The Franz Kafka Videogame

Denis Galanin (a.k.a mif2000) s’est fait connaître en 2010 avec la sortie de son jeu au titre à rallonge : Hamlet or the Last Game without MMORPG Features, Shaders and Product Placement (ou Hamlet, pour les fainéants raisonnables). Le voilà qui revient avec un nouveau jeu au format point’n click, édité par un studio qui connaît bien le genre, puisqu’il s’agit de l’allemand Daedalic Entertainment (Edna & Harvey, The Whispered World ou encore plus récemment la trilogie Deponia). Cette fois-ci, le titre est inspiré par Franz Kafka. Tout un programme…


L’intitulé du jeu est un rien pompeux : se prétendre l’équivalent vidéoludique de Kafka, voilà qui n’est pas rien. mif2000 n’entend pas adapter l’une des œuvres de Kafka en particulier, mais plutôt s’inspirer plus généralement des travaux de l’auteur tchèque pour installer une ambiance. Ainsi le jeu se présente comme une sorte de patchwork où l’on retrouve différentes influences, différentes références : la signature K. (Le Procès, Le Château), le détective-insecte (La Métamorphose), le voyage en Amérique (L’Amérique), et même la présence d’une fiancée du personnage principale nommée Felice (ainsi était prénommée la première fiancée de Franz Kafka).



Surréalisme

The Franz Kafka Videogame présente une ambiance travaillée, qui fait beaucoup pour le charme du jeu. Les visuels sont plutôt jolis, avec leurs tons pastel et leur trait naïf, rendant l’ensemble agréable à l’œil. Au-delà des graphismes eux-mêmes, l’atmosphère du jeu se veut résolument surréaliste (l’écran-titre évoque d’ailleurs clairement un tableau de Magritte). C’est un peu surprenant, car l’œuvre de Kafka est plus marquée par l’anodin exagéré et poussé jusqu’à l’absurde que par un réel surréalisme ; au contraire, nombre de ses écrits sont plongés dans un réalisme certain, quoique poussé dans des retranchements abscons. Aussi à maintes reprises a-t-on l’impression que la construction du jeu, en termes d’atmosphère, semble s’éloigner de son thème affiché. On ne se sent pas, devant The Franz Kafka Videogame, comme l’on se sent lorsque l’on lit un roman de l’écrivain. C’est dommage, d’autant que Kafka évoque justement un univers particulier qui paraissait prometteur pour une adaptation point’n click, avec son attachement aux détails, son aptitude à l’exagération, son humour décalé et ce sentiment que la réalité prend toujours plaisir à tout compliquer.

Toutefois il faut reconnaître que l’atmosphère de The Franz Kafaka Videogame fonctionne en tant que telle ; si on la prend pour elle-même, il faut bien admettre qu’elle apporte un supplément d’âme au jeu, et s’accorde plutôt bien au genre puzzle puisque s’assumant absurde, elle est propice à la mise en place d’énigmes plus ou moins tordues sans limiter la créativité du développeur. Il en résulte donc malgré tout un certain sentiment d’originalité plutôt bienvenu. Et puis les puzzles de point’n click sont eux-mêmes traditionnellement des façons de triturer le simple pour le rendre abscons, et c’est bien évidemment le cas ici également. Pour le coup, voilà qui est bien kafkaïen (mais à ce compte, c’est un peu toujours le cas).



Un point’n click orienté mobile

Si le jeu est disponible sur PC, il ne fait pas de doute qu’il a avant tout été conçu pour mobile (mais côté iOS, aucune version Android n’étant annoncée pour le moment). L’interface semble pensée pour un gameplay tactile, comme l’indiquent les quelques pictos du tutoriel, qui montrent la façon de toucher l’écran. Mais à la limite qu’importe, gameplay tactile et à la souris sont relativement similaires. Cette orientation mobile est surtout visible dans la construction des énigmes et du jeu lui-même. Il est ainsi organisé en tableaux, chacun représentant un puzzle. Pas d’inventaire ici, il s’agit « simplement », dans chaque niveau, de découvrir les éléments interactifs, de comprendre leur fonctionnement et de les activer dans le bon ordre. On obtient ainsi des tableaux uniques (pas d’allers-retours nécessaires) et une méthode de résolution des puzzles directe (pas de complexité supplémentaire liée à l’utilisation ou la combinaison d’objets), qui permettent la mise ne place d’énigmes relativement rapides et pratiques à jouer. En d’autres termes, la conception du jeu est parfaitement adaptée à une utilisation mobile ; précisons tout de même que ça ne signifie pas pour autant que l’expérience PC s’en trouve dégradée, mais on sent simplement que le jeu a été pensé de sorte qu’il corresponde à une consommation nomade. Cela transparaît également dans ce qui constitue malheureusement le plus gros défaut du jeu : sa très faible durée de vie. The Franz Kafka Videogame se compose de moins d’une trentaine de tableaux, qui seront bouclés en deux heures grand maximum (et sans doute même bien plus vite, le jeu n’étant pas très difficile). Voilà qui ne donne pas vraiment le temps de se perdre dans le délire pseudo-kafkaïen proposé par mif2000.


Il est triste de constater que The Franz Kafka Videogame est avant tout décevant. Trop court, trop peu kafkaïen, trop peu à la hauteur des attentes que le projet pouvait susciter. C’est d’autant plus dommage que le jeu n’est à proprement parler pas mauvais : l’ambiance reste agréable, les graphismes sont charmants, les énigmes sympathiques (mais si peu nombreuses). Mais on ne peut s’empêcher de le trouver un peu à côté de la plaque…

Silence – The Whispered World II

Difficile de détourner le regard devant le sublime des graphismes de Silence, suite directe de The Whispered World. Tout autant point and click que son aîné, il nous fera y replonger pour une nouvelle aventure paraphrasant les chroniques de Sadwick du premier épisode. Pour ceux n’ayant jamais goûté à ses péripéties seront sans doute heureux d’apprendre qu’ils sont les bienvenus, cet épisode se voulant ouvert à un public plus large et sans connaissances de ses antécédents.

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Chase : Cold Case Investigations – Distant Memories

En voilà un bien beau cadavre réanimé ! Six ans après la fermeture du studio CiNG pour cause de faillite, certains de ses membres se sont retrouvés chez Arc System Works. Six ans plus tard, ils se sont regroupés sous la tutelle de Taisuke Kanasaki (déjà réalisateur sur de nombreux jeux CiNG) pour un jeu dans la veine de ce pour quoi le studio était connu. Ainsi, Chase: Cold Case Investigations – Distant Memories est un mélange entre visual novel, point’n click et jeu d’enquête ; suite spirituelle aux Another Code, Hotel Dusk et Last Window ayant fait la gloire du studio japonais durant les années DS notamment, quand il aurait fallu qu’ils fassent celle de leur compte en banque. Quelques mois après sa sortie au Japon, Chase se retrouve enfin à son tour sur les eShop 3DS occidentaux.


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Qui va à la Chase… ne perd pas sa place

Les anciens de CiNG n’ont pas perdu la main, et ça se sent. On retrouve une certaine ambition et un certain cachet qui leur sont propres, qu’on ne retrouve pas vraiment ailleurs. Stylet à la main, on se retrouve ainsi dans la peau de Shounosuke Nanase, détective aux affaires classées ressemblant étrangement à Kyle Hyde, protagoniste d’Hotel Dusk et Last Window. Assez ironiquement, on enquête sur des événements suspects s’étant déroulés 5 ans plus tôt – comme si le jeu était à propos du cadavre et de la fin abrupte de CiNG eux-mêmes. C’est avec grand plaisir que l’on se (re)plonge dans cette ambiance noire portée par une très jolie bande-son et un design assez soigné (surtout au niveau character design en fait, sinon on retrouve un seul décor, des animations assez basiques et des transitions pas incroyables entre chaque scène). Là où l’on retrouve encore plus de plaisir, c’est évidemment quand l’on découvre une écriture similaire aux jeux CiNG, gage de qualité s’il en est ! Celle-ci se retrouve autant dans les personnages principaux que dans la trame scénaristique du jeu.

L’histoire, plutôt sympathique, se suit alors comme un visual novel : on appuie sur une touche pour passer au dialogue suivant. L’interactivité est assez rudimentaire, se résumant à des choix de dialogue lors d’interrogations et des scènes de recherche d’indice. Le premier consiste globalement à choisir la direction des questions, étant en réalité une sorte de vrai/faux où l’on se fait réprimander en choisissant la mauvaise ligne à dire, pouvant mener à un game over si l’on n’a pas trop suivi et qu’on dérive de l’enquête. Le second se résume à inspecter des photos (après tout, on travaille sur des affaires classées…) et zoomer dans tous les recoins histoire de découvrir quelques indices faisant avancer l’enquête. Concrètement, celle-ci avance toute seule : la plupart des grosses avancées se fera via la seconde détective et assistante, Koto Amekura, qui annoncera avoir trouvé telle ou telle chose après une ellipse. Si le choix d’utiliser des ellipses et de ne faire vivre aux joueurs que quelques moments de chaque journée est un choix intéressant narrativement – notamment pour donner l’impression du temps qui passe ou pour éviter des passages plus fastidieux, on regrette quand même de ne pas finalement pas beaucoup faire un travail de détective soi-même. Il reste assez agréable de se retrouver à recoller les morceaux en même temps que les personnages principaux et ainsi à résoudre le mystère en même temps qu’eux, ce qui est probablement une des plus grandes forces du jeu.


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Distant Memories Of A Time When Games Came Out Complete

Malheureusement, il semblerait que – même après autant d’années – les ex-développeurs de chez CiNG aient toujours leurs échecs financiers précédents en travers de la gorge, ce retour aux sources étant plutôt sage et prudent. Se finissant aux alentours d’une heure de jeu (moins si vous lisez vite, plus si vous lisez lentement), ce Chase: Cold Case Investigations a plus des airs de démo ou de prologue qu’autre chose et laisse énormément sur sa faim. A vrai dire, je ne serais pas étonné que ce soit le cas histoire de tester les eaux et de voir si le public est plus présent que sur la génération précédente. Le pluriel dans le titre ne fait que le confirmer : cela ne serait que le début. Peut-on alors s’attendre à un jeu plus gros à venir ? Ou simplement des enquêtes sortant une à une, dans un format épisodique, sur l’eShop ? Pour l’instant, on ne sait pas vraiment…


Modeste, c’est le mot parfait pour décrire Chase: Cold Case Investigations – Distant Memories. Le potentiel est clairement là, le jeu laissant apparaître tout un tas de trames scénaristiques plutôt intéressantes, surtout dans le contexte de l’écriture et de la maturité pour lesquels les jeux de CiNG sont connus. Le jeu se termine sur une fin complètement ouverte, liant cette première enquête au passé traumatique d’un personnage principal se posant en digne hériter de Kyle Hyde, donnant plus qu’envie de découvrir la suite. Au vu de cela, ce n’est probablement pas un manque d’ambition qui pose problème. On se doute alors que c’est plutôt une crainte de ne pas réussir à se vendre, mais je ne suis pas convaincu qu’une sorte de prologue vendu six euros soit la meilleure des idées, aussi enthousiaste que ce prologue peut nous laisser pour tout ce qu’il pourrait augurer à la suite. Affaire à suivre !

Goetia

Petit jeu indépendant devenu gros projet du Collective de Square Enix, Goetia de Sushee est enfin de sortie et tente de se faire une place dans le domaine du point & click. Original autant dans quelques idées de gameplay que dans ce qu’il raconte, ce jeu saura-t-il convaincre un large public ?

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Detective Case & Clown Bot

Sam et Max, Nico et George, Bernard et Hoagie (et Laverne), Guybrush et Elaine, Brian et Gina, le professeur Layton et Luke, Phoenix et Maya, Rosa et Joey, Rincevent et le Bagage, les point and click regorgent de duos improbables et désassortis. C’est une sorte de règle tacite, d’autant plus dans le style enquête policière. Le Detective Case et son acolyte Clown Bot laisseront-ils leur marque ?

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1954 : Alcatraz

Daedalic, le roi du point’n click d’aujourd’hui, s’est mis en tête d’aider les développeurs d’Irresponsible Games à terminer leur aventure. L’histoire d’un détenu et de sa femme, dans les années 50, qui tentent de vivre leur idylle malgré leurs problèmes. C’est beau, mais est-ce amusant ?

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Un Point & Click "Sherlock", par Marion Poinsot

Dessinatrice de talent, surtout connue pour ses nombreux tomes du Donjon de Naheulbeuk, des Aventuriers du Survivaure ainsi de Dread Mac Farlane et Nina Tonnerre, Marion Poinsot est aussi une amoureuse des jeux en pointé cliqué. Dernière nouvelle en date : Marion a créé son propre Point & Click basé sur la série Sherlock de la BBC…

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Face Noir

Les premières fois peuvent s’avérer parfois difficile, et plus encore quant il s’agit de votre premier jeu d’aventure où l’équilibre entre une bonne narration et des énigmes savamment pensées se doit d’être parfait. Car contrairement à un jeu d’action, il n’y aura pas d’explosions, ni de violence exagérée pour détourner le regard du joueur des faiblesses d’un gameplay abscons. C’est ce que sans doute les italiens de Mad Orange ont essayé de faire avec Face Noir, un point and click jusqu’au bout des doigts, mais non dénué d’imperfections et surtout de l’essentiel : une âme. Explications.

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