donc de vous créer une sorte de commando d’élite rejoignant la partie d’un des joueurs pour accomplir les missions – inchangées – à plusieurs. Si c’est bien sympa de pouvoir jouer avec ses amis, ce mode de jeu est très peu différent du solo. Rapidement, chaque personne va s’éloigner et accomplir les objectifs dans son coin, permettant de se séparer pour pouvoir accomplir plus rapidement des missions nécessitant de s’éparpiller dans le niveau ou encore de tuer les boss plus rapidement. Ceci est encore plus vrai en public où les communications sont limités à des messages prédéfinis ne permettant pas vraiment de communiquer correctement. Chacun part donc dans son coin et fait ce qu’il veut à la recherche des ressources qu’il désire. C’est évidemment moins vrai lorsque vous jouez avec un ou des amis avec lequel ou lesquels vous pouvez communiquer plus facilement , ce que je vous conseille donc surtout que le 4-pack sur Steam baisse le prix du jeu, et donc prendre en compte les autres, mais cet aspect reste le même. De plus, le matchmaking en public me semble plutôt aléatoire et pas vraiment déterminé par le rang. Ainsi, il est possible de se retrouver avec un coéquipier de rang bien supérieur, qui aura donc forcément une meilleure arme et ce n’est pas très amusant de jouer lorsque votre coéquipier a le temps de tuer tous les ennemis avant que vous puissiez ne serait-ce que tirer. De même, certaines missions déclenchent des événements (le kidnapping d’un de vos vendeurs par exemple) et si le jeu vous fait rejoindre une personne de rang supérieur déclenchant un tel événement mais pas la mission le complétant (mission de sauvetage par exemple donc), vous vous retrouverez handicapé puisque, à votre rang, vous ne pourrez pas lancer la mission par vous-même. L’intérêt du jeu passant surtout par la création d’armes et le fait de tester celles-ci, il est difficile de le retranscrire en multijoueur et, finalement, la coop n’est pas si intéressante que ça, si ce n’est pour se partager les tâches durant les missions. Cela reste fun à jouer mais passe un peu à côté de l’essentiel.

Artistiquement, ce Mercenary Kings est irréprochable. S’il faut être adepte de ces jeux jouant la carte de la nostalgie en s’affichant avec des graphismes 16-bits pour complètement les apprécier, les gros pixels du jeu de Tribute Games sont tout simplement sublimes. Les différents personnages sont aussi plutôt réussis, les boss le sont encore plus, certains sortant vraiment du lot au niveau du design. Mais si le jeu impressionne autant, c’est aussi grâce aux animations de Paul Robertson, dont le talent n’est plus à démontrer, qui frôlent la perfection. C’est aussi artistiquement très réussi musicalement parlant, la bande-son composée par Patrice Bourgeault est tout simplement fantastique, s’accordant très bien avec l’ambiance et les graphismes du jeu. Elle est d’ailleurs disponible sur bandcamp pour le prix de votre choix. De ce côté là, c’est donc un sans faute. Mercenary Kings ne s’adresse clairement pas à tout le monde, mais plutôt à un public précis. La durée de vie est énorme : faire toutes les missions du jeu vous prendra plusieurs dizaines d’heures, les refaire pour obtenir les ressources nécessaires à la création de l’arme ultime vous prendront de nombreuses autres heures. Même en voulant arriver rapidement à la fin, la difficulté du jeu vous obligera à faire un certain nombre de missions pour réussir à créer des armes vous permettant d’arriver jusqu’à la fin du jeu. Cependant, cela ne fonctionne que si vous accrochez au concept et que fabriquer la meilleure arme possible vous intéresse. En effet, si vous ne cherchez qu’un jeu pour vous défouler ou jouer avec vos amis, Mercenary Kings n’est peut-être pas pour vous. Certes, vous vous amuserez pendant un certain temps, peut-être même quelques heures, mais vous passerez probablement à côté de tout ce que le jeu offre et de la richesse de son contenu. Il y a bien d’autres jeux vous offrant cela, il serait dommage de “réduire” ce jeu à un “simple” shooter en 2D tant le concept du craft d’armes est efficace et intéressant, malgré de nombreux défauts et la répétitivité générale du jeu.

Ripper

Grand fan de Call of Duty et Candy Crush, ce n'est malheureusement pas quelque chose dont je peux librement parler ici... Du coup, je vais me rabattre sur fan de plates-formes, de stratégie (et surtout grand strategy) et « d'ovnis vidéoludiques » avant tout, même si les meilleurs jeux sont ceux qui arrivent à transcender leur genre. Un peu comme Candy Crush, pour ne citer qu'un seul chef-d'oeuvre du style.

Ripper

Ripper

Grand fan de Call of Duty et Candy Crush, ce n'est malheureusement pas quelque chose dont je peux librement parler ici... Du coup, je vais me rabattre sur fan de plates-formes, de stratégie (et surtout grand strategy) et « d'ovnis vidéoludiques » avant tout, même si les meilleurs jeux sont ceux qui arrivent à transcender leur genre. Un peu comme Candy Crush, pour ne citer qu'un seul chef-d'oeuvre du style.

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